Publié par Abbé Alain Arbez le 30 août 2021

Victoire Rasoamanarivo est née en 1848 à Antananarivo (Madagascar) au sein d’une famille aristocrate influente qui tient une place de premier rang dans l’histoire du pays. Lorsque se consolide l’unification du royaume merina s’étendant à toutes les régions de la grande île, le roi Andrainapionimerina a parmi ses conseillers un certain Andriatsilavo, ancêtre de la famille de Victoire.

Dans cette période, Madagascar est l’objet de convoitises concurrentes de la part des Anglais et des Français. Les Anglais reconnaissent Radama I comme roi de Madagascar. Ce qui amène rapidement des missionnaires protestants à s’implanter dans l’Ile. En 1838, à leur initiative, la Bible est traduite en langue malgache, idiome d’origine indonésienne. Cet épisode est déterminant dans l’histoire de la culture malgache. En 1820, déjà, le pasteur David Jones s’était procuré des documents, un dictionnaire français-malgache, et il a avait fondé la première mission. La bible est traduite « ho teny gasy », en langue malgache en deux étapes : 1830, le nouveau testament, 1835, la bible complète. Cette traduction en langue gasy a exercé une grande influence sur la constitution d’un vocabulaire malgache national, même si quelques décennies plus tard le colonisateur impose le français comme langue officielle.

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Lorsque l’une des nombreuses femmes de Radama, dénommée Ranavalona, prend le contrôle du pouvoir en 1828, son règne s’inaugure par la terreur et la persécution des chrétiens, faisant des centaines de martyrs. Victoire enfant a dû être témoin des supplices horribles infligés aux chrétiens que l’on précipitait dans le vide du haut d’une falaise. Cette cruelle souveraine meurt en 1861 et c’est son fils Radama II qui lui succède. Il proclame quant à lui la liberté de religion, et fait revenir les missionnaires. Ainsi, des pasteurs protestants reprennent leurs activités d’évangélisation dans plusieurs provinces malgaches, des jésuites et des sœurs de St Joseph de Cluny s’attachent à transmettre la foi catholique aux habitants merinas des hauts plateaux.

Victoire reçoit le baptême en 1863 à l’âge de 15 ans. Lorsque le roi Radama est assassiné dans son palais à Antananarivo, c’est la reine Rasoherina qui lui succède pour un temps très court. Cette souveraine signe des accords avec la France et avec l’Angleterre. Elle est suivie de la reine Ranavalona II qui est baptisée dans le protestantisme et s’active pour attirer dans cette confession les nouveaux adeptes catholiques. La famille de Victoire est devenue majoritairement protestante et fait pression sur elle pour qu’elle aussi adopte la foi réformée. Victoire résiste et persiste dans ses convictions. Un mariage arrangé l’amène à épouser Radriaka, un noble débauché et tyrannique, mais commandant d’une partie de l’armée malgache. La bénédiction est donnée à l’église d’Andohalo selon la volonté de Victoire. Le couple n’a pas d’enfant. Dans cette situation compliquée, Victoire supporte ses conditions de vie déplorables avec constance durant 24 ans. Mais lorsque son mari est près de mourir, Victoire qui a prié pour lui avec patience, malgré les déconvenues successives, l’entend lui demander le baptême. Et en l’absence des missionnaires expulsés de l’île en 1883, c’est elle qui le baptise dans la foi catholique au seuil de la mort.

Lorsque les missionnaires catholiques sont arrivés à Antananarivo en 1861, accompagnés des sœurs de St Joseph de Cluny, la première école catholique pour jeunes filles avait été ouverte, et Victoire fut une de leurs premières élèves. C’est là qu’elle reçut une formation spirituelle qui la prépara à son baptême à l’église d’Andohalo en 1863.

Victoire fait construire un immeuble près du palais de la reine. Elle concilie ses obligations familiales avec ses devoirs de dame de la cour auprès de la souveraine. Mais elle consacre quotidiennement du temps à la prière, à laquelle elle associe son personnel de maison. Son comportement de bienveillance envers chacun, son témoignage de foi courageux, toute son attitude force l’admiration. Son ascendant moral est indiscutable dans l’entourage royal où prédomine l’influence protestante.

En 1876, le RP Caussèque est nommé curé de la paroisse d’Andohalo et la mission catholique connaît une grande vitalité. Victoire est présidente de la congrégation laïque de la Vierge Marie, et ne se contentant pas de simple dévotion mariale, elle encourage l’engagement concret de tous ses membres envers les pauvres et les lépreux de la capitale Antananarivo.

Lorsque survient le conflit franco-malgache en 1883, les missionnaires français sont expulsés. Avant de quitter la ville, le prêtre d’Andohalo confie à Victoire la mission de soutenir les fidèles grâce à son autorité morale largement reconnue, et il demande aux membres de l’union catholique de veiller au sort des églises et des écoles durant l’absence des prêtres sur l’Ile.

Les églises catholiques sont fermées par les militaires sur ordre du pouvoir en place. Victoire intervient au Palais pour les faire rouvrir et elle y rassemble les fidèles pour les encourager à continuer de vivre leur foi malgré les pressions multiples. Victoire n’hésite pas à visiter les communautés en apportant de la solennité à l’assemblée réunie sans prêtre. Elle commente elle-même les évangiles et anime la prière commune privée d’eucharistie. Pour catéchiser, elle a le secours du frère des écoles chrétiennes Raphaël Rafiringa élu par la communauté. Ainsi, des catholiques victimes de persécutions sont sauvés grâce aux interventions courageuses de Victoire qui interpelle les magistrats en soulignant le côté illégal des interdictions : des enseignants catholiques étaient injustement traduits devant des tribunaux par des protestants pour avoir réuni des fidèles et prié avec eux.

En 1886, après 3 ans d’absence, les missionnaires peuvent revenir à Antananarivo. C’est un nouveau départ pour l’Eglise, car un évêque, Mgr Cazet, est nommé pour administrer Madagascar. Victoire lui est alors présentée par l’union catholique comme étant de fait le véritable chef intérimaire de l’Eglise, qui a su  protéger les fidèles des persécutions et poursuivre leur édification spirituelle malgré les violentes oppositions.

Victoire reprend alors simplement sa place dans la paroisse où elle se dévoue sans compter auprès des malades, des pauvres et des lépreux d’Antananarivo. En 1890, sa santé s’altère subitement, et son état s’aggrave. Elle meurt le 21 août 1894, son chapelet à la main. Une année après sa mort, la France conquiert Madagascar en prétextant un protectorat qui la conduit à annexer l’Ile en 1896, non sans avoir pris en otage la reine exilée à La Réunion. En reconnaissance de ses grandes vertus personnelles de foi et de courage au service de la communauté catholique, en 1931, Mgr Fourcadier annonce le processus de béatification de Victoire. La cérémonie de béatification a lieu en 1989, solennisée par le pape Jean Paul II devant 400000 personnes à la cathédrale d’Andohalo. Le pontife la définit comme « une vraie missionnaire », un « modèle pour les laïcs d’aujourd’hui ».

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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