Publié par Dreuz Info le 23 septembre 2021

On s’y attendait depuis longtemps tout en redoutant ce moment. C’est désormais officiel : Jean-Paul Belmondo, le grand Bebel nous a quittés.

Emporte le cascadeur infatigable, le bagarreur casse-cou, le rigolard sympathique, le monstre sacre du cinéma français qui a émerveillé plusieurs générations de spectateurs français. Un des derniers piliers du Septième Art de notre pays et du cinéma à l’ancienne, mais pas seulement.

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On l’a oublié, mais Belmondo a eu du mal à s’impose comme acteur.

Snobe par le Conservatoire National Supérieur d’Art Dramatique, longtemps oublié des Césars, souvent lâché par la critique, il sera longtemps cantonné comme étant un acteur de films populaires bien qu’ayant été révélé par un réalisateur-phare de la Nouvelle Vague et ayant contribué à plusieurs drames majeurs des années 1960.

Une sorte de semi-désamour venant d’une certaine élite médiatico-littéraire, forcée de reconnaitre son talent et son succès, mais rechignant à le consacrer, alors que son aura populaire ne s’est jamais démentie, lui qui boosta les chiffres du box-office français durant plus de vingt-cinq ans.

Sa popularité demeura d’ailleurs intacte longtemps après son apogée et même après sa retraite forcée il y a maintenant vingt ans, devenant une véritable icône pour plusieurs millions de jeunes Français et un véritable monument national.

Sa popularité traversa même les frontières puisqu’il inspirera le physique du protagoniste d’un célèbre anime japonais en plus d’en avoir fait de même avec l’un de nos plus célèbres héros de bande dessinée. Une aura et une popularité qui l’ont finalement érigé en symbole, symbole de la France d’une époque.

Même s’il interpréta des personnages fort différents tout au long de sa carrière, ceux-ci conserveront un certain nombre de traits communs ce qui contribuera à imprimer une patte Bébel.

Ce sont d’abord des personnages individualistes, agissants souvent seuls contre tous, au point d’être souvent en marge de la société (Cartouche de Philippe de Broca, à bout de souffle et Pierrot le fou de Jean-Luc Godard) ou bien, s’il est du côté de la loi, souvent en butte avec sa hiérarchie (tous ses polars des années 1980) voire contre elle (Le professionnel de Georges Lautner), se préoccupant peu des règlements comme des convenances.

C’est aussi un fonceur casse-cou, méprisant le danger comme les règlements et aimant le risque comme les plaisirs de la vie.

C’est enfin un séducteur qui sait parler aux femmes et les collectionne à la vie comme à l’écran tout en sachant leur tenir tête.

Bref, un bel exemplaire de personnage type de mâle alpha dominateur, aventureux, sûr de lui et sans entrave, qui a incarné un véritable idéal masculin français et même européen. Autant dire que ce modèle n’est plus vraiment souhaitable dans le paysage actuel qu’il soit audiovisuel, médiatique ou simplement public.

Ce type de modèle va en effet totalement à l’encontre de ce qui est prôné actuellement à longueur de temps par les médias et les œuvres filmiques. Il devient en effet moins fréquent de présenter des héros de grands films individualistes, volontaires et virils, d’autant plus quand ce sont des hommes blancs hétérosexuels.

Ajoutons à cela son cote rigolard et blagueur, à la limite de l’insouciance, là où il est à la mode d’illustrer des héros sombres et dépressifs, ainsi que son sens de la morale très clair et direct, allant à l’encontre de l’ambiguïté morale tellement mise en avant de nos jours. Il est en effet peu probable que ses personnages du « Marginal » et du « Solitaire » trouver grâce auprès des producteurs actuels biberonnes au gauchisme (sauf peut-être chez Olivier Marchal).

Enfin, c’était, très souvent, un séducteur invétéré, ou du moins entreprenant avec les femmes et leur tenant tête lors des éventuelles altercations, chose désormais impensable et odieuse pour la bien-pensance féministe.

N’oublions pas quelques sous-entendus qui seraient jugés très limites à l’encontre des dites minorités comme cette scène du « Marginal » ou Bébel fait pression sur un suspect d’origine maghrébine en le menaçant de l’expulser vers son pays d’origine.

Bref, les personnages de Belmondo sont incontestablement marqués par leur époque et ne seraient surement plus illustres de nos jours, trop politiquement incorrects, trop réacs, trop intolérants et problématiques, à l’instar de bon nombre d’autres personnages de fiction du cinéma déjà modifies ou supprimés (canceled comme on dit) dont la liste ne cesse de s’allonger.

Ils représentent donc bien tout un pan du cinéma français, d’auteur comme de divertissement, qui savait être créatif, ingénieux, spectaculaire, émouvant, bref excellent, libre des carcans idéologiques et faussement moralisateurs ou encore du formatage actuel du cinéma grand public tant dans la réalisation que le scénario. Ce faisant, ces films nous transmettent une certaine conception du cinéma, mais aussi de la France ou ils ont été tournés et diffusés, une France pas encore fliquée par le politiquement correct, contrôlée par l’idéologie gauchiste, ravagée par les agressions SJW ou la haine de soi, une France encore fière d’elle-même et de son histoire, inventive, créative, optimiste, qui inspirait encore le respect et la confiance.

Le contraste est éclatant par rapport à la société actuelle, que ce soit pour le cinéma actuel (et ses innombrables films propagandistes tant favorables à la diversité qu’ils en oublient de payer des scénaristes et de s’assurer de la compétence de leurs réalisateurs) que du monde politique (voir Macron rende hommage à Belmondo à quelque chose de surréaliste tant la personnalité de l’acteur était aux antipodes de celle de notre actuel président) en passant par l’ensemble de la société publique en général.

Symbole éclatant de ce décalage, l’hommage on ne peut plus maladroit, voire gênant, de l’élue écologiste Sandrine Rousseau a l’acteur qui, non content d’estropier son prénom, est d’une naïveté confondante digne d’un enfant de huit ans découvrant tout juste les films de Bébel.

Pathétique et en même temps, parfaitement conforme à la mentalité de notre époque.

Du reste, on peut être sûr que beaucoup de membres de notre élite actuelle vont tout juste découvrir la filmographie de Belmondo (dans le meilleur des cas, beaucoup d’autres l’ayant sciemment oublié).

Et quoi de plus normal quand on le voit le décalage entre les personnages interprétés par le monstre sacré du cinéma français et ceux d’aujourd’hui.

D’un côté, nous avons des protagonistes virils, audacieux, énergiques, gouailleurs, séducteurs, bref de vrais hommes.

De l’autre, de pauvres personnages dépressifs, indécis, faibles, soumis à toute forme d’autorité comme à toute mode et promouvant souvent une morale des plus douteuses.

On peut donc voir l’opposition majeure entre ces deux formes de cinéma et ces deux formes de société qui nous sont proposées, car le cinéma reflète toujours une vision précise de la société.

Et c’est finalement la que se situe l’héritage de Jean-Paul Belmondo : Bien plus que de superbes prestations d’acteurs dans de bons films (ce qui est par ailleurs indéniable), c’est avant tout une certaine vision de la France de son époque qu’il nous a livre, une France authentique, audacieuse, fière d’elle-même. Une vision qui peut s’appliquer à l’Europe entière.

Et c’est pour cela que le professionnel et l’incorrigible vont nous manquer.

Francois Preval

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