Publié par Joëlle de Paris le 13 août 2021

POGROM: Massacre des Juifs et attaque de leurs maisons et synagogues par d’autres habitants du pays, encouragés ou non empêchés par le pouvoir en place.

ALEXANDRIE était à l’époque administrée par un préfet romain, c’était le plus grand centre culturel de la Méditerranée, abritant les célèbres Phare et Bibliothèque, une ville moderne peuplée d’Egyptiens hellénisés et d’une importante diaspora juive (2 quartiers sur les 5 que comptait la ville) elle aussi hellénisée.
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LA JUDÉE voisine alternait à cette époque entre derniers rois juifs de la dynastie d’Hérode et préfets romains; le Temple de Jérusalem était encore debout pour une trentaine d’années.

PHILON D’ALEXANDRIE, philosophe juif (-20 av. EC à 45) a fait partie d’une délégation de Juifs d’Alexandrie auprès de l’empereur romain Caligula, juste après les émeutes anti juives de 38 qu’il décrit dans un texte en grec connu sous le titre latin « Legatio ad Caium », en français « Ambassade chez Caligula ou des vertus » dont voici des extraits.

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Philon d’Alexandrie : légation a Caïus ou des vertus

« [119] C’était une guerre terrible, sans merci, qui se déchaînait contre notre nation. Quel plus grand malheur peut survenir à un esclave que l’inimitié de son maître? Or, les sujets de l’Empereur sont ses esclaves; s’il en avait été autrement jusque-là sous le gouvernement paternel des empereurs précédents, telle était du moins notre condition sous Caïus [Caligula], qui avait banni de son cœur tout sentiment de clémence, et foulait aux pieds tous les droits. La loi, pensait-il, c’était lui-même;[51] il bravait, comme de vaines paroles, tout ce que la législation avait consacré. Nous fûmes donc mis moins au rang des esclaves qu’au rang des valets les plus infimes; au lieu d’un prince nous eûmes un maître.

[120] Lorsque la populace désordonnée et séditieuse d’Alexandrie s’en aperçut, elle crut avoir trouvé une bonne occasion de donner cours à la haine qu’elle nous portait depuis longtemps; elle remplit la ville d’épouvante et de trouble.

[121] Comme si l’Empereur nous eût abandonnés à sa barbarie pour souffrir les plus grandes misères, comme si le sort des armes nous eût livrés entre ses mains, elle se jeta sur nous avec une fureur sauvage. Nos maisons furent pillées; on en chassa les maitres avec leurs femmes et leurs enfants, au point qu’elles restèrent désertes; [122] on en arracha les meubles et ce qu’il y avait de plus précieux, non pas comme le font les voleurs, qui, dans la crainte d’être pris, cherchent l’obscurité de la nuit, mais en plein jour et publiquement. …

On chassa les Juifs de la ville entière; des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, acculés dans un quartier étroit, pareil à une caverne, furent entassés comme de vils troupeaux, dans l’espoir qu’en peu de jours ils ne seraient plus qu’un monceau de cadavres. On comptait qu’ils périraient de faim, faute de provisions dont ils n’avaient pu se munir dans cette attaque imprévue et soudaine, …

Ceux qui étaient surpris dans les autres quartiers de la ville, ceux qui arrivaient de la campagne, ignorant le malheur de leurs frères, étaient en butte à toutes sortes de mauvais traitements: on les blessait à coups de pierres, de briques ou de fragments de vases; on les frappait avec des bâtons à la tête et partout où les blessures peuvent être mortelles, jusqu’à ce qu’on les eût tués.

[128] La partie oisive de la populace d’Alexandrie s’était postée tout autour de l’étroit quartier dans lequel on avait refoulé les Juifs; elle les tenait assiégés comme dans les murs d’une ville et veillait à ce qu’aucun ne pût furtivement s’évader. On prévoyait que beaucoup, pressés par la famine, braveraient la mort pour ne pas voir périr d’inanition leur famille, et se résoudraient à sortir. Leurs ennemis leur fermaient rigoureusement toute issue; ceux qu’on arrêtait s’échappant étaient tués après d’affreux supplices.

[129] Une autre troupe, sur les quais du fleuve, avait tendu une embuscade pour piller les Juifs qui abordaient, et s’emparer des marchandises qu’ils apportaient. On montait sur leurs vaisseaux, on s’emparait du chargement sous les yeux du maître, on le garrottait, puis on le brûlait vif; les rames, les vergues, les planches et le pont du vaisseau servaient à lui construire un bûcher.[53]

[130] D’autres furent brûlés dans la ville avec un raffinement de cruauté épouvantable: comme le gros bois manquait, on entassa sur eux des branchages auxquels on mit le feu; ils furent plutôt étouffés par la fumée que consumés; car c’était une flamme de peu de durée qui s’élevait de ces matériaux trop légers pour pouvoir se réduire en charbons.

[131] Il y en eut aussi que l’on prit vivants; on leur mit aux talons des lanières et des courroies; ils furent ainsi traînés à travers les places et foulés aux pieds par la plèbe qui ne respecta pas même leurs cadavres. Leurs corps, mis en pièces connue l’eussent pu faire des bêtes féroces transportées de rage, perdirent toute forme, au point qu’il n’en resta pas même des débris pour la sépulture.

[132] Le gouverneur de la contrée, qui à lui seul, s’il l’avait voulu, pouvait en un moment dompter cette foule déchainée, feignait de ne rien voir et de ne rien entendre;[54] il nous laissait avec indifférence en butte aux vexations et aux outrages, et permettait ainsi que l’ordre et la paix fussent troublés.

Alors les séditieux enhardis se portèrent, à des forfaits plus atroces. Ils se réunirent en bandes nombreuses et dévastèrent nos proseuques [synagogues] (il y en a plusieurs dans chaque quartier de la ville), soit en abattant les arbres qui les entouraient, soit en renversant de fond en comble les constructions. Il y en eut où l’on mit le feu[55] avec tant de furie et d’aveuglement, qu’on ne songea point à préserver les maisons voisines, et on sait que rien n’est plus rapide que l’incendie, quand il s’est emparé d’une matière » http://remacle.org/bloodwolf/philosophes/philon/caius.htm

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Joëlle de Paris pour Dreuz.info.

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