Publié par Thierry Martin le 15 décembre 2021

Avec l’arrivée de Zemmour l’outsider, Marine Le Pen a bénéficié d’un effet paratonnerre tout en restant visible.

D’une blonde l’autre, pour des médias enamourés, Valérie, c’est le retour du plan Juppé, ceinture et bretelle, dans l’hypothèse d’un second tour Macron – Pécresse. Seulement voilà, la vraie primaire à droite pour atteindre le deuxième tour commence maintenant.

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Présidentielle la plus décisive depuis quarante ans. L’arrivée de Villiers renforce la dimension anti-maëstrichtienne de la campagne de Zemmour, l’incendiaire des âmes

Analyse qualitative pré-électorale et perspectives de la droite

Finalement, Zemmour n’est pas une bulle médiatique. Il est plus qu’un phénomène politique, c’est un véritable révélateur social.

Dans À bout de souffle, quand Michel rend son exemplaire du New-York Herald Tribune à Patricia, parce qu’il n’y a pas d’horoscope. Godard lui fait dire :

« – C’est quoi l’horoscope ? Michel répond : – L’horoscope c’est l’avenir. J’ai envie de savoir, pas toi ? »

Désormais, les Français qui revoient les films avec Belmondo sont dans cet avenir. Comme la grenouille dans la casserole d’eau froide posée sur le réchaud qui découvre trop tard que l’eau se met à bouillir, les Français sont stupéfaits. Et si, la filmographie de Belmondo, qui fait l’effet d’un voyage dans le temps, permettait enfin ce grand sursaut. La grande catharsis. Hop ! Tous hors de la casserole. Ce ne serait pas la première fois que la France s’en sortirait in extremis. La présidentielle d’avril 2022 leur donne la main.

Maintenant commence la vraie primaire à droite pour atteindre le deuxième tour, entre Marine le marchepied pour l’Elysée, Valérie « la traitresse », et Éric l’outsider.

Réécouter in extenso le « serment de Villepinte » de Zemmour pour trancher

Marine s’est banalisée, Mélenchon pourrait presque la soutenir, – tellement sociale ; Valérie s’est droitisée en gobant d’un sourire carnassier l’autre Éric, beau comme un œuf ; tandis qu’à Villepinte (Seine-Saint-Denis) l’outsider s’est transfiguré en candidat de droite utile pour la reconquête, en cochant toutes les cases. C’est un révélateur social, il dit ce que les Français s’interdisaient d’avoir en tête, la gauche ayant mis en œuvre sa politique de crime-pensée imaginée par George Orwell dans 1984. Relire le discours détox de Zemmour, pardon son « serment de Villepinte », in extenso est un impératif pour trancher.

Je ne suis pas toujours d’accord avec Zemmour. Par exemple son antiaméricanisme, bien que tempéré par l’arrivée de Trump qui a montré l’autre visage de l’Amérique, est une erreur de jugement. Ce qui nous vient de l’Amérique, le politiquement correct, la déconstruction, le wokisme, le marxisme culturel, ce sont les Américains qui en furent les premières victimes. Un mal issu en partie de la French Theory, elle-même issu d’une relecture française de Freud, Nietzsche et 
Heidegger appelée déconstruction, et de la Théorie critique de l’École de Francfort notamment Dialektik der Aufklärung de Theodor Adorno et Max Horkheimer. Ensuite compte tenu des liens organisationnels de nos forces armées avec les forces armées anglaises et américaines, je pense qu’une sortie du commandement militaire intégré de l’OTAN est une posture.

En revanche sur le plan économique, celui dont la vision étatiste est un trait bien français, s’est ouvert à un libéralisme nécessaire à la prospérité de tous que ne devrait pas renier un Alain Madelin.

« Pour que nos salariés cessent de s’appauvrir, je veux que le salaire net soit plus élevé. Il n’est pas normal d’avoir un tel écart entre le salaire net et le salaire brut.

Il n’est pas normal que le salaire brut soit si élevé pour les patrons et le salaire net si faible pour les salariés. » Quand j’ai entendu cette phrase j’ai ressenti un frisson. Depuis quand un homme politique n’avait-il parlé aussi clair ?

« Et pour aider nos industriels, nous proposons moins d’impôts, moins de taxes, moins de normes. » 

« Je veux supprimer les droits de succession et de donation pour la transmission des entreprises familiales. »

« Je veux tailler dans le vif de cette forêt normative qui gâche la vie de nos chefs d’entreprise. Pour cela, je saurai m’appuyer sur nos acteurs économiques, sur ces milliers de corps intermédiaires méprisés par les gouvernements successifs. »

Pendant ce temps-là, la candidate LR déclarait : Je suis une femme. Hillary Clinton avait aussi lancé sa campagne sur le fait qu’elle était une femme. Statistiquement imparable – les femmes, minorité majoritaire. On sait aujourd’hui que cette stratégie était vouée à l’échec. Mais Valérie aime à dire qu’elle est une femme. Ça plait à la classe médiatique, et puis ça fait oublier la filloniste qui rallie Juppé qu’on disait gagnant, dix jours avant sa défaite à la primaire, appelle sans vergogne à voter Macron au second tour quand LR n’appelait qu’à battre Le Pen, puis quitte LR, trop à droite, avant de rentrer au bercail à la veille du congrès en appelant ses électeurs voire des non-nationaux à prendre leur carte ne serait-ce que pour une semaine. À la Mutualité à Paris, Valérie Pécresse a salué “les quatre mousquetaires” assis devant elle, candidats malheureux à la primaire – Eric Ciotti, Xavier Bertrand, Michel Barnier et Philippe Juvin, sans préciser si elle était la Constance Bonacieux ou la Milady du roman d’Alexandre Dumas. Le plus dure pour elle sera d’inspirer confiance.

Éric Zemmour est le #MeToo des Français, grammaticalement parlant des Françaises aussi. Il souligne l’écart existant entre l’opinion publique et l’opinion publiée, diffusée, en dévoilant la bêtise à front de taureau qui est la marque de cette dernière.

Menacé par des pétitions, par ses confrères du Figaro mais sauvé par son patron in extremis, viré de RTL, viré de France 2 – Laurent Ruquier -, viré de i-télé, viré par son éditeur historique Albin Michel cet été, et finalement viré de CNEWS par une astuce du CSA. Mais le Socrate poseur de questions dont la maïeutique permet aux français de penser à nouveaux par eux-mêmes ne boira pas la cigüe. 

Il est passé du journalisme à la métapolitique par l’écriture, avant de muer en homme politique – de l’éthique de conviction à l’éthique de responsabilité. Depuis qu’il dit que le roi est nu, beaucoup se disent : c’est bien ce qu’ils nous semblaient.

Plutarque, à travers Alcibiade souligne les ressorts cachés de l’ostracisme : “On bannit de la cité” tout à la fois pour calmer les craintes et pour soulager l’envie, rappelle le sociologue Michel Maffesoli.

La vraie primaire commence pour la Droite

Le Pen, Zemmour ou Pécresse ? La vraie primaire commence pour la Droite. Celui qui apparaitra comme le vote utile pour battre Macron, gagnera.

Avec l’arrivée de Zemmour, Marine Le Pen a bénéficié d’un effet paratonnerre tout en restant visible, mais d’une blonde l’autre, pour des médias enamourés, avec Valérie qui a manqué d’être premier ministre à la place d’Edouard Philippe, c’est le retour du plan Juppé, ceinture et bretelle, dans l’hypothèse d’un second tour Macron Pécresse. Rappelons qu’au départ (en 2016) le système rêvait à voix haute par médias interposés d’un second tour Juppé Macron. Mais ce n’est pas tout, Pécresse opportuniste, championne du grand écart, « macrompatible » pourrait rallier Macron au second tour pour soi-disant combattre l’extrême-droite.

De son côté Éric l’outsider, est rejoint à Villepinte par Jean-Frédéric Poisson, président de l’ancien Parti Chrétien-Démocrate, aujourd’hui VIA, et Laurence Trochu du Mouvement Conservateur, anciennement Sens Commun et soutien de Fillon, qui fait partie de LR.

D’emblée Charles Millon, mari de la philosophe conservatrice Chantal Delsol, apparaît comme un soutien emblématique s’il en est, de Zemmour. « Il est vieux » ricanent les médias plutôt que de rappeler que Millon est le symbole de la lutte contre le cordon sanitaire, une tactique de Mitterrand pour diviser la droite qui a permis maintes fois à la gauche de gagner par effraction.

Souvenons-nous qu’en 1998, ne disposant pas de la majorité absolue pour diriger l’exécutif du conseil régional de Rhône-Alpes, les voix sont également réparties entre gauche et droite, Millon accepte les voix du FN, soulevant les cris d’indignation des élus de gauche mais aussi d’élus de droite, il remporte ainsi la présidence du conseil régional. Tous élus avec les voix du FN, ils sont alors exclus de l’UDF qui se divise sur la question des alliances avec le Front national (FN), François Bayrou condamnant celles-ci tandis qu’Alain Madelin les soutient.

Face à Macron, il y a eu le long moment Le Pen, puis le moment Zemmour et maintenant Pécresse. Mais le temps joue contre elle, avant le chant du coq, elle aura renié trois fois Ciotti. Les électeurs de Ciotti ou de Wauquier pourraient se retrouver dans Zemmour, sans parler des anciens électeurs de Fillon, auquel Pécresse a préféré en dernière instance Juppé, l’ancien homme du système.

Aujourd’hui Macron est le vote utile d’une grande partie des électeurs habituels de la gauche. N‘oublions pas que Macron est arrivé dans les bagages de Hollande, et qu’il est entouré d’« anciens » socialistes, essentiellement des rocardiens et des strauss-kahniens. L’actuel porte-parole du président, Gabriel Attal, est malgré son jeune âge un ancien socialiste. Si ces électeurs se ravisaient en faveur d’une Taubira, et qu’une partie des électeurs de gauche quittait Macron, qui dit qu’il n’y aurait pas un moment Pécresse vs Zemmour ?

Le poisson pourrit toujours par la tête

La clameur du peuple n’est pas idéale, policée, aseptisée, mais réelle, pleine d’ambiguïtés et d’ambivalences. Gilets jaunes, fans de Johnny, jeunes catholiques, anti-pass, couches instruites, abstentionnistes de longue durée comme on dit des chômeurs ; bourgeoisie patriote, France périphérique et étrangers assimilés écoutent Éric Zemmour. Alors la nomenklatura héritière de la mentalité totalitaire, conclut avec le dramaturge Bertolt Brecht, mais sans ironie : “Puisque le peuple vote contre le gouvernement, il faut dissoudre le peuple.” Cela s’appelle le « grand remplacement ».

La submersion migratoire doublée d’une percée de l’islamisation doit être arrêté parce qu’elle met la France telle que le monde la connaît en danger de mort. Le gouvernement actuel et les hommes du régime de Bruxelles n’y feront rien, puisqu’ils sont soit naïfs soit complices. La création du parti Reconquête, et la référence subliminale qui nous vient avec la Reconquista espagnole qui mit fin à l’occupation de l’Espagne par les mahométans, à l’avantage une fois de plus de parler clair.

Le poisson pourrit toujours par la tête dit un proverbe chinois, d’où la nécessité de ce que Vilfredo Pareto nomme la “circulation des élites”. Le propre du dogmatisme, du théâtre antifasciste, des réflexes pavloviens, conséquence de toutes les paresses intellectuelles, est de se contenter de réponses préétablies. Des opinions différentes pourront pour la première fois depuis quarante ans s’exprimer parmi les autres, sans être stigmatisés, sur la chaîne de télé CNEWS et sur les ondes d’Europe 1 qui appartiennent au groupe Bolloré. Révolution médiatique comme l’arrivée de Fox News Channel du groupe Murdoch à New-York en 1996.

L’arrivée de Villiers renforce la dimension anti-maëstrichienne de la campagne de Zemmour. Aux élections européennes de 1999, Charles Pasqua et Philippe de Villiers conduisent la liste souverainiste qui obtient 13,1 % des voix, deuxième derrière les socialistes pro-régime de Bruxelles, et 13 élus, parmi lesquels Marie-France Garaud.

Cette droite qu’on dit bonapartiste se rapprochera de Chevènement dans le cadre du Pôle Républicain comme aujourd’hui Daniel Cohn-Bendit se rapproche de Macron. Mais si ces deux derniers profitent des forces centripètes d’un même corpus idéologique de gauche, le Pôle Républicain sera un échec en raison du dogmatisme socialiste d’un Chevènement qui au lieu de brûler ses vaisseaux fera échouer son rassemblement sur la rive gauche de la république.

Paradoxalement un électorat de gauche patriote pourrait aussi, comme dans une logique de Brexit en Angleterre, un peu comme cet électorat du PCF passé chez Le Pen, choisir un vote utile Zemmour in fine.

Le voyage de Philippe de Villiers et de Zemmour en Arménie, « terre chrétienne » au « cœur de la guerre de civilisation » cloue le bec aux commentateurs qui faisaient les étonnés de l’absence du vendéen créateur du Puy de Fou à Villepinte. L’arrivée de Villiers renforce la dimension anti-maëstrichtienne de la campagne, mais c’est surtout l’union sacrée du juif et du chrétien. «Nos élites n’osent plus dire les choses et sont prêtes à pactiser avec ceux qui veulent notre mort. Ce sont des dhimmis, ils sont soumis. Zemmour est à la politique ce que Houellebecq est à la littérature avec son livre Soumission. Eric a tout compris et il dit tout. Il ose dire la vérité. C’est pour cela que vous allez voir ce qui va se passer : il va être de plus en plus écouté, de plus en plus suivi. Quand il fait une télévision, l’audience explose. Et je peux vous dire qu’ici, partout, même en Arménie, il ne laisse pas indifférent. »

Une question reste dans toutes les têtes ? La peur de la covid-19, instrumentalisée éhontément, – covid-1984 que même Orwell n’a pas imaginé -, viendra-t-elle masquer ces menaces réelles, et permettre, quoi qu’il en coûte, la réélection du partisan du régime de Bruxelles, laboratoire du globalisme, avec ses billets de banque sans visage ni paysage ? La présidence française de l’UE qui démarre, va-t-elle aider Emmanuel Macron à remporter l’élection ou le pousser à la faute parce qu’il en fera trop ?

Le système a son Président, mais sans le virus Macron était condamné. Si Taubira vampirisait l’électorat macroniste de gauche, Pécresse ferait-elle l’affaire ? La question de confiance se poserait dans l’autre sens. Celle qu’on appelle le bébé Chirac devrait faire l’affaire. De Bayrou à Edouard Philippe (Juppéiste), jusqu’à Daniel Cohn-Bendit, ils forment une concaténation où tous collaborent peu ou prou avec le globalisme, la gauche des « identités », les idéologues du réchauffisme anthropique et relativisent la menace islamique, quand le peuple de la nation millénaire, fille aînée de l’Eglise parce que maintes fois visitée par la Vierge Marie, murmure.

Dieu merci, quoi qu’il en soit, Zemmour, l’« incendiaire des âmes » comme dit BHL qui le complimente à son corps défendant, en brisant les certitudes suscite un débat on ne peut plus opportun en ces temps vitalistes qu’on voudrait sans âme.

© Thierry Martin pour Dreuz.info

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