Publié par Jean-Patrick Grumberg le 6 décembre 2021
Avortement, vaccin : ACB, la juge à la Cour suprême de Trump, prend position – attention ça décoiffe !

En début de semaine dernière, la Cour suprême a entendu les plaidoiries sur la contestation la plus importante du droit à l’avortement aux États-Unis depuis des décennies.



Ce sont les questions soulevées par la juge Amy Coney Barrett sur la nécessité de la procédure, compte tenu de la possibilité pour les femmes de faire adopter leur nouveau-né, qui a retenu l’attention. Et elle a relié entre eux l’avortement et le vaccin obligatoire dans sa brillante réponse.

À l’étude, l’affaire Dobbs v. Jackson Women’s Health Organization, concentrée sur une loi promulguée au Mississippi en 2018 qui interdit presque tous les avortements après 15 semaines de grossesse et constitue une menace directe pour le fameux arrêt Roe v. Wade auquel les progressistes, les Démocrates et la gauche pro-avortement s’accrochent désespérément.

L’affaire pourrait renvoyer les lois sur l’avortement vers les États où, à mon avis, elle n’aurait jamais dû partir – enflammant davantage l’une des questions culturelles et politiques qui divise le plus le pays.

ACB adopte l’argument du Mississippi selon lequel la disponibilité de l’adoption rend l’avortement inutile

En interrogeant Julie Rikelman, une avocate du Center for Reproductive Rights qui représente Jackson Women’s Health – la dernière clinique d’avortement en activité dans le Mississippi – Barrett a attiré l’attention mercredi sur les lois sur les centres d’adoption, qui permettent à un parent de rester anonyme et le protègent de toute responsabilité pénale lorsqu’il confie son nouveau-né à des endroits désignés, c’est la loi « Safe Haven ».

Elle a fait remarquer que tous les États disposent de telles lois permettant aux gens de « mettre fin à leurs droits parentaux en abandonnant leur enfant ». Ces mesures, a-t-elle dit, semblent supprimer les « fardeaux de la parentalité » que règlent l’arrêt Roe et l’arrêt Planned Parenthood of Southeastern Pennsylvania v. Casey, la décision de la Cour suprême de 1992 qui a confirmé le jugement Roe v. Wade décisif.

C’est brillant.

« Dans la mesure où vous et beaucoup de vos amis vous concentrez sur les façons dont la parentalité forcée, la maternité forcée, entraverait l’accès des femmes au travail et à l’égalité des chances [Safe Haven Law] est également axé sur les conséquences de la parentalité et les obligations de la maternité qui découlent de la grossesse », a expliqué Barrett. « Pourquoi ces « lois sur le refuge » ne sont-elles pas à même de s’occuper de ce problème ? Il me semble qu’elles règlent le problème du fardeau de manière beaucoup plus spécifique. »

Les commentaires de Barrett ne sont pas passés inaperçus, et de nombreux observateurs estiment qu’ACB a tout simplement écarté le fardeau de la grossesse, argument central de Roe v. Wade, et de l’accouchement, en se concentrant sur la faculté donnée aux femmes de choisir l’adoption.

Voici ce qu’elle a dit :

« Pourquoi les « lois sur le refuge » ne règlent-elles pas ce problème [que règle l’avortement] ? Il me semble qu’elles axent la responsabilité de manière beaucoup plus ciblée. Il y a sans aucun doute une atteinte à l’autonomie corporelle, que nous avons dans d’autres contextes comme les vaccins. Cependant, il ne me semble pas que la grossesse, puis la parentalité, fassent partie de la même situation. Il me semble que le choix pour le foyer serait entre, disons, la possibilité d’obtenir un avortement à 23 semaines, ou l’État exigeant de la femme qu’elle poursuive sa grossesse pendant 15, 16 semaines de plus, puis qu’elle mette un arrêt à ses droits parentaux à la fin. Pourquoi n’abordez-vous pas les « lois sur le refuge »* et pourquoi n’ont-elles pas d’importance ? »

ACB s’en prend – à dessein – à l’hypocrisie de ceux qui soutiennent les vaccins obligatoires lorsqu’elle fait référence à « l’autonomie corporelle » en relation avec l’avortement.

L’importance qu’elle accorde aux « lois refuge » découle de ses croyances religieuses catholiques de la vieille école, c’est-à-dire : « pourquoi ne pas faire adopter l’enfant plutôt que l’avorter ? ».

ACB pourrait devenir la meilleure juge à la Cour suprême nommée par Trump, elle a besoin de prendre de la bouteille, et on ne l’a pas beaucoup entendue pour le moment, ou en tous cas, lorsqu’on l’a entendue, elle ne cassait pas la baraque. Si elle indique que le corps humain est autonome, là elle va crever l’écran. C’est en tout cas la direction qu’elle prend avec cette logique.

Si le juge Roberts, président de la Cour suprême, ne met pas son mauvais grain de sel dans l’affaire – chaque fois qu’il veut éviter de prendre une décision qui a un impact politique fort, c’est là qu’il prend la décision la plus politique – attendons-nous à un choc comme nous n’en avons pas connu depuis l’assassinat de Kennedy.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

* La « loi sur le refuge », (Safe haven Act) est une loi qui permet aux parents – ou à une autre personne ayant l’autorisation des parents – d’abandonner un nourrisson âgé de 30 jours au maximum dans un refuge ou un établissement spécialisé, sans craindre d’être poursuivis pour abandon.

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