Publié par Jean-Patrick Grumberg le 28 novembre 2021
Macron s’insurge contre la dernière proposition britannique sur les migrants illégaux

« Les Français doivent être réalistes et reconnaître qu’il y a des conséquences à fermer les yeux au lieu d’arrêter les bateaux de migrants. »



La France a réagi avec colère et consternation vendredi aux dernières propositions de la Grande-Bretagne pour faire face au flux mortel de migrants clandestins entre leurs deux rives, intensifiant une dispute sur les traversées dangereuses de la Manche qui ont tué 27 personnes dans un naufrage cette semaine.

Le président Emmanuel Macron a réprimandé le bureau du Premier ministre Boris Johnson pour avoir rendu publique une lettre que le dirigeant britannique a envoyée au dirigeant français jeudi. Boris Johnson y propose notamment que la France reprenne les migrants qui traversent illégalement la Manche – une idée que la France a rapidement et sommairement rejetée : Macron ne veut absolument pas être responsable de ses actes et en assumer les conséquences.

« Je suis surpris par les méthodes quand elles ne sont pas sérieuses », a déclaré Macron lors d’une visite en Italie. « On ne communique pas d’un dirigeant à l’autre sur ces sujets via des tweets et des lettres rendues publiques. Nous ne sommes pas des lanceurs d’alerte. »

« Allez, allez », a ajouté Macron.

La lettre et la réponse de la France sont le dernier croisement de fer dans ce qui est devenu une relation de plus en plus tendue entre les partenaires européens, qui luttent pour reconstruire une relation de travail dans le sillage de la sortie de la Grande-Bretagne de l’UE.

Ils se disputent non seulement sur la question des migrations illégales, mais aussi sur leurs accords post-Brexit, notamment la réglementation de la pêche dans les eaux où travaillent les bateaux britanniques et français, tout cela sur fond de la perte du mirifique contrat de fabrication de sous-marins pour l’Australie, qui maintenant seront réalisés conjointement par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis – par la faute de la France, qui ne veut pas le reconnaître.

Pour ajouter au climat de tension, les équipages de pêche français ont prévu vendredi de bloquer les ports français et le trafic sous la Manche afin de perturber le flux de marchandises vers le Royaume-Uni et d’accroître la pression sur la Grande-Bretagne pour obtenir davantage de licences de pêche post-Brexit.

La prise de bec autour de la lettre de Johnson a eu une répercussion immédiate et concrète : Le porte-parole du gouvernement de M. Macron a déclaré que la ministre britannique de l’Intérieur, Mme Priti Patel, n’était plus la bienvenue à une réunion des ministres européens qui se pencheront dimanche sur les moyens de réprimer les réseaux de trafic de migrants – une blague : ils ne veulent pas prendre réellement de mesures, c’est une posture pour détourner des électeurs des partis dits d’extrême-droite, qui sont plutôt des partis intéressés à protéger l’identité de leurs pays – rien d’extrême là-dedans à la vérité.

Le porte-parole Gabriel Attal a qualifié les propositions de Johnson de duplicité, affirmant que la lettre « ne correspond pas du tout » aux discussions que Johnson et Macron ont eues mercredi après le naufrage d’un bateau pneumatique chargé de clandestins, la tragédie d’illégaux la plus meurtrière à ce jour dans la Manche.

« Nous en avons assez du double langage », a déclaré M. Attal. Comme c’est beau et puissant.

Il a rejeté la proposition selon laquelle la France reprendrait les migrants qui traversent illégalement les côtes françaises vers la Grande-Bretagne, estimant que « ce n’est clairement pas ce dont nous avons besoin pour résoudre ce problème. » Comme il se trompe. Mais il n’est pas payé pour réfléchir dans le bon sens, mais faire des déclarations politiquement correctes.

M. Johnson a également formulé des propositions que la France a déjà rejetées, à savoir que les agents frontaliers britanniques commencent à patrouiller sur les plages du nord de la France dès la semaine prochaine. Il a également recommandé des patrouilles maritimes conjointes ou réciproques dans les eaux territoriales de chacun et une surveillance aérienne par des avions et des drones.

Le ministre britannique des Transports, Grant Shapps, a déclaré que Boris avait fait ces propositions en toute « bonne foi ». Il a exhorté la France à reconsidérer sa décision de ne pas inviter Patel à la réunion des ministres de dimanche. Ceux-ci se réunissent dans la ville sinistrée de Calais, défigurée par les clandestins, l’une des villes côtières françaises où gravitent les migrants illégaux dans leurs tentatives de traverser le bras de mer. C’était également l’un des ports visés vendredi par les blocages des pêcheurs français.

« Je ne pense pas qu’il y ait quoi que ce soit d’inflammatoire à demander une coopération étroite avec nos voisins les plus proches », a déclaré M. Shapps à la radio BBC.

« La proposition a été faite en toute bonne foi. Je peux en assurer nos amis français et j’espère qu’ils reconsidéreront leur rencontre pour en discuter. »

D’autres membres du parti conservateur de Johnson ont été moins patients avec le président français.

Tim Loughton, un législateur du parti conservateur, a accusé la France d’être insolente dans sa réponse à la lettre de Johnson.

« Les Français doivent être réalistes et reconnaître qu’il y a des conséquences à fermer les yeux au lieu d’arrêter les bateaux de clandestins à la source, et ces conséquences sont des tragédies comme celle d’il y a deux jours », a-t-il déclaré sur Twitter. « Le travail en partenariat est le seul moyen de trouver une solution, pas l’insolence ».

La mort de 27 hommes, femmes et enfants sur cette voie navigable dangereuse a fait ressurgir les tensions franco-britanniques qui se sont exacerbées ces derniers mois.

Les responsables britanniques ont critiqué la France pour avoir rejeté leur offre de permettre à la police et aux agents frontaliers britanniques de mener des patrouilles conjointes avec la police française le long de la côte de la Manche.

Les autorités françaises accusent la Grande-Bretagne d’attiser la migration illégale en ignorant le recours par les employeurs britanniques à des travailleurs clandestins qui ont traversé la Manche illégalement.

Plus de 23 000 personnes sont déjà entrées au Royaume-Uni sur de petits bateaux cette année, contre 8 500 l’an dernier et seulement 300 en 2018, selon les données compilées par le Parlement britannique.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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