Publié par Abbé Alain Arbez le 6 septembre 2021

Sur un plateau de télé, un intervenant dans un débat islam- christianisme a suscité beaucoup de réactions. Interrogé sur le problème récurrent des sourates belliqueuses du coran, révélatrices de l’attitude de Mahomet, cet expert autoproclamé s’est empressé de prétendre – évangile à l’appui – que Jésus avait appelé, lui aussi, à mettre à mort ses adversaires par égorgement!

Ce scoop, mettant à égalité dans l’horreur le rabbi de Nazareth avec le prophète de Médine, a aussitôt ravi une grande partie des participants du plateau …D’une part, les grands penseurs « laïcs » pour qui « toutes les religions se valent », mais d’autre part, surtout, des musulmans qui minimisent les injonctions agressives de l’islam pour banaliser les sources de la radicalisation : tous avaient trouvé là un porte-parole idéal.

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Le fait est que la parabole dite « des mines » citée par le contradicteur pourrait prêter à confusion, mais à condition que, par méconnaissance du sujet, on en reste à une lecture superficielle et anecdotique. Le texte soit-disant criminogène se situe en Luc 19, 11-27 dans un récit où Jésus montre comment un roi cruel traite ses opposants.

« Quant à mes ennemis, dit le roi, amenez-les devant moi et égorgez-les ! »

Dans les débats interreligieux, on voit souvent des débatteurs islamiques se saisir de cette référence, imaginant y trouver l’aubaine d’un parallèle complaisant avec les sourates assassines de leur texte sacré. « Tuez les mécréants, frappez-les au cou ! »

Avant toute chose, il faut savoir qu’il existe des genres littéraires différents dans les écrits bibliques. Pratiquer une lecture littérale du texte,  reviendrait à imaginer avoir tenu un micro pour enregistrer les propos de Jésus en direct. Or, même si la rédaction des évangiles a suivi de près les premiers témoignages oraux, les paroles attribuées à Jésus sont des recompositions théologiques formulées dans des styles littéraires de la première génération croyante.

Dans ce débat animé, l’intervenant télévisuel s’appuyait sur cette parabole des mines – la seule pouvant jouer ce rôle – afin d’étayer sa démonstration. On sait que la parabole est un mode d’expression populaire répandu à l’époque de Jésus. Procédé pédagogique pour donner un enseignement accessible en prise avec les réalités courantes. Mais le fait que dans la parabole des mines Jésus mette en scène un homme de pouvoir dont le comportement n’est pas exemplaire n’a rien d’extraordinaire. Dans son propos, Jésus s’inspire de faits divers, bons ou mauvais, de la vie économique ou politique. Ainsi, lorsqu’il raconte comment un gérant malhonnête s’est tiré d’affaire après son licenciement, il ne fait pas l’apologie de la corruption ! Il invite au contraire les pratiquants de la torah à avoir autant d’habileté pour imaginer les moyens de faire le bien de façon honnête.

Dans le cas de la parabole des mines, il est question d’un homme de haute naissance, un roi ou un gouverneur important, qui élimine cruellement ses adversaires par égorgement. Peut-être est-ce, comme le pensent certains spécialistes, une allusion historique aux attitudes sanguinaires d’Archélaüs, souverain aux jugements expéditifs dans l’occupation d’Israël. Mais – à partir de là –  attribuer à Jésus lui-même, homme de Dieu pacifique s’il en est, ce rôle d’égorgeur, c’est vraiment tordre le texte…

Il suffit de regarder le contexte global de son action au sein du peuple. Ainsi, lorsqu’il commence la tournée des villages pour annoncer le règne de Dieu, Jésus conseille à ses disciples de se présenter dans une maison en annonçant d’abord la paix aux habitants. Ni contrainte, ni pression. Et il suggère à ses coéquipiers de secouer la poussière de leurs sandales pour aller plus loin au cas où ces gens refuseraient leur paix. Pourquoi exigerait-il par cette parabole un traitement inhumain envers des personnes qui n’accueillent pas son message ?

De plus, Jésus, qui affirme que son Royaume n’est pas à la manière de ce monde, manifeste une perception hautement critique des puissants de ce monde, ce qui signifie qu’il ne cautionnera aucun abus qui ferait violence à qui que ce soit : « les grands de ce monde font sentir leur pouvoir, qu’il n’en soit pas ainsi parmi vous… » (Matthieu 20.25) C’est pour cette raison que Jésus ne recherche jamais pour lui-même une position dominatrice, mais qu’il reste toujours dans une humble attitude de service. Et donc quand la foule, enthousiasmée par ses gestes réconfortants envers les plus faibles, veut lui attribuer une fonction officielle, il se retire à l’écart dans la prière.

En Matthieu 27.52, nous voyons même Jésus avertir fermement ceux qui seraient tentés par la force et la contrainte envers les adversaires : « qui combat par l’épée périra par l’épée… » L’exact contraire des sourates coraniques.

Cela doit encourager à ne pas faire de contresens sur la dimension prophétique que Jésus a donnée à son action : « Je ne suis pas venu apporter la tranquillité, mais le glaive tranchant de la Parole de Dieu » ( Matthieu 10.34) Le glaive est une expression biblique habituelle pour désigner la manière dont la Parole de Dieu permet de discerner les situations de la vie, quitte à mettre des comportements en confrontation. Trancher veut dire : prendre des décisions, jamais décapiter des êtres vivants !

Au cours des siècles, des courants antijudaïques dans l’Eglise ont instrumentalisé littéralement la parabole des mines (l’aplatissant comme l’intervenant du débat télévisé ) et en ont profité pour prôner l’exécution des juifs qui refusaient la croyance devenue officielle et dominante en chrétienté. Ce genre d’exégèse meurtrière, foncièrement infidèle au sens biblique des récits, a conduit à des exactions intolérables. On voit à quelles extrémités d’inhumanité peuvent entraîner des lectures irresponsables de textes inspirés appartenant à un genre littéraire spécifique.

L’intention du plaideur de la TV était clairement de mettre au même niveau coran et évangile. C’est la manipulation fréquente sous la houlette des « trois monothéismes »…illusion reprise dans l’expression médiatique biaisée des « religions du livre » (formule islamique).

Or comment le rabbi juif Jésus aurait-il pu inciter ses adeptes à égorger d’autres juifs, au nom d’une autorité transcendante, simplement parce qu’ils ne partageaient pas ses options sur le salut d’Israël et du monde ?

Les écrits évangéliques sont, dans leur style, le reflet fiable de la vraie personnalité de Jésus, qui a cassé les engrenages de toute violence, qui est allé jusqu’à livrer sa propre vie sans aucune haine, en pardonnant à ses bourreaux. Aucune arrogance, aucun esprit de vengeance ne transparaît dans ses comportements guidés par l’amour de Dieu et l’amour de ses frères. Pour comprendre intelligemment la parabole des mines, il suffit de prendre en compte avec bonne foi le genre littéraire, en se référant aux références bibliques par lesquelles Jésus annonce la bonne nouvelle en s’adressant au libre arbitre de chacun. C’est la condition de l’édification du monde de paix pour lequel il a donné de sa personne et confié une mission exigeante à ses disciples.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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