Publié par Bernard Martoia le 13 septembre 2021

En cette année 2081, tous les gens étaient devenus égaux. Ils n’étaient pas seulement égaux devant Dieu et la loi. Ils étaient égaux dans tous les domaines. Personne n’était plus intelligent qu’un autre. Personne n’était plus beau que quelqu’un d’autre. Personne n’était plus fort ou plus rapide qu’un autre. Toute cette égalité était due aux 211, 212, et 213 amendements de la Constitution, et à la vigilance de l’agence nationale des handicapés.

Pourtant, certaines choses de la vie ne tournaient pas rond. Le mois d’avril, par exemple, rendait les gens fous parce que ce n’était pas vraiment le printemps. Et c’est au cours de ce mois humide qu’une ambulance de l’agence des handicapés embarqua le fils de George et Hazel Bergeron qui se prénommait Harrison. Leur garçon avait quatorze ans.

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C’était tragique, certes, mais George et Hazel ne pouvaient pas y penser très fort. Hazel avait une intelligence parfaitement moyenne, ce qui signifiait qu’elle ne pouvait penser à rien si non à de brefs instants. Et George, bien que son intelligence fût supérieure à la normale, il portait une oreillette. Il était tenu par la loi de la porter en permanence. Elle était réglée sur un émetteur du gouvernement. Toutes les vingt secondes, l’émetteur émettait un bruit sec pour empêcher des gens comme George de profiter injustement de leur cerveau.

George et Hazel regardaient la télévision. Des larmes ruisselaient sur les joues d’Hazel mais elle avait oublié de quoi il s’agissait. Il y avait des ballerines sur l’écran de télévision. Une sonnerie retentit dans la tête de George. Ses pensées s’enfuirent comme des cambrioleurs paniqués par une alarme de sécurité.

  • « C’est une très jolie danse qu’elles viennent de faire, » dit Hazel.
  • « Ah bon ? » répondit George.
  • « Cette danse était vraiment chouette » ajouta Hazel.
  • « Ouais ! » acquiesça George qui essayait de penser un peu aux ballerines.

Elles n’étaient pas vraiment meilleures que d’autres de toute façon. Elles portaient des ceintures avec des sacs de grenaille en plomb pour tuer les oiseaux, et leurs visages étaient masqués afin que personne voyant un geste gracieux ou un joli visage ne se sente insulté ou inférieur à elles. George caressait la vague idée que peut-être les danseuses ne devraient pas être handicapées. Mais il n’était pas allé très loin dans cette idée avant qu’un autre bruit dans son oreillette vînt disperser ses pensées. George grimaça, tout comme deux des huit ballerines.

Hazel le vit grimacer. N’ayant elle-même aucun handicap mental, elle dut demander à George quel était le dernier bruit.

  • « On aurait dit que quelqu’un frappait une bouteille de lait avec un maillet, » répondit George.
  • « Je pense que c’est très intéressant d’entendre tous ces sons différents, » répliqua Hazel qui était vaguement jalouse.
  • « Ah, toutes ces choses qu’ils peuvent inventer, » renchérit-elle.
  • « Hum, » dit George.
  • « Si j’étais à la place de la directrice de l’agence des handicapés, sais-tu ce que je ferais ? » demanda Hazel.
  • En fait, elle ressemblait beaucoup à la directrice qui s’appelait Diana Moon Glampers.
  • « Si j’étais à sa place, » ajouta Hazel, « je ferais sonner les carillons le dimanche. Juste pour honorer la religion. »
  • « Si seulement je pouvais penser qu’il s’agisse de carillons, » se lamenta George à voix haute.
  • « Eh bien, pense le très fort ! » rétorqua Hazel. » Je pense que je ferais une bonne directrice de l’agence, » ajouta-t-elle.
  • « Aussi bon que n’importe qui d’autre, » dit George.
  • « Qui sait mieux que moi ce qui est normal ? » demanda Hazel.
  • « Tu as raison, » répondit George.

Il commença à penser que son fils anormal se trouvait dans un hôpital psychiatrique mais une salve de vingt et un coups de feu dans sa tête l’empêcha de poursuivre sa pensée.

« Bon sang ! » dit Hazel, « c’est un coup fort, n’est-ce pas ? »

C’était tellement retentissant que George était blanc et tremblant. Des larmes coulaient sur le bord de ses yeux rouges. Deux des huit ballerines s’étaient effondrées sur le parquet en bois en se tenant les tempes.

« Tu as l’air si fatigué tout d’un coup, » dit Hazel. « Pourquoi ne t’allonges-tu pas sur le canapé pour que tu puisses reposer ton sac sur l’oreiller, mon chou.»

Elle faisait référence aux douze kilogrammes de grenaille dans un sac en jute qui était placé autour du cou de George.

« Vas-y et repose le sac un petit moment, » dit-elle. « Je me fiche que tu ne sois pas égal à moi pendant un moment. »

George soupesa le sac avec ses mains.

  • « Ça ne me dérange pas,» dit-il. « Je ne le remarque plus. C’est juste une partie de moi-même. »
  • « Tu es si fatigué ces derniers temps, » répondit Hazel. «S’il y avait un moyen de faire un petit trou au fond du sac et de laisser tomber un peu de grenaille. »
  • «Deux ans de prison et deux mille dollars d’amende pour chaque plomb sorti, » répondit George. « Je n’appelle pas ça un marché. »
  • « Si tu pouvais juste en sortir quelques uns en rentrant du travail, » dit Hazel. « Je veux dire, tu n’es en compétition avec personne ici. Tu ne fais que t’asseoir. »
  • « Si j’essaye de m’en sortir, » dit George, « alors d’autres personnes s’en sortiront aussi et bientôt nous serons de nouveau au Moyen-Âge avec chacun en compétition contre les autres. Tu n’aimerais pas ça, n’est-ce pas ? »
  • « Je détesterais ça, » dit Hazel.
  • « Et voilà ! » dit George, « à la minute où les gens commencent à fouler les lois, que penses-tu qu’il arrive à la société ? »

Hazel était incapable de trouver une réponse à cette question et George aussi.

  • « J’imagine que ça tomberait en mille moreaux, » dit Hazel.
  • « Qu’est-ce qui s’effondrerait ? » dit George d’un ton las.
  • « La société. N’est-ce pas ce que tu viens de dire ? » dit Hazel d’un ton incertain.
  • « Qui sait ? » répondit Georges avec dépit.

Le programme télévisé fut interrompu par un bulletin d’information. Le sujet du bulletin n’était pas clair au début car le présentateur, comme tous les autres, avait un sérieux défaut d’élocution. Pendant une demi-minute et dans un état de grande excitation, il essaya de dire « Mesdames et Messieurs. » Il renonça et tendit le bulletin à une ballerine pour qu’elle le lise à sa place. « Ce n’est pas grave, » dit Hazel à propos du présentateur, « Il a essayé. C’est le plus important. Il a essayé de faire du mieux qu’il pouvait avec ce que Dieu lui a donné. Il devrait obtenir une prime pour son effort. »

« Mesdames et messieurs, » dit la ballerine, en lisant le bulletin. Elle devait être extraordinairement belle car le masque qu’elle portait était hideux. Et il était facile de voir qu’elle était la plus gracieuse de toutes les danseuses car ses sacs de handicap étaient aussi gros que ceux portés par des hommes. Et elle dut s’excuser pour sa voix qui était une mélodie chaude, lumineuse et intemporelle. « Excusez-moi » dit-elle, et elle recommença en déformant sa voix pour la rendre terne et anodine. « Harrison Bergeron, âgé de quatorze ans, » dit-elle avec un gloussement de poule, « vient de s’échapper de l’hôpital où il était soigné. Il est soupçonné de vouloir renverser le gouvernement. Comme c’est un génie et un athlète hors pair, il doit être considéré comme extrêmement dangereux. »

Une photographie de Harrison Bergeron fut projetée sur l’écran à l’envers, puis de côté, à l’envers à nouveau, puis à l’endroit. La photo montrait Harrison dans toute sa longueur sur une grille en pieds et en pouces. Il mesurait deux mètres.

Le reste de l’apparence de Harrison était de type Halloween. Personne n’était jamais né avec un handicap aussi lourd que le sien. Il avait dépassé tous les handicaps que l’agence pouvait envisager. Au lieu d’une oreillette pour handicapé mental, il portait une énorme paire d’écouteurs et des lunettes avec des verres épais et ondulés. Les lunettes étaient destinées à le rendre non seulement à moitié aveugle mais aussi à lui donner des maux de tête violents. De la ferraille était accrochée partout sur lui. D’ordinaire, il y avait une certaine symétrie aux handicaps infligés aux gens forts, mais Harrison ressemblait à un dépotoir ambulant. Et pour compenser sa belle apparence, l’agence avait exigé qu’il portât en permanence une boule de caoutchouc rouge en guise de nez, qu’il gardât ses sourcils rasés et qu’il couvrît ses dents blanches et régulières avec de faux chicots noirs.

« Si vous voyez ce garçon, » dit la ballerine, « n’essayez pas de le raisonner. » Il y eut le grincement d’une porte qu’on arrachait de ses gonds. Des cris de consternation furent proférés dans le studio. La photo de Harrison Bergeron sur l’écran sauta encore et encore, comme si elle dansait au rythme d’un tremblement de terre.

George Bergeron identifia correctement le tremblement de terre. C’était fort possible car sa propre maison était régulièrement secouée sur le même air fracassant. « Mon Dieu ! » dit George, « ça doit être Harrison ! » Ce parallèle fut instantanément chassé de son esprit par le bruit d’une collision automobile dans sa tête.

Quand George put rouvrir les yeux, la photo de Harrison avait disparu. Un Harrison vivant et plein d’allant remplissait l’écran. Avec son air clownesque, il se tenait debout au centre du studio. Il tenait la poignée de la porte du studio dans une main. Ballerines, techniciens, musiciens et présentateurs s’agenouillèrent devant lui, s’attendant au pire.

« Je suis l’Empereur ! » s’écria Harrison. « Vous entendez ? Je suis l’empereur ! Tout le monde doit faire ce que je dis immédiatement ! » Il tapa du pied et le studio trembla. « Même si je me tiens ici », hurla-t-il, « estropié, handicapé et malade comme je puisse l’être, je suis le plus grand souverain qui ait jamais vécu dans ce monde ! Maintenant, regardez ce que je peux faire ! » Il déchira les sangles de son harnais d’handicapé comme s’il s’agissait de ficelles usées, et cassa les sangles qui pouvaient supporter une tonne. Les sacs de grenaille s’écrasèrent sur le sol. Harrison enfonça ses pouces sous la barre du cadenas qui fixait le harnais sur sa tête. La barre se brisa comme une allumette. Harrison écrasa les écouteurs et les lunettes contre le mur. Il jeta la boule de caoutchouc qu’il avait sur le nez. Cela révéla un homme qui aurait impressionné Thor, le dieu du tonnerre.

« Je vais maintenant choisir mon impératrice, » dit-il en regardant les ballerines recroquevillées dans un coin du studio. « Que la première femme qui ose se lever réclame son compagnon et son trône ! » Après un moment de frayeur, une ballerine se leva et se dandina en marchant vers lui. Harrison lui enleva l’oreillette et les sacs de grenaille avec une merveilleuse délicatesse. Enfin, il lui enleva son masque. Elle était d’une beauté aveuglante.

 » Maintenant  » dit Harrison en lui prenant la main, « nous allons montrer au peuple la signification du mot danse. Musique ! » ordonna-t-il. Les musiciens se précipitèrent sur leurs chaises, et Harrison les dépouilla de leurs handicaps, eux aussi. « Jouez de votre mieux, » leur dit-il, « et je ferai de vous des barons, des ducs et des comtes. »

La musique commença. Au début, elle sonnait faux comme c’était la norme en vigueur. Harrison souleva deux musiciens de leurs chaises et les secoua comme un prunier pour qu’ils jouassent comme il le désirait. Il les renvoya à leurs fauteuils d’un coup sec. La musique reprit et s’améliora aussitôt.

Harrison et son impératrice se contentèrent d’écouter la musique gravement, comme s’ils synchronisaient leurs battements de cœur avec elle. Ils déplaçaient leurs poids sur leurs orteils. Harrison posa ses grandes mains sur la petite taille de la jeune fille en lui faisant sentir l’apesanteur qui serait bientôt la sienne. Et puis, dans une explosion de joie et de grâce, ils s’élancèrent dans les airs ! Non seulement les lois de l’État étaient bafouées, mais aussi celles de la gravité et du mouvement. Ils tournèrent, pivotèrent, voltigèrent, firent des cabrioles et gambadèrent sur le plateau de télévision. Ils sautaient comme des biches sur la lune.

Le plafond du studio était haut de dix mètres, mais chaque saut des danseurs les rapprochait de celui-ci. Ils avaient manifestement l’intention d’embrasser le plafond. Ils l’embrassèrent vraiment. Et puis, neutralisant la gravité par l’amour et la volonté pure, ils restèrent suspendus dans l’air à quelques centimètres du plafond. Ils s’embrassèrent pendant un long moment.

C’est alors que Diana Moon Glampers, la directrice de l’agence des handicapés, entra dans le studio avec un fusil à pompe et à double canon de calibre dix. Elle tira deux fois. L’empereur et l’impératrice moururent avant de toucher le sol. Elle rechargea l’arme et la pointa en direction des musiciens. Elle leur dit qu’ils avaient dix secondes pour remettre leurs handicaps.

C’est alors que le poste de télévision des Bergeron s’éteignit. Hazel se retourna pour commenter la panne à George mais il était parti prendre une canette de bière dans la cuisine. En revenant dans le salon, George fit une pause pendant qu’un signal le secouait. Et puis il s’assit à nouveau.

  • « Tu as pleuré » dit-il à Hazel.
  • « Ouais, » répondit-elle.
  • « A propos de quoi? » demanda-t-il.
  • « J’ai oublié, » répondit-elle. « Quelque chose de vraiment triste s’est passé à la télévision. »
  • « C’était quoi ? » demanda-t-il.
  • « C’est un peu mélangé dans ma tête, » répondit Hazel.
  • « Oublie les choses tristes, » répliqua George.
  • « Je le fais toujours, » dit Hazel.
  • « C’était notre fils, » avoua Hazel.
  • George grimaça car il y avait une détonation comme un coup de fusil dans son crâne.
  • « Ça alors ! » je peux dire que celui-là est vraiment fort, » répondit Hazel.
  • « Tu peux le dire, » concéda George.

Kurt Vonnegut

=== commentaire du traducteur ===

Ce pamphlet fut publié en 1961. Interrogé bien plus tard en 1988, Vonnegut répondit au journaliste qu’il s’agissait d’une satire de la guerre froide menée alors en Amérique. L’auteur vénérait Eugene Debs, cinq fois candidat du parti socialiste aux élections présidentielles américaines. Le slogan de Debs était : « Tant qu’il y a une classe inférieure, j’en fais partie. Tant qu’il y a un élément criminel, j’en fais partie. Tant qu’il y a une âme en prison, je ne suis pas libre. »

Comme George Orwell, un autre écrivain socialiste engagé, Vonnegut était un visionnaire. Tous deux prédirent un avenir très sombre pour l’humanité. Leur vision cauchemardesque d’un Etat totalitaire est en train de se réaliser sous nos yeux pour quiconque ne porte pas d’écaille idéologique et n’est pas encore abruti par la moraline sanitaire distillée à longueur de journée sur les antennes. Si tous deux avaient envisagé avec justesse le pire à venir, ils se trompèrent lourdement sur la filiation politique de l’Etat totalitaire qu’ils dénonçaient. « Les hommes font l’histoire mais ils ne savent pas l’histoire qu’ils font, » disait Karl Marx.

une autre grille de lecture pour comprendre l’histoire contemporaine

Un tyran ou une junte militaire sont des épiphénomènes de l’histoire. Ils apparaissent et disparaissent car ils sont mortels et n’ont d’autre ambition que la détention du pouvoir. Les dégâts sont limités car ils ne consacrent pas toute leur existence à réprimer le peuple. Ils ont des temps de repos et de divertissements fort variés.

En revanche, les idéologies sont infiniment plus dangereuses car elles sont immortelles et n’ont pas de trêve. Elles s’apparentent aux virus qui sont consubstantiels à l’humanité. Elles naissent et mutent sans arrêt. La cancel culture et le woke d’aujourd’hui ou la souche Harrison Bergeron d’hier décrite par Vonnegut dans ce pamphlet ne sont que des variants du communisme. Il n’y a rien de nouveau sous le soleil !

En revanche, les dégâts sont énormes pour l’humanité car les idéologies sont toujours porteuses de l’utopie d’incarner le bien et de vouloir changer le monde quel que soit le prix de souffrance à payer pour le peuple. Il n’y a jamais eu de remise en cause du virus de la révolution de 1789 et de son variant la Terreur quatre années plus tard.

L’hymne national est toujours la Marseillaise et la fête nationale célèbre toujours la prise de la prison de la Bastille censée incarner le mal absolu qu’aurait été la monarchie.

Dans cette illustre prison prise d’assault le matin du 14 juillet 1789, il n’y avait que sept prisonniers dont voici la liste. Béchade, Laroche, La Corrège et Pujade étaient quatre minables escrocs en préventive car leur procès pour falsification de lettres de change était en cours d’instruction. Le comte de Solanges était enfermé pour des actes de débauche à la demande de sa famille qui payait une pension à l’Etat pour le garder emprisonné. Quant aux deux derniers, Tavernier et De Whyte, ils étaient complètement fous. L’un d’eux se prenait pour César. La Bastille faisait office d’asile psychiatrique pour les pervers sexuels ou les fous. Le marquis de Launay était davantage un hôtelier qu’un géôlier. Les repas servis étaient corrects, les lits n’étaient pas des paillasses et les portes des cellules n’étaient pas fermées à clef. Les résidents pouvaient se déplacer librement à l’intérieur de la Bastille. Le marquis de Sade avait été transféré à Charenton quelques jours plutôt car il incommodait les résidents. Le registre d’écrou du 3 juillet 1789 fit état de ses vociférations comme suit : le comte de Sade a crié par sa fenêtre, à diverses reprises, qu’on égorgeait les prisonniers de la Bastille et qu’il fallait venir le délivrer.

Comme les révolutionnaires furent extrêmement déçus de découvrir qu’il y avait si peu de prisonniers et qu’ils étaient si bien traités à la Bastille, ils inventèrent un mythe complètement faux pour qu’il colle à l’attente des idéologues. Ainsi va la France depuis 1789 et le reste du monde dans son sillage.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Bernard Martoia pour Dreuz.info.

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