Publié par Gaia - Dreuz le 10 septembre 2021

Source : Lepoint

L’acteur ne craignait pas la mort : élevé dans la religion catholique, il se disait croyant et espérait revoir ses proches et ses compères dans l’au-delà.

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C’est l’un des jardins les plus secrets de Belmondo : derrière les cabrioles et les farces en tout genre, l’acteur cachait une profondeur d’âme nourrie par son éducation catholique. « Je suis croyant sans être pratiquant, expliquait-il un jour à son biographe Philippe Durant (Belmondo, éd. Robert Laffont). Comme beaucoup, je ne vais à la messe que dans les grandes occasions, à commencer par les plus tristes : les enterrements. Croire m’a aidé dans mon parcours. Croire en une entité supérieure orientée vers le Bien. Croire me donne aussi la certitude que je finirai par retrouver ceux que j’ai aimés… »

Son éducation religieuse débute dès l’enfance, dans le quartier de Denfert-Rochereau, à Paris, où il fréquente l’école paroissiale. S’il se fait vite remarquer par son caractère turbulent – toujours le premier à chahuter –, il fait aussi ses premiers pas comme enfant de chœur avec son frère aîné Alain. Pendant la Seconde Guerre mondiale, la famille se replie souvent à Clairefontaine, près de Rambouillet, où les enfants sont régulièrement embauchés par le curé du coin, le père Graziani, aussi bien pour assurer les messes que pour l’aider à enterrer les pilotes américains dont les avions s’écrasaient dans la zone, ciblés par la DCA allemande… « Bébel » gardait comme souvenir de cette époque la confrontation directe avec la mort, les quelques sous qu’il gagnait pour chaque enterrement et un goût de l’aventure nourri par ces héros tombés du ciel…

La soutane de l’abbé Morin

La religion se rappelle à lui au début de sa carrière, quand Jean-Pierre Melville lui propose de jouer dans Léon Morin, prêtre : le public venait de le découvrir en jeune voyou dans le sulfureux À bout de souffle, de Godard, interdit aux moins de 18 ans, le voilà qui interprète un prêtre séduisant mais inflexible, face à une jeune communiste athée tombée sous le charme… Loin d’être ridicule, Belmondo convainc dans l’un de ses rôles les plus inattendus, assurant des joutes verbales de haut niveau sur l’Église, la foi et l’espérance…

Les catholiques français apprécient l’exploit, à l’image de François Mauriac qui écrit, conquis : « Qu’un bon acteur [Belmondo] puisse devenir n’importe quelle créature, entrer dans toutes les peaux, je le savais, juge-t-il dans Le Figaro littéraire en 1961. Mais ici il fallait devenir ce saint qui ne sait pas qu’il est un saint et qu’il fût en même temps ce garçon aimé d’une femme et qui sait qu’il est aimé. » Avant les premières prises, Melville avait tenu à envoyer Belmondo en formation auprès d’un prêtre. Mais pour enfiler la soutane, l’acteur n’a eu qu’à se souvenir des messes de son enfance et du mémorable abbé Graziani de Clairefontaine…

Malgré une vie dissipée, débridée et turbulente, bien loin des préceptes catholiques, il faut reconnaître que Belmondo a toujours pris la peine d’afficher une gaieté de vie communicative envers son prochain – ce qui n’est pas rien dans un monde grincheux. Soucieux de ne jamais affliger autrui avec ses chagrins, il avait érigé le sourire en meilleur rempart contre les coups durs de la vie, comme la mort des proches et des amis de toujours, ses parents, sa fille Patricia, dans un incendie dramatique en 1993, son AVC en 2001… C’est dans ces moments-là qu’il puisait aussi dans sa foi la force de continuer la route, avec l’espérance de revoir un jour ses chers disparus.

« Nous nous reverrons ! »

« Je ne crains pas ma propre mort, elle est inéluctable, et il y a longtemps que je me suis fait une raison, a-t-il confié au journaliste Philippe Durant. Je crois en une autre vie. Il se passe forcément quelque chose dans l’au-delà, le chemin continue d’une manière ou d’une autre. Souvent, je sens la présence de mes parents autour de moi, et cela me réconforte. Je pense que je les reverrai après, comme je reverrai tous les gens que j’ai aimés : Lino, Gabin, Audiard, et tous les autres. J’espère les retrouver autour d’une bonne table, où nous continuerons à délirer comme au bon vieux temps ! Et puis, plus tard, beaucoup plus tard, je crois que l’on finit par revenir sur Terre d’une façon ou d’une autre. Je crois en la réincarnation. Nous nous reverrons ! »

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