Publié par H16 le 10 septembre 2021

Pour Ariane Chemin, grande reporter au Monde, c’est évident : ce qui se passe à Marseille en matière de gestion sanitaire est la représentation fidèle des errances du Pr. Raoult. Paf, c’est dit.

Pourtant un intéressant billet de blog paru en avril 2020 établissait avec quelques chiffres des statistiques sur ce qui se passait justement du côté marseillais, et ce avant même que les polémiques aient pris des proportions démesurées, et manifestement, ça cadrait mal avec les saillies enflammées de la journaliste.

À l’époque déjà, le billet en concluait que, sur le plan des données recueillies, il semblait y avoir un net avantage pour la méthode pratiquée par l’IHU, à savoir un traitement des patients et ce, sans même préjuger de la validité du traitement en question : un malade marseillais avait, statistiquement, plus de chance de s’en sortir qu’un malade parisien. 

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Plus d’un an s’est écoulé depuis ce billet. Les polémiques n’ont pas diminué, loin s’en faut, et les questions sur la pertinence des méthodes et traitements proposés par le Pr. Raoult n’ont cessé d’enfler depuis. Quelle leçon tirer du parcours marseillais depuis avril 2020 ? 

Une seule façon d’en avoir le coeur net : retournons aux données.

Et pour cela, épluchons grâce à l’OpenData les données concernant justement la ville de Marseille et tentons de les comparer à, par exemple, celles de Lyon et Paris qui ont le mérite de s’occuper de métropoles d’environ 2 millions d’individus à chaque fois. Pour faire bonne mesure, on y incluera le département du Haut-Rhin, moins urbain, mais qui s’est distingué lors du début de l’épidémie de coronavirus en France par un nombre élevé de morts. 

Les petites illustrations seront retrouvables aux liens suivants : Haut-Rhin , Bouches du Rhône , ParisRhône. Les chiffres officiels ont été repris directement, calculés ici en décès par million d’habitants. 

Les données statistiques sont fournies ici et montrent de façon assez claire que, dans le département du Dr Raoult, où une majorité de gens ont été testés et pris en charge (et dont certains ont bénéficié du traitement maintenant si controversé à base d’hydroxychloroquine et d’azithromycine), on observe qu’il n’y avait que 39 décès par million d’habitants pendant les semaines où sévirent le confinement alors qu’on observait, sur la même période, 137 décès par million d’habitants dans les trois autres départements choisis.

Apparemment, la différence entre le traitement (quel qu’il soit) effectué dans les Bouches-du-Rhône et le non-traitement tel qu’appliqué (avec componction ?) partout ailleurs semble donc coûter la bagatelle de près de 100 décès supplémentaires par million d’habitants, ou, plus précisement, entre 40 et 185 selon les départements urbains à forte mortalité. 

Ici, il faut bien sûr comparer ce qui est comparable, et il ne servirait à rien de rappeler les faibles décès d’autres départements ruraux, beaucoup moins denses, puisqu’on comprend bien que le virus y a bien moins circulé avant le confinement.

Cette différence entre les Bouches-du-Rhône et les autres départements est, en réalité, très significative et à ce niveau de significativité, insister sur un test randomisé pour bien s’assurer que traiter et suivre des patients permet de meilleurs résultats confinerait à l’obstination compulsive. Du reste, les mois qui ont suivi ont amplement démontré que renvoyer les malades avec un doliprane et un arrêt de travail ne suffisait pas alors que tester, traiter et accompagner les malades accroissait notablement leur espérance de meilleur résultat médical. 

D’autre part, les mêmes données montrent que malgré les différences de décès causés par le Covid, les départements ont sensiblement la même mortalité totale (toutes causes confondue, il n’y a pas de différence significative entre les départements). Dans le même temps, plus les départements ont de décès causés par le Covid, moins ils ont de décès par d’autres causes…

Ceci indique que, si les départements qui ont plus de décès de covid n’ont pas plus de mortalité totale, alors inévitablement, une proportion de décès de toute cause ont été affichés comme morts du Covid. 

Cependant, si dans les Bouches du Rhône, il y a eu de façon très significative moins de morts du Covid, et plus de décédés par d’autres causes négatifs au Covid au moment de leurs décès (alors que les taux d’infection ou d’entrées en soins critiques ne sont pas pas du tout corrélés à cette mortalité), la seule variable d’explication ne peut être qu’une différence de traitement.

Cette différence de traitement comprend de nombreux facteurs et ne peut être restreint aux seuls propositions médicales du Pr. Raoult puisque jouent aussi la densité des hôpitaux, les nombres de lits disponibles à tout instant, la densité de la population, … bref, tous facteurs confondus qui concourent à soigner les gens (et hors vaccin qui n’existait pas encore lors du premier confinement) : si on applique les bons traitements, les meilleurs protocoles, sans doute dans des hopitaux suffisamment équipés, on diminue par un facteur 5 ou 6 la mortalité par rapport aux pires départements, ce qui revient à dire que le traitement offre une efficacité plusieurs fois supérieure à celle des vaccins

Les semaines avant et après confinement, on ne trouve pas de différences significatives entre les départements, que ce soit pour les décès covid, les autres types de décès ou tous décès confondus. Par contraste, cela implique ou bien que les traitements et protocoles appliqués dans les Bouches-du-Rhône font une énorme différence, ou bien que les services hospitaliers du Haut-Rhin, de Paris et de Lyon sont sous-développés ou disons fort dégradés par rapport à ceux du département marseillais.

On sait donc désormais que juste avant et juste après le confinement, les mortalités « autres causes » n’ont que peu changé, dans chaque département. On constate que le confinement n’a pas eu de répercussion significative sur le total des décès (et donc le triage des malades), contrairement à ce qu’ont dit les médias, sauf peut-être à Paris en éparpillant des centaines de milliers de Parisiens… en dehors de Paris. On pourrait, sans trop pousser, conclure à une véritable entreprise de dramatisation, ou, tout aussi charitablement, à un travail peu professionnel de journalistes parisiens. 

En outre bien qu’à chaque période, on n’observe pas de différence significative de mortalité totale entre les départements, la mortalité a augmenté pendant le confinement pour chacun d’eux. Malgré la plus grande proportion de personnes âgées dans les Bouches du Rhône, il n’y a eu qu’une augmentation de 14% dans les décès totaux pendant le confinement par rapport aux semaines le précédent. Dans le même temps, le Haut-Rhin voit ses décès grimper de 94%, de 58% à Paris et de 46% dans le Rhône. Sur cette simple statistique, on comprend le ressenti de certains Marseillais qui font des santons à l’effigie de Raoult : pendant le confinement, on mourait 3 à 7 fois moins dans son département qu’ailleurs… 

Enfin, on ne peut s’empêcher de remarquer que les décès du covid dans le Rhône sont moindres qu’à Paris : peut être que les docteurs lyonnais ont silencieusement appliqué, au moins en partie, les méthodes marseillaises ? 

Si l’on peut conclure quelque chose de ces statistiques, c’est que les choix opérés, depuis le renvoi dans leurs pénates des patients dolipranés, jusqu’à la volonté farouche de prendre en charge exclusivement par le public (le privé ayant été consciencieusement boudé depuis le début de la crise), en passant par le refus de toute latitude de prescription pour les médecins de terrain, rejetés aux rangs de subalternes, ont tous participé à faire de cette crise une affaire d’état et à ruiner les processus et habitudes en place, pourtant efficaces. 

Si Marseille démontre quelque chose, c’est que sans les manipulations, mensonges et hystéries politiques, cette crise n’aurait jamais eu lieu. Cette maladie, silencieuse pour un nombre écrasant de personnes, tue peu, des gens déjà très affaiblis, et moins encore lorsqu’ils sont correctement hospitalisés et suivis. 

Comme l’étude des surmortalités européennes le montre sur Euromomo, la politique de santé suivie dans chaque pays est la seule variable vraiment explicative des différentiels observés. C’est d’ailleurs confirmé lorsqu’on regarde le classement mondial (OCDE) des décès du Covid, qui ne montre guère d’affinité entre richesse et meilleure performance : les politiques suivies sont plus pertinentes pour expliquer les résultats obtenus…

Par contraste, dans de nombreux pays en développement, peu mentionnent le fait “covid” et il n’y est pas observé de surmortalité : peu détecté, peu testé, la société ne s’arrête pas. Les dirigeants de ces pays ne sont évidemment pas meilleurs qu’en France mais ont d’autres chats à fouetter, ce qui remet le covid à sa place. 

En somme, si – comme le prétend telle journaliste du Monde – Marseille devient le symbole de quelque chose, c’est plutôt de l’éloignement de certains politiciens, certains médecins de plateau télé de certaines régions, Paris en tête, à la médecine traditionnelle, celle qui consiste à tester, traiter et accompagner les malades.

Par Nasier Ockham et h16

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © H16. Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur (son site)

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