Publié par Abbé Alain Arbez le 11 septembre 2021

Selon les précisions que nous donne l’évangile de Marc, Jésus chemine avec ses disciples au nord d’Israël, dans une région limitrophe aux populations assez mélangées, surtout peuplée de païens, c’est à dire de gens ayant une conception de l’être humain très différente de la tradition biblique fondée sur l’alliance. Ces populations ont été implantées là par les envahisseurs assyriens et dans leurs pratiques religieuses, le culte des idoles, la violence et la prostitution, sont prédominants.

Malgré des dérapages toujours possibles, la foi d’Israël est totalement à l’opposé, avec son Dieu d’amour, ses commandements qui honorent le Créateur en respectant les autres et en défendant la vie, et aussi ses fêtes où l’on célèbre le Dieu dispensateur des dons de la nature et sauveur d’une humanité en quête d’accomplissement.

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Or Jésus est attentif à chacun, il ne juge ni ne condamne les personnes, il veut offrir à tous les hommes et toutes les femmes de bonne volonté l’accès au Royaume de Dieu. C’est ce que le Maître développe dans son enseignement et par les guérisons qu’il apporte aux personnes souffrantes dans leur corps, leur esprit, leur âme. Cette vie nouvelle passe par un changement personnel. Concrètement, cela signifie l’adhésion confiante à un Dieu bienfaisant, un Dieu présent au cœur de chacun, et désireux par son Esprit de changer la face du monde.

C’est alors que Jésus pose à ses coéquipiers la question : « Au dire des gens, qui suis-je ? » Les disciples qui accompagnent Jésus et partagent son annonce du monde nouveau sont des hommes courageux qu’il a recrutés sur leur lieu de travail, principalement en Galilée. De village en village, les disciples ont vu de leurs propres yeux Jésus relever littéralement des hommes et des femmes qui n’en pouvaient plus, écrasés sous le poids de leurs épreuves. Des personnes qui, une fois guéries de leurs démons intérieurs, sont complètement transformées et se reconstruisent.

Mais ils ont en même temps entendu les réactions contradictoires des gens au gré des opinions aléatoires. La renommée de Jésus est telle, que tout se dit à son sujet. Certains se scandalisent, persuadés que Jésus puise sa force au nom de Satan, ou encore qu’il travaille pour sa gloire personnelle, tandis que d’autres voient en lui un grand prophète de Dieu, ou même Elie revenu donner le signal de la fin du monde ancien. Jésus entend ces appréciations diverses sans se laisser influencer, car il ne dépend pas du regard des autres ! Alors il se tourne vers les disciples eux-mêmes puisqu’il les associe à sa mission, il leur pose la question :

Et pour vous, qui suis-je ? C’est Pierre qui se lance et qui résume la pensée de toute l’équipe : « tu es le Messie ! » Mais il y a plusieurs manières d’être messie…L’histoire montre qu’il y a eu des faux messies. Le « messie », c’est un concept assez flou à l’époque, et surtout, cela signifie : celui qui a reçu l’onction de Dieu pour être son envoyé et ouvrir une ère nouvelle. Or Jésus ne veut pas être un messie triomphateur par la force, il sera un Messie serviteur de Dieu dans la simplicité et le don de soi, afin de faire appel au libre-arbitre de chacun. Nous en avons l’avant-goût dans les choix qu’il fait lors des tentations au désert, où il refuse catégoriquement tout ce qui serait manipulation des consciences.

Rappelons-nous l’entrée que Jésus fera à Jérusalem, monté sur un âne, en signe d’humilité et de non-violence, au moment d’affronter sa passion. Face aux engrenages du mal omniprésent, sa victoire finale exprime, malgré les apparences, la supériorité de la miséricorde et de la paix venant de Dieu : Jésus s’est préparé à subir la croix pour donner à l’amour son vrai visage rédempteur en pleine situation de crise. Il incarne le serviteur souffrant d’Isaïe offrant une alternative à la violence dominante. Cette réalité différente des pensées habituelles, puisque venue d’En-Haut, les disciples ne pourront évidemment la comprendre pleinement que plus tard, après la mort et la résurrection de Jésus.

En leur posant cette question « pour vous qui suis-je », Jésus invite d’abord les disciples à dire sincèrement ce qu’ils pensent. Non pas en faisant semblant, mais en étant authentiques. C’est au cours de ce dialogue de vérité que Jésus réagit vivement en demandant à Pierre de ne pas lui obstruer la route avec ses pensées convenues. « Passe derrière-moi, satan ! » Shatan veut dire littéralement : obstacle, adversaire. Car il était en effet difficile de mettre son espérance dans un messie qui ose dire qu’il va passer par la mort et dont le triomphe ne sera pas celui qu’on attend. Pour atteindre l’objectif qu’il s’est fixé, Jésus ne triche pas avec les conditions réelles et avec les risques inévitables. C’est ainsi que Dieu est pleinement présent en Jésus, mais en s’effaçant derrière son humanité totalement assumée.

D’où l’interrogation : Qui est Jésus pour nous ? Sommes-nous sûrs de bien le connaître dans son être véritable ? Son visage n’est-il pas déformé – après 2000 ans – par des images et des habitudes de pensée réductrices qui obscurcissent son rayonnement dans nos vies ? Les mots ne suffisent pas pour exprimer tout ce que Jésus représente dans notre existence.  L’apôtre Jacques le rappelle vigoureusement : c’est avec des actes réels, des pensées précises, des gestes concrets que la réponse de notre foi doit prendre corps dans notre histoire personnelle…

Dans le grand public d’aujourd’hui, on ne sait plus très bien qui est Jésus. Des films et des spectacles fantaisistes et même blasphématoires ont brouillé les cartes dans les opinions. On ne sait plus si Jésus est un extraterrestre, un gourou, un surhomme de la mythologie, un guerillero, ou un mièvre symbole passe-partout !

Ainsi, lorsque nous cherchons à témoigner du vrai visage du Christ, celui que nous approchons dans l’écoute de la Parole et dans le partage eucharistique, nous répondons simultanément à une autre question qui nous est souvent posée : quels disciples de Jésus au XXIème siècle sommes-nous ? Nous savons que nous serons souvent à contre-courant des mentalités dominantes, mais il est prévisible que nous n’avons pas – en tant que chrétiens- vocation à penser « comme tout le monde ! ». Etre dans le monde mais pas « du monde »…

Certes, il y a dans l’Eglise des courants différents et des sensibilités multiples. On rappelle parfois que l’Eglise est une « unité dans la diversité », et c’est vrai. Mais il est facile de constater que l’on voit beaucoup la diversité et pas assez l’unité ! Dans un corps, pour que tous les membres fonctionnent, une colonne vertébrale est indispensable…Dans ces temps difficiles, à nous de travailler à l’union de tous, autour de l’essentiel…

Ce qui doit nous faire interagir dans une même foi et un même élan, c’est bien la conviction que Dieu est amour et que l’Esprit de Jésus parle aujourd’hui au cœur des croyants comme par ailleurs aux consciences des hommes et des femmes de bonne volonté.

Cette présence de Dieu, en nous et à travers nous, prépare les esprits à la venue de son Règne. Nous devons prendre conscience que le Royaume ne s’instaurera pas sans nous, car visiblement Jésus le Christ a voulu nous y associer. C’est là l’horizon de l’espérance qui nous fait avancer chaque jour, quelle que soit la pénibilité du chemin et la fragilité de nos attitudes.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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