Publié par Hélène Keller-Lind le 4 novembre 2021

Pour Sammy Ghozlan : « la communauté juive de France est sur le déclin et redevient ce qu’elle était avant l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord… ».

Autrement dit une petite communauté exsangue, au lendemain de la Shoah, qui venait de perdre 75.000 de ses membres, avant d’être renforcée dans les années 50 et 60 par l’apport de Juifs fuyant l’Afrique du Nord, où leurs familles étaient établies depuis des siècles. Il y a pourtant eu nombre de signes avant-coureurs...

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Inertie des autorités et institutions face à une montée drastique de l’antisémitisme depuis l’an 2000

« Au Blanc-Mesnil il y avait 900 Juifs à Kippour. Il en reste aujourd’hui 90, cette baisse est la même pour le nombre d’élèves dans les écoles juives… » Ces écoles ou nombre d’enfants juifs s’inscrivent pour fuir l’antisémitisme souvent présent dans les écoles de la République. Un exemple terrible qui illustre le déclin de la communauté juive en France. Ce constat est dressé en ce début novembre 2021 par Sammy Ghozlan, ancien commissaire de police, observateur avisé, membre très actif de la communauté juive de France, né à Constantine en Algérie. Il s’exprime depuis Israël où il vit actuellement, partageant son temps avec la France, depuis qu’il s’est vu contraint de quitter Drancy, ville où il s’était établi de longue date avec sa famille, après avoir dû quitter l’Algérie, comme avaient dû le faire les Juifs dont les familles y étaient installées depuis des siècles. Drancy où il était désormais menacé : sa voiture avait été brûlée, sa maison était étroitement surveillée par un chauffeur de bus de Drancy, qui s’avéra plus tard être l’un des terroristes du Bataclan, Bien que des mesures de protection aient été prises, Sammy Ghozlan s’inquiétait, surtout pour sa femme.

Il était menacé en raison de la lutte qu’il menait avec détermination contre l’antisémitisme : celui qui fut surnommé « Poulet Kasher » a, en effet, fondé en 2001 le Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme – BNVCA-, organisme très performant et réactif ayant pour objet de recueillir les signalements d’agressions à caractère antisémite et de venir en aide aux victimes sur le plan légal, mais aussi sur celui de l’écoute, puis de les transmettre aux autorités compétentes. Sévissait alors en France une vague d’un « nouvel antisémitisme » apparu en 2000, allant de pair avec la seconde Intifada en Israël et un antisionisme virulent croissant. « La situation s’est dégradée à partir de 2001, 2002, mais personne n’en prenait conscience » rappelle Sammy Ghozlan qui pourtant alertait tous ceux qui devaient l’être. Mais les institutions juives ne voyaient pas l’évidence, même si ce sont des Juifs qui étaient pris pour cible. Pas plus que les pouvoirs publics ne s’en inquiétaient. Cet homme de terrain et ancien commissaire estima alors qu’il était devenu capital de traiter la question. En recueillant des pré-plaintes, et témoignages des victimes et en les transmettant aux autorités compétentes avec qui l’ancien commissaire était en relation de par son travail. Ce qui fut fait et l’est toujours aujourd’hui. Il était d’ailleurs plus facile pour les victimes de s’adresser au BNVCA qu’à des services de police ne prenant pas toujours ces signalements au sérieux. D’autant que Sammy Ghozlan est connu et apprécié aussi en tant que musicien, avec un orchestre qui jouait notamment dans les fêtes juives. Il bénéficie donc d’un important capital de confiance. 

Le site Internet du BNVCA, propose un formulaire qui peut être rempli par les victimes d’agressions antisémites ou celles-ci peuvent téléphoner au Bureau. Ces pré-plaintes font alors l’objet d’enquêtes rigoureuses, menées avec tout le savoir-faire de cet ancien commissaire de police et d’une équipe chevronnée. Aujourd’hui une cinquantaine de signalements sont ainsi déposés chaque mois, venant d’un peu partout en France.

Il importait de savoir qui sont les auteurs d’agressions à caractère antisémite 

Autre point capital : « au départ on ne savait pas qui étaient les auteurs de ces agressions », note Sammy Ghozlan « et il était important de le savoir ». Ce qui a pu être fait et est fait grâce à témoignages et recoupements, pour arriver à cette conclusion :  les auteurs de ces agressions sont des musulmans nord-africains ou d’Afrique noire. Fait que les institutions juives ne voyaient pas, se focalisant sur l’extrême-droite jusqu’à l’enlèvement, la séquestration et le meurtre d’Ilan Halimi en février 2006. Mais le déni continuait pourtant.

En janvier 2015 les attentats contre Charlie Hebdo, l’Hyper Casher et à Montrouge sont commis. Les cibles sont claires : des journalistes usant de leur liberté d’expression pour vilipender toutes les religions, un policier blessé à terre, un commerce juif où des Juifs font leurs courses de Shabbat, une policière. Les motivations le sont aussi : meurtres commis aux cris de Allah Ou Akbar et en invoquant « le Prophète » *. Marie Brenner, journaliste du magazine américain Vanity Fair, vient enquêter en France et écrit un article coup de poing dans lequel elle dresse un terrible état des lieux. Elle rencontre Sammy Ghozlan qui se démène en vain pour que les institutions prennent conscience de la montée des dangers et le cite longuement *

Des responsables juifs américains convoquent alors les dirigeants communautaires français, leur montrant l’évidence. Ce qui n’aura pourtant pas grand effet même si des mesures sont prises avec pose de caméras de surveillance sur les établissements sensibles, comme synagogues ou écoles. Rien ne bouge de manière significative. Commentaire de Sammy Ghozlan : « ces dirigeants sont à côté de la plaque. Ils veulent faire plaisir au gouvernement, ce qui est très mauvais pour les Juifs… »

Le poids de l’Histoire

Attitude qui le renvoie à un épisode terrible pour les Juifs d’Algérie, celui des massacres de Constantine en août 1934. Avec 24 victimes juives égorgées ou le crâne défoncé, dont 5 enfants, 2 ayant moins de 4 ans. « La France avait été absente », dit-il, « Le Grand Rabbin et le dirigeant de la communauté juive avaient reçu des assurances des autorités françaises et avaient à leur tour rassuré les Juifs que le climat d’antisémitisme inquiétait. Ils s’étaient donc démobilisés. » Commentaire à la fois réaliste et amère tiré par Sammy Ghozlan : « On n’aurait pas dû faire confiance à ces dirigeants juifs ». Autre point crucial qu’il souligne : « ces crimes ont été perpétrés par des musulmans, qui connaissaient parfois leurs victimes, pas par des islamistes. »

Une alyah intérieure

En France des synagogues ou écoles juives  sont prises pour cible. Cela va du jet de pierre à l’incendie, comme avec la synagogue de Bondy, la première à être brûlée en octobre 2000. * Inquiété par le climat dans la ville, Sammy Ghozlan avait alerté le Sénateur PS Gilbert Roger avant l’incendie. Celui-ci lui avait répondu de ne pas exagérer. L’ancien commissaire note qu’il était et est président du groupe d’amitié France-Palestine…

En France, le climat d’insécurité est tel dès le début des années 2000 que l’on assiste peu à peu à « une alyah intérieure » de Juifs qui ne se sentent plus en sécurité dans les villes de banlieue où ils vivaient pourtant depuis des années. Ils se voient contraints de déménager pour s’installer dans des quartiers plus sûrs. Ceux qui ne peuvent partir se retrouvent alors isolés et vivent sous la menace. Certains partent pour Israël. Phénomène que suit et analyse Sammy Ghozlan. Ses travaux seront repris par Jérôme Fourquet pour une publication de l’IFPO en 2016* On y lit ce constat : « Face à la recrudescence des actes antisémites depuis les années 2000, les Français juifs sont de plus en plus nombreux à rejoindre Israël, à faire leur alya, ou, sans quitter le pays, à changer de ville et d’habitudes pour se sentir à nouveau en sécurité. La communauté juive est travaillée par l’inquiétude, redoutant la violence et la malveillance auxquelles elle est de plus en plus confrontée ».

Pourtant, l’insécurité ne règne pas qu’en banlieue, note Sammy Ghozlan. Il y a aussi certains quartiers de Paris, comme le XIXème,,,

Il ne peut que constater que « aujourd’hui la situation est très mauvaise, la plupart des communautés juives du 93 et 94 sont parties, il en reste certaines dans le 92 » Parmi les communautés disparues, il cite Stains ou la Seine St Denis, « Il n’y a plus de protection des communautés juives », dit-il, ajoutant que « la France ne peut plus protéger les Français ».

On ajoutera la politique de la France concernant Israël, « qui suit les discours des organisations internationales qui sont dans l’erreur » déplore-t-il. Point d’espoir concernant Israël, mais sans que la France en soit partie prenante : « les pays arabes qui se rapprochent d’Israël… »

Des signaux d’alarme ignorés, un remplacement en place

Pourtant dès 1994 Sammy Ghozlan avait tiré la sonnette d’alarme. Affecté dans le Pas de Calais il avait repéré des réseaux islamiques et écrit un rapport officiel important à ce sujet. Rapport qui ne fut pas pris en compte. Un aveuglement des pouvoirs publics qu’il attribue à une ignorance, une incompréhension devant l’évolution de la société, au fait que certains politiques veulent se rapprocher d’un électorat donné. Il donne en exemple, en 1992/1993, déjà, le Maire de Rosny ou de Blanc Mesnil qui faisait des buffets halal pour plaire à ses électeurs. Il rend responsables Chirac pour beaucoup, de Gaulle qui avait mal reçu les Harkis et les Kabyles, fidèles à la France, mais qui furent découragés, et les dirigeants de municipalités communistes. Municipalités publiant notamment dans leurs journaux des articles antisionistes ou incitant à la haine d’Israël. Ce qui est compris par les administrés comme une haine des Juifs.

Au chapitre de l’aveuglement, l’ancien commissaire se souvient comment, nommé à Aulnay en 1984 il avait fait baisser la criminalité jusqu’à l’éradiquer. Or, retourné depuis il y a trouvé l’Afrique et une police qui ne peut plus agir. Ailleurs, ce sont des villages arabes ne respectant pas les lois, avec des constructions illégales, qu’il a vu s’installer dans des bourgs autour de Lens, dans le Nord Pas de Calais.

De plus, note-t-il, peu à peu des musulmans occupent des postes de gestion dans des municipalités comme Stains ou Aubervilliers, ou dans les préfectures, à la CAF. « Ils sont français mais font passer leur religion avant leur nationalité ». « Parmi eux des gens très capables mais qui favorisent le remplacement, »  commente Sammy Ghozlan, ajoutant « un remplacement qui est là. Et il est trop tard ».

Erreurs passées et candidature éventuelle d’Éric Zemmour

Il déplore des erreurs commises par le passé telles que l’abrogation du service militaire dont l’utilité semble évidente aujourd’hui et regrette que des « décisions drastiques n’aient pas été prises, comme le retrait de la nationalité française pour ceux qui commettent des délits. »

Quant à la possible candidature à la présidence d’Éric Zemmour, Sammy Ghozlan considère que « beaucoup de Juifs voteraient pour lui, parce qu’ils pensent qu’il apporterait des solutions ». Or, devant ce déclin constaté aujourd’hui, il importe que des solutions soient trouvées.

Cela étant, les Français juifs ne représentent que moins d’1% de la population française. Ce qui explique sans doute un certain désintérêt des pouvoirs publics. Aveuglement, là encore.

Les pouvoirs publics

Si les pouvoirs publics français n’ont pas pris la mesure de ce qui se passait dès l’année 2000, avec, pourtant, des cris de « mort aux Juifs » entendu dans Paris, les choses ont changé lorsque Nicolas Sarkozy est devenu ministre de l’Intérieur. Une première fois en 2002, ensuite de 2005 à 2007. En effet, Sammy Ghozlan raconte sa visite sur le terrain avec le nouveau ministre, qui voulait constater ce qui se passait sur le terrain et Eric Raoult à Clichy-sous- Bois, dans la circonscription du député. La synagogue avait subi des jets de cocktails Molotov, y compris sur des fidèles réunis à la veille de Kippour.  « Elle avait dû être sécurisée et était transformée en bunker avec des passages souterrains. »* Le ministre donna des instructions pour que des gardes statiques soient postés devant les lieux de culte ou écoles juives, et autres mesures de protection. Toutefois dans les établissements scolaires l’importation du conflit entre les Palestiniens et Israël continuait à faire des ravages. Il y avait là l’influence de syndicats enseignants de gauche, influence qui malheureusement n’a guère cessé. Comme les campagnes antisionistes du BDS. Mais ceci est une autre histoire

Cette détermination à combattre l’antisémitisme perdura pendant la présidence de Nicolas Sarkozy. Comme avec l’action de Claude Guéant, Secrétaire général de l’Élysée, puis ministre de l’Intérieur ou celle de la Conseillère pour les Communautés, Dominique Lunel, qui œuvrèrent beaucoup pour conforter la communauté juive. Pour ne prendre qu’un exemple, c’est grâce à eux que le Président Sarkozy accorda la Légion d’honneur à Sammy Ghozlan, en reconnaissance du travail de terrain accompli. On notera également l’action déterminée dans la communauté du regretté Claude Barouch et de son équipe.

Les instructions données alors visant à protéger les lieux juifs ont perduré. Mais aujourd’hui la tâche est énorme car d’autres sont visés par des agressions. Les policiers mais aussi des enseignants, tel Samuel Paty, ou des citoyens ordinaires. Parfois pour un regard, parfois pour rien.

Pour conclure

On citera des extraits de ce communiqué de Sammy Ghozlan pour le BNVCA en réaction à une déclaration de Fabien Roussel qui, pour attaquer Éric Zemmour, voudrait proposer un texte de loi qui rendrait inéligible tous ceux qui ont été condamnés pour incitation à la haine et à la discrimination.

« Le BNVCA apprécie cette déclaration qui devra ainsi calmer les ardeurs des élus communistes qui, certes s’ils ne sont pas antisémites, ont depuis l’an 2000 incité à la haine de l’Etat Juif qui a poussé à l’acte antisémite

Le soutien palestiniste sans discernement à la « cause palestinienne » a conduit une partie de la population à vouloir venger « les enfants palestiniens », en attaquant des rabbins, en brûlant des synagogues, en jetant des cocktails Molotov sur des fidèles en prière, en assassinant des juifs dans leur domicile, dans leur école ou dans leur commerce cacher.

Des maires communistes ont fait voter par leur conseil municipal des résolutions appelant officiellement et en toute illégalité au boycott d’Israël. Rappelons que l’appel au boycott est un délit prévu et réprimé par nos lois.

Dès 2002, le recensement effectué par le BNVCA constatait que les actes antisémites les plus violents et les plus graves ont été commis dans des villes à direction communiste.

Opérant une sorte de Alya intérieure, les familles juives de ces municipalités communistes ont pour la plupart quitté ces villes …

Le BNVCA s’en était déjà ouvert au Préfet du 93, ainsi qu’à Mme Marie George Buffet alors secrétaire nationale du PC et Ministre. 

Le BNVCA considère cette déclaration de Mr Fabien ROUSSEL comme attrayante et engageante. Nous attendons désormais du secrétaire national de Parti Communiste qu’il donne ses instructions aux élus et aux militants de son parti pour qu’ils évitent désormais toute incitation à la haine de l’Etat juif, notamment en apportant leur soutien à des terroristes condamnés, ce qui pourrait leur interdire une quelconque élection. »

BNVCA : https://bnvca.info/fr/ et Tél. 06 63 88 30 29

https://www.vanityfair.com/news/2015/07/anti-semitism-france-hostage-hyper-cacher-kosher-market

en français :

https://www.vanityfair.com/news/2015/07/paris-en-flammes

https://fromveur.pagesperso-orange.fr/actesantijuifs.htm

https://www.cairn.info/revue-revue-d-histoire-de-la-shoah-2006-2-page-45.htm

  • imap://helenemekl%40gmail%[email protected]:993/fetch%3EUID%3E/INBOX%3E85645?part=1.2&filename=20150819110627924.pdf&type=application/pdf

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