Publié par Gally le 31 août 2021

Préambule : le COVID revenant constamment dans l’Actualité en tête des nouvelles importantes, Dreuz ne peut pas éviter de couvrir le sujet. Concernant les informations, Dreuz affiche sa neutralité et ne publie que celles provenant de sources fiables et réputées. A l’inverse, les articles d’opinion reflètent le point de vue des auteurs de Dreuz et non celui de la rédaction.

J’ai souhaité vous faire redécouvrir l’avis d’un ancien médecin des Troupes de Marine, que j’ai publié pour la première fois le 30 mars 2020. Il a passé une bonne partie de sa vie en Afrique et en Amérique du Sud, au contact de la chloroquine, là où les occasions de sauver des vies sont quotidiennes…

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Chloroquine, qui soulage, soigne et traite fièvres et sueurs

J’ai une longue histoire d’amour et de haine avec la Chloroquine. Elle débute dans les années 1981, sur les bancs de l’Institut de Médecine Tropicale du Service des Armées, le Pharo à Marseille.

C’est lors d’une mission en tant que médecin du fleuve Maroni en Guyane que je rencontre pour la première fois Dame Chloroquine. Notre rencontre fut catastrophique, non pas sur le plan physique, car finalement d’un aspect classique, un peu pâle peut-être et à la rondeur maigrichonne, mais alors son goût, quelle merde !

C’est une expérience inoubliable d’avoir en bouche, Dame Chloroquine, tant son goût est immonde, certainement le plus horrible que j’ai eu la malchance de rencontrer, son amertume caustique et sa saveur acerbe mériteraient le déclassement immédiat des trois étoiles de notre ami Goujon à Fontjoncouse et la prison pour attentat à la saveur.

J’ai mis plusieurs années à comprendre pourquoi, cette saveur immonde, poacre et nauséeuse faisait fuir le commun des mortels : empêcher son absorption en plus grande quantité, car Dame Chloroquine tue et assassine quand elle est avalée en excès.

C’est aussi une expérience inoubliable d’avoir à soigner, traiter et soulager fièvre et sueur, frissonnement et frémissement, tremblement et tressaillement avec quelques comprimés de Dame Chloroquine que l’on nommera maintenant de son vrai nom Nivaquine, un nom plus féminin et donc plus doux.

Médicament miracle du «grand sorcier blanc», il l’a été alors, et à Apatou, à Gran Santi, à Maripasoula, à Saul, les tribus d’Indiens Wayanas ou Emerillons, les «Noirs Marrons» du Surinam n’avaient d’yeux, non pas pour le Doliprane, non pas pour le Lexomil, mais simplement, que pour le cachet magique du «grand sorcier blanc» que j’étais alors.


L’histoire continue sur un autre continent. La belle et imprévisible Afrique, où pendant plusieurs années le «grand sorcier blanc» va sévir en Côte d’Ivoire et constater toujours le pouvoir magique de Mme Nivaquine.

Chloroquine, poison tu es et poison tu resteras

Dame Chloroquine, je t’aime moi non plus, car tu tues aussi, tu butes, tu fusilles, car poison tu es et poison tu resteras.

Combien sommes-nous, médecins tropicaux ou sous les tropiques, à avoir constaté intoxications mortelles volontaires ou accidentelles à la tant aimée Nivaquine ?

J’ai toujours en mémoire cette enseignante, jolie dame à la quarantaine enjouée, sereine et épanouie, qui par un geste d’appel à une souffrance de cœur, a avalé une dizaine de comprimés, comme elle aurait pris une dizaine de Lexomil. Sa fin fatale sous mes yeux attristés en regard des siens implorant son sauvetage, puis mes mains massant son cœur arrêté par la faute de Dame Chloroquine m’ont terriblement touché. Dame Chloroquine je t’ai haï alors.


Le pouvoir de Dame Chloroquine est toujours intact

Les années passent et les missions en Afrique perdurent et du Tchad au Gabon, du Congo au Mali de la Centre-Afrique au Sénégal, du Burkina au Cameroun, le pouvoir de Dame Chloroquine est toujours intact pour leurs peuples pauvres et disetteux, et combien de fois le «grand sorcier blanc», d’une main généreuse et un peu voleuse de l’Etat français, distribuait de sa propre dotation le cachet miracle, comme les publicitaires du Tour de France distribuent les gadgets pour les enfants et les grands enfants.

Médecine généreuse sans aucune efficacité sur les formes graves de paludisme, tant la résistance à la Chloroquine en Afrique est grande, je l’ai pratiqué année après année, et je continue à penser que la Chloroquine, par son prix dérisoire, a aidé des millions d’êtres humains à se protéger d’une maladie loin d’être plus meurtrière et assassine que notre CoVID -19 (220 millions de malades et 400 000 morts par an), mais cela est une autre histoire.


Chloroquine, le retour

Maintenant, en ces jours difficiles, un nouveau combat débute contre une force terriblement folle, insidieuse et cauteleuse.

Contrairement au paludisme, qui est une maladie transmise par un ennemi visible, le moustique se prénommant Anophèle, injectant un parasite le plasmodium, l’infection à COVID-19 est particulièrement perfide et insidieuse.

Son virus est transporté et diffusé par quelques milliers de minuscules gouttelettes de salive que l’on nomme Flügge, nom aussi barbare que le virus qu’elles transportent. Celles-ci se déposent partout, et dès qu’elles pénètrent à travers les voies aériennes, nez, bouche et œil (par le canal au doux nom de lacrymonasal), les poumons vont se défendre corps et âme contre cet hôte indésirable, car terriblement agressif sur ses alvéoles.

Et alors, et alors ? Hé, Hé, la chloroquine est arrivée-éée !

Non elle est plutôt revenue.

Que de débats, de positions, de bla-bla sur Dame Chloroquine.

Et voilà que revient un nom, le Professeur Didier Raoult.

Professeur Didier Raoult, le «Grand sorcier blanc» atypique

Je le connais un peu depuis longtemps (1981) et de loin, car croisé lors de nos études en médecine tropicale à Marseille.

Puis, quelques cas de rickettsioses dans les suites de ma carrière m’ont mis en rapport avec lui. Par la suite, j’ai toujours suivi intellectuellement sa carrière, formidable au demeurant, son curriculum par ses publications est probablement le plus imposant en quantité de la vie médicale.

Je l’ai suivi ces dernières années par ses articles sur le journal Le Point et ses prises de position à l’encontre de beaucoup d’idées reçues comme l’utilisation à contre-courant des antibiotiques à titre systématique, son doute affirmé devant le réchauffement climatique et ses conséquences, voilà ses deux plus connus contrepieds à la «Neymar».

J’ai été aussi très heureux que ma fille fasse son internat dans son service à la Timone, et ait comme meilleures amies ses proches collaboratrices.

Un seul mot sur lui, «Grand sorcier blanc» : «atypique» point à la ligne.

Et alors, et alors : que faut-il en penser de Dame Chloroquine ?

OUI à l’utilisation de la chloroquine !

Il ne faudra pas s’étonner que des dizaines d’années de médecine de guerre et de médecine tropicale m’ont convaincu que le maître mot dans ce type d’hécatombe mortelle et funeste est le pragmatisme. OUI à l’utilisation de la chloroquine sous COUVERTURE SPECIALISEE.

OUI, Il faut donner la CHLOROQUINE au bon moment, jamais tout de suite. Car sa fonction anti-inflammatoire est préjudiciable en début d’infection (action sur les cytokinines et l’interféron). Laissons donc nos propres défenses immunitaires gagner le combat. Mais à partir du moment où elles sont dépassées, là où l’inflammation explose et dépasse sa simple fonction de défense, il faut agir.

C’est au moment où les premiers signes d’atteinte pulmonaire au scanner apparaissent, que l’on peut (doit ?) donner cette ancienne potion magique. Ceci découle du plus simple pragmatisme en période de guerre et d’extrême urgence sociétale. C’est celui du petit «grand sorcier blanc» retrouvé.

A titre personnel, comme beaucoup de médecins, je suis paré à me traiter dès les premiers signes objectifs d’atteinte pneumonique, mais pas avant. JAMAIS A TITRE PRÉVENTIF au moindre rhume, toux ou fièvre.


Dame Chloroquine n’est pas dangereuse, sous la surveillance de spécialistes

Voilà la position d’un médecin de terrain, d’un petit gradé dans la hiérarchie de la médecine exerçant loin des salons feutrés où la médecine se chuchote, et a besoin de multiples et complexes ordinateurs, longues études étendues et courbes diverses.

J’ai appris de Mopti à Bobo-Dioulasso, de Grand-Bassam à Bouaké, de Korhogo à Brazzaville, de Bangui à Ndjamena, de Moundou à Bardai, de Tchibanga à Maripasoula, de Camopi à Grand Santi, et de mon petit cabinet de Carcassonne, que Dame Chloroquine à dose adaptée n’est pas dangereuse et pourquoi pas, comme mon illustre Maître et Confrère Didier Raoult, l’utiliser à bon escient, au bon moment, à la bonne dose et sous la surveillance de spécialistes.

Dame Chloroquine, je t’aime aujourd’hui et je t’aimerai peut-être à l’infini, l’avenir proche, nous le dira…

Fermer le ban

Le Doc en mode combat.


Hydroxychloroquine (Plaquenil) plutôt que chloroquine brute (Nivaquine)

PS : Pour mes amis, consœurs, confrères, mieux vaut utiliser la forme d’hydroxychloroquine (Plaquenil) que la chloroquine brute (Nivaquine), car plus active sur l’inflammation.

La chloroquine et l’hydroxychloroquine bloquent les réponses lymphocytaires T à la stimulation induite par les mitogènes, et inhibent la production de certaines cytokines, d’interféron α et de facteur de nécrose tumorale (TNFα).

Est-ce pour cela qu’elles pourraient être efficaces sur ce tsunami sanitaire ? J’aurais aimé poser cette question à celui qui m’a humilié d’un 5 sur 20, il y a de nombreuses années…

PPS: Pour mes amis des Troupes de Marine et de la Légion, vous avez certainement vu le clin d’œil à nos missions Maroni sur la photo avec «un ti décolage, la ti-la goute, le pété pied», seule la qualité du rhum a changé.

Message de Gally :

Encore merci à Mayyan pour son témoignage. J’ai toujours eu le plus grand des respects pour ces médecins militaires tropicalistes, leur gentillesse, leur pragmatisme et leur abnégation, que j’ai eu l’occasion d’apprécier lorsque j’étais au Tchad et qu’ils avaient eu la gentillesse de me faire partager un peu leur quotidien.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gally pour Dreuz.info.

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