Publié par H16 le 4 octobre 2021

Grande surprise ces derniers jours : on découvre que Le Point, magazine jadis propre sur lui et bien comme il faut, vient de sombrer dans le plus pur complotisme de bas étage en sortant un récent article sur les tribulations d’un virus en Chine. Pour le magazine, la thèse d’un vilain coronavirus échappé du P4 de Wuhan n’est plus une théorie complotiste, mais bien l’hypothèse la plus solide permettant d’expliquer ce qui s’est passé.

Sapristi ! Pourtant, tout le monde avait été bien clair en mars puis en avril 2020 : d’une part, caractériser le virus comme provenant de Chine était clairement xénophobe, et d’autre part, imaginer voire – pire encore ! – qu’il puisse provenir d’un laboratoire sur place, par exemple celui classé P4 à Wuhan où l’épidémie semble avoir débuté, c’était immédiatement être taxé de complotiste…

Et puis finalement, d’éléments d’enquêtes en coïncidences difficilement évacuable d’un revers de la main, de faits avérés en témoignages troublants, ce qui avait été frappé du sceau de l’infâmie dans tous les médias « bien comme il faut » est progressivement passé au rang d’hypothèse crédible pour atteindre maintenant le stade de principale explication plausible.

Ce changement de perspective – où finalement les complotistes trouvent leurs thèses confirmées petit-à-petit par l’implacable réalité – est bigrement intéressant au moment même où, avec la finesse d’esprit qui caractérise le Président de la République française, ce dernier est en train de pousser un nouveau bricolage-maison afin de lutter contre le complotisme : tout tristounet de constater que le conspirationnisme serait en pleine expansion dans le pays, Emmanuel Macron vient de lancer une nouvelle Hautotorité pardon une petite Commission chargée de lutter contre le complotisme.

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Sobrement nommée « Commission Bronner » du nom de son président, elle sera chargée de « mesurer les dangers du numérique sur la cohésion nationale et nos institutions afin de mieux y faire face ». En somme, ce nouveau machin va émettre un étalon de vérité, et mesurer à l’aune de celui-ci les hypothèses en vogue du moment afin de leur attribuer l’onction officielle ou, au contraire, de les frapper du sceau complotiste. Tout ceci ressemble un peu au formidable travail déjà abattu par les « Fact Checkers », « Décodeurs » et autres « Cellules anti-intox » qui se sont récemment multipliées dans les journaux et sur les réseaux sociaux eux-mêmes.

Au passage, c’est assez troublant, cette multiplication de Lutteurs de La Vérité un peu partout sur les plateformes comme Facebook, Youtube, Twitter – qui ont tous, d’une façon ou d’une autre, des intérêts propres à orienter les débats scientifiques et politiques – et dans tous les journaux dont l’essentiel des revenus ne se situe plus du tout dans leur lectorat mais dans les subventions étatiques. On aura du mal à se débarrasser de l’idée que l’apparition de ces Cellules de Certification de la Vérité du MiniVer est très concomitante à la perte de plus en plus rapide de toute crédibilité de la presse et de la visibilité de plus en plus obscène des agendas très spécifiques des plateformes médiatiques et autres réseaux sociaux.

Et l’apparition d’une Commission ainsi chargée de trier les bonnes des mauvaises nouvelles au niveau gouvernemental s’inscrit très bien dans cette tendance, alors même que jamais les élections n’ont flirté avec autant d’abstention, et que le corps politique n’a été désavoué.

Tout se passe comme si gouvernement, médias et plateformes sociales frétillaient de plus en plus fort pour nous hurler les choses qu’il nous est impératif de croire et surtout, les informations qu’il nous est indispensable de rejeter avec force.

Attitude un peu étonnante : si le gouvernement se montre digne de confiance, par exemple en évitant la multiplication de messages contradictoires et infantilisants voire de gros bobards éhontés, quel besoin de disposer d’une telle commission ? Si les médias sont solidement posées sur des bases journalistiques saines, leur sérénité les dispensera de ce fact-checking ridicule qui se trompe régulièrement ou nous baratine allègrement. Quant aux réseaux sociaux, leurs objectifs commerciaux sont de toute façon assez peu compatibles avec la liberté d’expression et dans ce cadre, utiliser des petites bannières d’avertissement ou la suppression pure et simple de contenus ne leur permet pas de se placer en détenteur d’une vérité quelconque, où que ce soit, quand que ce soit…

En pratique, tout le monde comprend que cette Commission s’ajoute aux nombreuses occurrences de ces distributeurs automatiques de Vérité Officielle dont la crédibilité est maintenant strictement nulle. À part ceux qui bénéficient directement (via la notoriété ou la finance et les réseaux qu’elles procurent) de l’onction de ces dispensateurs de bien-pensance et les indécrottables normies, rares sont ceux qui ont réellement besoin d’un guide pour savoir quoi penser, quand et comment.

En fait, le développement de l’intelligence et d’un sens critique passent par un doute raisonnable de ce qui est prêché avec ferveur urbi et orbi, d’autant plus lorsque des actions de plus en plus drastiques sont menées contre toute dissidence. La mise en place de cet énième bidule ne sera qu’une nouvelle tentative grossière, coûteuse et contre-productive de censure par la pression sociale.

Car non seulement, cette Commission ne va servir à rien, mais en plus montre-t-elle dès sa conception qu’elle plonge avec délices dans tous les biais possibles.

Ainsi, Bronner n’a-t-il pas encore commencé sa « mission » que déjà il évoque la possibilité de mettre en place un « conseil scientifique » qui, à l’instar du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel mesurant le temps de parole des politiciens, se chargerait de faire la même chose avec les scientifiques en fonction de leur renommée. Formidable moyen pour écrabouiller toute dissidence de la pensée et imposer un « consensus scientifique » qui ne devrait jamais exister.

Ainsi, au sein de cette Commission, on retrouve Laurent Cayrol, ce politologue qui fricote tout à fait officiellement à côté de Macron, dont on peut déjà garantir la partialité indispensable.

Ainsi, on y découvre le docteur Guy Vallancien, pourtant récemment condamné par l’Ordre des Médecins en juin 2021, et qui était directement impliqué dans le scandale du charnier de l’Université Paris-Descartes, et dont on pourra trouver particulièrement complaisantes les positions vis-à-vis du médiator (le « médicament » qui a fait entre 1500 et 2000 morts)…

On le comprend : cette Commission n’aurait absolument aucune légitimité dans une République sereine et démocratique et sa création montre surtout le niveau de corruption et de pourriture de nos institutions, qu’elle va accompagner en écrasant sous la pression sociale (voire la pression pénale, tout est possible) tous les sujets, tous les débats qui déplairont au pouvoir.

En réalité, cette commission ne doit son existence qu’au but de Macron, transparent, d’incarner pour sa campagne électorale une espèce de voix médiane, celle de la raison, de la pondération et de la réconciliation civile dans un débat public qui sera aussi apaisé que le pays, par opposition à tous ses adversaires qui ne seront alors que l’engeance complotiste ou facilement qualifiable ainsi.

Et on peut juger de l’affaissement total de la classe politique et journalistique du pays par son incroyable mollesse (pour ne pas dire absence) à dénoncer cette fumisterie honteuse et la mise en place, en plus de tout le reste à commencer par le pass-sanitaire temporaire-mais-définitif, d’un ministère officiel de la vérité.

Ce pays est foutu. Et ça se voit.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © H16. Publié avec l’aimable autorisation de l’auteur (son site)

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