Publié par Dreuz Info le 7 octobre 2021

Qui en France oserait tenir un tel discours ? Qui oserait s’en prendre à la doxa écologiste ressassée jusqu’à plus soif par les politiques, les dirigeants d’entreprises et les publicitaires ?

On se souvient que le célèbre gauchiste américain Michael Moore [1] s’en était pris au lobby de l’électricité verte dans son documentaire «Planet of the Humans» véritable bombe anti-énergies renouvelables. Aujourd’hui un éditorialiste conservateur anglais n’hésite pas à le faire en s’en prenant, non pas à Greta Thunberg, mais au Premier ministre britannique qu’il a pourtant soutenu.

Energie : Et si la fracturation hydraulique (extraction de gaz de schiste) était la solution pour l’Angleterre, questionne un éditorialiste conservateur en s’appuyant sur un éditorial du journaliste Boris Johnson.

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La fracturation hydraulique (extraction de gaz de schiste), écrit l’écrivain et journaliste conservateur anglais James Delingpole, dont l’idéologie verte n’est pas la tasse de thé, aurait pu épargner à la Grande-Bretagne son «hiver de mécontentement» qui s’annonce ; ce que Bojo sait d’autant mieux que, journaliste au Telegraph, il écrivait en 2012 dans un article prémonitoire [2] :

«Nous avons des retraités qui luttent contre la précarité énergétique. Nous avons des entreprises énergétiques qui haussent leurs prix. Nous avons de réelles inquiétudes au sujet de la sécurité de l’approvisionnement énergétique.»

Delingpole, journaliste au Daily Mail, au Telegraph ou au Spectator, qui lui-même publiait alors «Pastèques : Comment les écologistes tuent la planète, détruisent l’économie et volent l’avenir de vos enfants »[3] – non traduit en français à ce jour -, rappelle que Boris Johnson avait averti dès 2012 que les énergies renouvelables n’étaient pas une solution aux problèmes d’alimentation électrique de base de la Grande-Bretagne :

«Les collines et les vallées de la Grande-Bretagne sont arborées de sataniques moulins blancs (with white Satanic mills), et pourtant la contribution totale de l’énergie éolienne est toujours seulement environ 0,4 pour cent des besoins de la Grande-Bretagne. L’énergie des vagues, l’énergie solaire, la biomasse – leur punch collectif n’a aucune puissance, (their collective oomph wouldn’t pull the skin off a rice pudding).»

James Delingpole, auteur du «Petit livre vert de l’écofascisme : le plan de la gauche pour effrayer vos enfants, faire grimper les coûts énergétiques et augmenter vos impôts[4] – non traduit en français à ce jour -, relance dans Breibart London [5] la question de la fracturation hydraulique, en rappelant qu’elle aurait pu épargner à la Grande-Bretagne son «hiver de mécontentement», l’expression n’est pas sans rappeler le monologue shakespearien Now is the winter of our discontent «Voici venu l’hiver de notre mécontentement» même si aujourd’hui l’«hiver du mécontentement »[6] renvoi à la narrativisation des événements de l’hiver 1978-79 comme «crise» de la gestion sociale-démocrate qui a préparé la victoire idéologique des conservateurs thatchériens.

Boris Johnson reconnaissait même que la tendance britannique à l’énergie «propre» la rendrait vulnérable à l’exploitation par des puissances étrangères :

«On nous empêche de mettre en place un nouveau système de centrales électriques alimentées au charbon, puisque cela irait à l’encontre de nos engagements de Kyoto. Nous dépendons donc de plus en plus et de façon humiliante du gaz de Vladimir Poutine ou de la puissance atomique de l’État français.»

Mais il y avait, ajoutait Boris Johnson avec joie, souligne Delingpole, une solution parfaite sur le pas de la porte de la Grande-Bretagne. Ou, en dessous, plutôt…

L’espoir d’une électricité bon marché, la fracturation

«Et puis, dans la région de Blackpool – comme par miracle – nous avons peut-être trouvé la solution. L’extraction du gaz de schiste par fracturation hydraulique, ou fracturation hydraulique semble une réponse aux prières de la nation. Il semble qu’il y en ait des quantités, environ 1,3 milliard de barils, et si nous pouvions l’extraire, nous pourrions alimenter nos grille-pain et nos lave-vaisselle dans un avenir prévisible. En offrant l’espoir d’une électricité bon marché, la fracturation rendrait la Grande-Bretagne encore une fois compétitive dans des secteurs industriels – la fusion de la bauxite nous vient à l’esprit – où nous avons perdu espoir.

«À lui seul, le processus d’extraction créerait des dizaines de milliers d’emplois dans des régions du pays qui en ont désespérément besoin. Et surtout, la combustion du gaz pour produire de l’électricité est beaucoup plus propre – et produit moins de CO2 – que la combustion du charbon. Qui n’est pas bonne pour le climat, comme on dit ?»

What indeed, Boris Johnson. En effet !? Feint de s’étonner Delingpole.

Absolument rien de significatif n’a changé depuis que Boris Johnson a écrit ces mots en 2012, conclut-il. Les barils sont toujours là, sous terre, et récupérables. La Grande-Bretagne a encore besoin d’énergie bon marché. Et elle dépend encore cruellement du carburant importé. Et encore plus vulnérable aux problèmes d’approvisionnement.

Pourtant, même si chaque mot de cet article reste vrai, l’auteur de celui-ci (maintenant malheureusement le Premier ministre de la Grande-Bretagne, s’étrangle Delingpole qui l’a soutenu aux dernières législatives en 2019) a effectué un demi-tour complet.

Les effets seront sans doute désastreux. En effet, la catastrophe a déjà commencé. Selon le Mail [7], la Grande-Bretagne se dirige vers un hiver de mécontentement.

«Downing Street a signalé aujourd’hui qu’ils se préparent à un «hiver de mécontentement» après que BP et Tesco ont été forcés de rationner le carburant et de fermer des stations, que les supermarchés ont prévenu de pénuries alimentaires et que d’autres entreprises énergétiques ont fait faillite en raison de la hausse des prix de l’essence.

«Le number ten a déclaré cet après-midi que reconnaître qu’il y a des problèmes auxquels font face de nombreuses industries au Royaume-Uni» alors que le pays se dirige vers les mois les plus froids.

«Le porte-parole officiel du Premier ministre a insisté sur le fait qu’il n’y a pas de pénurie de carburant et a exhorté les gens à continuer de remplir leurs véhicules «normalement».

Les établissements de soins, prévient Robert Booth dans the Gardian [8], peuvent être particulièrement touchés :

«Les factures de gaz et d’électricité du secteur des soins pourraient doubler cet hiver en raison de la crise énergétique

«Les exploitants d’entreprises de soins de santé qui font face à une hausse de 100 p. 100 de leurs factures d’énergie pour garder les résidents au chaud cet hiver ont exigé une intervention urgente du gouvernement pour éviter les fermetures d’établissements.

«Un établissement de soins typique de 50 résidents dépense déjà environ 50000 £ par an en gaz et en électricité, mais les hausses de prix pourraient signifier que les exploitants paient le double, selon un courtier en énergie. Les foyers de soins ne sont pas couverts par le plafonnement des prix qui protège les consommateurs domestiques.»

Le gouvernement conservateur parle beaucoup de «reconstruire plus vert»

Même The Economist [9] pense que l’écologisme insensé du régime de Johnson pourrait s’avérer être contre-productif :

«Quelle que soit la teinte politique naturelle d’un électeur britannique — bleue conservatrice, rouge travailliste ou orange libérale démocrate —, ces jours-ci, elle finit par être teintée de vert. Le gouvernement conservateur parle beaucoup de «reconstruire plus vert». Les travaillistes veulent une «révolution industrielle verte». Les libéraux-démocrates se sont servis de leur position de troisième parti pour demander à tout le monde d’aller plus loin et plus vite. Et puis il y a tous les gens qui veulent raser l’économie du carbone après-demain : pas seulement le Parti vert, mais aussi des groupuscules extrémistes comme Extinction Rebellion et Insulate Britain.

«Ce qui laisse un vide dans le marché pour quelque chose de différent : la politique anti-verte. Le Brexit a transformé la Grande-Bretagne en puisant dans le ressentiment des gens ordinaires à l’égard des élites lointaines, et l’anti-écologisme pourrait faire de même. L’environnementalisme est porté par deux grands croque-mitaines populistes, des experts scientifiques et des institutions multilatérales. Les militants verts rivalisent pour embrouiller le public avec des acronymes et du jargon. Les institutions multilatérales ont préséance sur les assemblées législatives démocratiques pour coordonner l’action mondiale. Dans l’esprit du public, l’écologisme se traduit par des conciliabules mondiaux qui produisent encore plus de directives, et des manifestants qui bloquent les centres-villes et les autoroutes.

«Les turbulences sur le marché mondial de l’énergie attirent l’attention des fournisseurs d’énergie britanniques, qui sont aux prises avec la transition des centrales au charbon et au gaz vers les énergies renouvelables. Plus le secrétaire d’affaires, Kwasi Kwarteng, dit qu’il n’est absolument pas question que les lumières s’éteignent, plus les consommateurs s’inquiéteront.

D’autres politiques environnementales à l’horizon frapperont les consommateurs

«Et d’autres politiques environnementales à l’horizon les frapperont aussi durement. A partir de 2030, la vente de nouvelles voitures essence et diesel sera interdite. Les voitures électriques qui vont les remplacer s’améliorent rapidement, mais pas encore aussi bon marché ou aussi pratique. Pour les citadins, il est assez difficile de trouver un parking sans avoir à chercher un point de recharge trop, et de longs trajets nécessitent une planification.»

Si le chroniqueur vedette du plus grand journal de Grande-Bretagne écrivait ce genre de choses en 2012, ces arguments étaient certainement du domaine public – et pouvaient être réfutés par quiconque voulait les réfuter, rappelle faussement naïf l’éditorialiste de Breitbart London.

Mais personne n’a jamais réussi à les réfuter. Ou plutôt, personne ne les a honnêtement réfutés. Au lieu de cela, les régimes conservateurs successifs se sont laissés intimider par des groupes de pression verts et des éco-célébrités comme Emma Thompson, et ont enterré l’industrie de la fracturation minière naissante de la Grande-Bretagne en prétendant être d’accord avec le Guardian selon lequel un tremblement de terre à peine perceptible est la même chose qu’un «tremblement de terre».

Comme l’explique un article de Spiked [10] :

«Le problème, c’est qu’il y a eu un moratoire sur la fracturation hydraulique en Angleterre depuis novembre 2019 en raison des inquiétudes liées aux tremblements de terre. Les inquiétudes se sont intensifiées après un tremblement dans le Lancashire mesuré à 2,9 sur l’échelle de Richter. Ce «tremblement de terre», comme le disait hyperboliquement le Guardian, pouvait se faire sentir dans les villes voisines.

«Quelle terrible catastrophe en a résulté ? Un résident de la localité voisine de Lytham St Annes, cité par le Guardian, a déclaré qu’il y avait eu un «grondement très fort», que la «maison entière a tremblé» et qu’une «photo est tombée d’une étagère». Whaoo ! C’était «assez effrayant», semble-t-il ? Dans l’histoire des événements sismiques, ce fut un non-événement.

«Comme l’a fait remarquer Cuadrilla, l’entreprise qui gère le site de fracturation, le grondement n’a causé qu’un tiers du mouvement de fond autorisé par la loi pour les projets de construction.»

La misère énergétique que connaîtra la Grande-Bretagne aurait pu être évitée

Autrement dit, résume James Delingpole, toute la misère énergétique que connaîtra la Grande-Bretagne au cours des prochains mois — les hausses de prix, les pénuries, les inconvénients, les morts inévitables des personnes âgées prises au piège de la précarité énergétique — est tout à fait inutile et aurait facilement pu être évitée. «Le Premier ministre le savait en 2012. Il n’y a aucune raison pour que soudainement il ne le sache plus en 2021. Franchement, il n’y a pas non plus de raison pour qu’un membre de son Cabinet ne soit pas au courant de la vérité.

«Ce qui soulève la question : pourquoi font-ils cela ?

«La volonté actuelle du Royaume-Uni d’adopter une politique de consommation énergétique nette zéro (qui signifie d’énormes baisses de l’utilisation du charbon, du pétrole et du gaz) est tout le contraire de ce qui est bon pour le pays, sa population ou son économie. N’importe qui avec la moitié d’un cerveau sait cela, pourtant c’est une fuite en avant à plein régime sur les rochers de la catastrophe verte qui nous attend. Je ne crois pas que ce soit accidentel. J’aimerais savoir qui est vraiment derrière tout cela.

«Pas Boris Johnson, c’est sûr», affirme Delingpole.

Cela étant le Royaume-Uni affiche ses ambitions sur le front des hydrocarbures. Londres veut autoriser de nouveaux forages pétroliers et gaziers en mer du Nord. Un accord a été dévoilé avec le secteur des hydrocarbures sur la transition énergétique en mer du Nord, qui promet de n’autoriser que des projets d’exploration qui seraient compatibles avec l’objectif du pays d’être neutre en carbone d’ici 2050. Parce que les hydrocarbures en mer du Nord britannique, sources de rentrées fiscales importantes, réponse à ses besoins énergétiques et gros pourvoyeur d’emplois – environ 40.000 que le gouvernement veut protéger -, demeurent stratégiques pour le Royaume-Uni.

Le soliloque du Richard III de Shakespeare Now is the winter of our discontent (Voici venu l’hiver de notre mécontentement) se poursuit ainsi Made glorious summer by this sun of York ; (Changé en été de gloire par ce soleil d’York).

© Thierry Martin

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