Publié par Abbé Alain Arbez le 29 août 2021

Nous arrivons à la fin de l’été et nous constatons combien les saisons nous servent de repères dans le flux des jours qui se suivent : de mois en mois et d’année en année, les saisons jalonnent les événements de nos existences. Mais notre vie ne se réduit pas à la météo, ou à un calendrier ; c’est d’ailleurs ce que dit Jésus à ses disciples : vous savez vous organiser par rapport au temps qu’il fait : soleil ou averses… il serait beaucoup plus sage de savoir vous situer par rapport à votre destinée éternelle.

Et l’évangile de ce jour nous invite justement à reconsidérer notre façon de vivre et à renouveler nos choix de vie en lien et en confiance avec le Christ. Nous avons entendu comment Moïse a su mettre le peuple de l’exode devant un choix. Il n’a pas menacé, il n’a pas imposé de contraintes aux Israélites : il leur a simplement indiqué les deux possibilités qui s’offrent à eux. Ou bien se laisser aller au fil des événements en les subissant, quitte à se raccrocher à des idoles illusoires, ou bien entrer en relation avec le Dieu vivant, qui ressource en permanence nos vies dans son amour, grâce à ses commandements. Moïse rappelle ainsi que le peuple a vécu une véritable libération en étant accompagné par le Dieu d’Israël. Il leur apprend ainsi à faire mémoire des hauts faits de Dieu dans l’histoire sainte et à s’inspirer à chaque instant de l’Esprit qui les guide.

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L’eucharistie du Christ s’enracine profondément dans ce pacte d’alliance, c’est aussi pour nous un mémorial de la passion et de la résurrection, c’est ce qui nous relie directement au sacrifice rédempteur de Jésus. Cela nous remet chaque fois en face du mystère du salut : Dieu nous aime en Jésus Christ, nous sommes appelés à la vie, par-delà nos épreuves, nos manquements, nos questionnements. Mais la controverse qui apparaît dans cet évangile – entre des scribes et Jésus – a surtout pour but d’insister sur la nécessité de purifier son cœur afin d’avoir des comportements qui plaisent à Dieu. Bien que l’ablution des mains soit un rite religieux et hygiénique indispensable, Jésus le relativise, uniquement pour rappeler que l’essentiel n’est pas là en ce qui concerne la purification ! La véritable urgence, c’est d’assainir sa conscience. Car dit-il, c’est du fond du cœur que proviennent les attitudes qui font de notre vie quotidienne ce qu’elle est. Quand Jésus parle aux scribes de la tradition derrière laquelle ils s’abritent pour imposer des pratiques très strictes, par exemple en s’aspergeant tout entiers pour être purs, ce n’est pas au sens péjoratif : il évoque la sagesse reçue des anciens.

Pour Jésus, il y a beaucoup plus à purifier en l’être humain : toute malveillance, toute méchanceté, tout égoïsme, rendent l’homme plus impur que des bactéries superficielles. A noter au passage que le mot « hypocrites » adressé aux contradicteurs n’a pas le sens accusateur qu’on lui donne aujourd’hui. Hypo-crites en grec signifie l’acteur de théâtre, cela montre que Jésus a voulu dénoncer ceux qui jouent un rôle, se donnent un masque et manquent d’authenticité, même s’ils sont sincères. La citation d’Isaïe qu’il utilise pour illustrer son propos renforce sa conviction que le décalage entre les rituels et les comportements est insupportable aux yeux de Dieu. Les prophètes l’avaient eux-mêmes dit et redit, en insistant pour dire qu’on ne s’approche pas de Dieu en s’éloignant des autres. La vraie pureté que Dieu attend, c’est la disposition du cœur, l’aptitude à se rendre plus proche de Dieu et plus proche des autres.

Ces mises en garde valent également pour nous : on ne peut pas se rassurer en s’imaginant être « en règle » avec Dieu, les gestes religieux sont indispensables, mais ils ne nous mettent pas automatiquement en harmonie avec la volonté de Dieu ! La dévotion ne remplace jamais l’accueil personnel de la parole de Dieu, car c’est seulement par ce travail sur nous-mêmes, comme dans la parabole du semeur, que le terrain intérieur de notre vie peut produire du fruit, un fruit visible à l’extérieur.

Dans sa lettre très directe, l’apôtre Jacques va encore plus loin. Il affirme qu’avoir la foi, dire qu’on a la foi, c’est très bien. Mais cela peut être une illusion ! Si les actes ne suivent pas, cette foi est inopérante, elle est virtuelle mais pas réelle. Dans la tradition biblique, la foi en Dieu n’est pas une déclaration d’intention, c’est une pratique, comme Jésus l’a toujours enseigné. Ce ne sont pas ceux qui disent « Seigneur, Seigneur ! » qui entreront dans le royaume, ce sont ceux qui agissent selon la loi de Dieu. C’est pourquoi Jacques nous demande de ne pas nous contenter simplement d’« entendre » la Parole. Il s’agit de se laisser concrètement guider. A quoi bon rester à la surface des choses ? Il faut que cette Parole actionne en nous des attitudes bien précises, et il donne l’exemple de la compassion active envers les plus faibles, les veuves et les orphelins, les personnes en détresse. Mais également, il demande aux croyants de ne pas laisser leur foi être entachée par les modes éphémères de ce monde. Trop de chrétiens en effet, pensent « comme tout le monde », ils se sont conformés aux mentalités qui les entourent, au lieu d’apporter le sel de l’évangile à temps et à contretemps.

Voilà pour nous tous un programme de réflexion prometteur. Nous sommes appelés à remettre en cause nos habitudes et nos postures. Nous voici ramenés à l’intériorité, ce lieu intime en chacun de nous où nous pouvons nous construire en vérité, parce que notre relation à Dieu est vivante, et qu’elle nous éclaire, qu’elle nous fortifie : cette parole nous encourage à devenir jour après jour ce que nous sommes. Tertullien rappelait dans les premiers siècles, alors que beaucoup de familles avaient choisi le baptême : « on ne vient pas au monde déjà chrétien, on le devient ! ». Notre baptême nous incite à devenir chaque jour un peu plus ce que nous sommes, dans le cœur de Dieu, il nous encourage  comme le dit Jacques à nous ouvrir davantage aux autres, et à cheminer ensemble, en Eglise, pour que la Bonne nouvelle ait un visage joyeux et attractif.

Amen

Marc 7: 1-8,14-15, 21-23

La Parole de Dieu

En ce temps-là, les pharisiens et quelques scribes, venus de Jérusalem, se réunissent auprès de Jésus, et voient quelques-uns de ses disciples prendre leur repas avec des mains impures, c’est-à-dire non lavées.

– Les pharisiens en effet, comme tous les Juifs, se lavent toujours soigneusement les mains avant de manger, par attachement à la tradition des anciens ; et au retour du marché, ils ne mangent pas avant de s’être aspergés d’eau, et ils sont attachés encore par tradition à beaucoup d’autres pratiques : lavage de coupes, de carafes et de plats.

Alors les pharisiens et les scribes demandèrent à Jésus : « Pourquoi tes disciples ne suivent-ils pas la tradition des anciens ? Ils prennent leurs repas avec des mains impures. »

Jésus leur répondit : « Isaïe a bien prophétisé à votre sujet, hypocrites, ainsi qu’il est écrit : Ce peuple m’honore des lèvres, mais son cœur est loin de moi.

C’est en vain qu’ils me rendent un culte ; les doctrines qu’ils enseignent ne sont que des préceptes humains.

Vous aussi, vous laissez de côté le commandement de Dieu, pour vous attacher à la tradition des hommes. »

Appelant de nouveau la foule, il lui disait : « Écoutez-moi tous, et comprenez bien. Rien de ce qui est extérieur à l’homme et qui entre en lui ne peut le rendre impur. Mais ce qui sort de l’homme, voilà ce qui rend l’homme impur. »

Il disait encore à ses disciples, à l’écart de la foule : « C’est du dedans, du cœur de l’homme, que sortent les pensées perverses : inconduites, vols, meurtres, adultères, cupidités, méchancetés, fraude, débauche, envie, diffamation, orgueil et démesure. Tout ce mal vient du dedans, et rend l’homme impur. »

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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