Publié par Dreuz Info le 30 décembre 2021

En 2011, le gouvernement français a cessé d’identifier les origines ethniques des auteurs d’actes antisémites, rendant le travail d’identification plus délicat, mais c’est un secret pour personne : presque tous les actes antisémites sont commis par des musulmans, noirs ou arabes.



Selon Joanna Galilli, résidente du 17ème arrondissement de Paris, ce que semble être le quartier juif attractif du Nord-Ouest de la capitale – avec ses synagogues, magasins et restaurants kascher florissants – est plutôt une zone de « repli stratégique ». L’arrondissement est devenu un refuge pour une minorité juive faisant face au harcèlement dans certains quartiers où l’antisémitisme se ressent fortement. « Ils crachent par terre quand je marche dans la rue » s’insurge la jeune femme, l’étoile de David autour du cou.

Le New York Times rappelle le passé antisémite de la France, de l’affaire Dreyfus aux rafles de la Seconde Guerre Mondiale et définit le phénomène du « nouvel antisémitisme ». De nombreux chercheurs et associations juives perçoivent en effet une vague nouvelle d’agressions contre les juifs, analysant la corrélation entre la montée des agressions envers les juifs et la minorité musulmane grandissante en France.

La République une et indivisible : une utopie ?

  • Près de 40 % des actes violents considérés comme racistes ou motivés par l’intolérance religieuse ont été commis envers les juifs en 2017,
  • alors que cette communauté ne représente qu’1 % de la population française.
  • Ces actes ont par ailleurs augmenté de 20 % depuis 2016.
  • En 2011, le gouvernement avait décidé de cesser la catégorisation des auteurs d’agressions antisémites, les chiffres indiquant, selon le journal, une majorité de musulmans impliqués dans ces affaires.

Pour le gouvernement français, ces faits et leurs enjeux s’avèrent particulièrement complexes.

La France compte les minorités musulmanes et juives les plus importantes d’Europe. L’existence de ressentiments négatifs plus marqués de la part des populations musulmanes envers les populations juives impliquerait de remettre en question l’un des principes fondamentaux en France : celui de ne pas catégoriser les individus en fonction de leur origine ni de leur religion.

« Nous sommes tous citoyens de la République, une et indivisible. Mais cela ne correspond pas à la réalité », selon Jérôme Fourquet, directeur du département Opinion et Stratégies d’Entreprise de l’institut de sondages IFOP.

« Le vivre-ensemble est de plus en plus un discours incantatoire, qui est d’autant plus omniprésent dans le débat public qu’il a de moins en moins de réalité concrète ».

A la place, il observe des regroupements basés sur l’appartenance à telle ou telle religion ou communauté. L’accepter, selon Jérôme Fourquet, reviendrait à reconnaître les fêlures du modèle français.

Gunther Jikeli, historien allemand ayant mené une large étude sur l’antisémitisme musulman en Europe, a par ailleurs qualifié ce phénomène d’«évidence écrasante » dans Le Monde.

L’assassinat de Mireille Knoll : une prise de conscience

En mars dernier, l’assassinat d’une survivante de la Shoah a ému l’opinion française – pour un petit moment. Un manifesto signé par près de 300 intellectuels et personnalités politiques français a alors dénoncé une « purge silencieuse » et appelait les responsables musulmans à frapper d’obsolescence les versets du Coran jugés antisémites. Ce qui est interdit par le Coran lui-même et punit de mort. Selon Pascal Bruckner, essayiste et soutien du manifesto, le problème majeur de l’antisémitisme en France résiderait dans le fait que, de peur de monter les deux communautés l’une contre l’autre, les politiques s’enfermeraient dans un certain mutisme et «finissent par dissimuler les problèmes». Cassez le thermomètre, et hop, plus de fièvre !

Les leaders musulmans français se sont insurgés, arguant du fait que ce slogan du « nouvel antisémitisme » contribuait à l’amalgame entre musulmans et radicaux, dans une période où l’intolérance bat son plein en Europe. En effet, le nombre d’agressions envers les musulmans a également augmenté entre 2016 et 2017. Ahmet Ogras, président du Conseil français du culte musulman (CFCM), estime quant à lui que les groupes musulmans oeuvrent ensemble à lutter contre l’antisémitisme et qu’il est donc impossible de parler de « nouvel antisémitisme », en rejetant systématiquement la faute sur les musulmans. Des paroles creuses et mensongères.

Corrélation entre les agressions antisémites en France et les reprises du conflit contre Israël

  • Depuis la deuxième antifada en 2000, des chercheurs ont observé une explosion du nombre d’actes antisémites en France, de 82 en 1999 à 744 un an plus tard.
  • De la même manière, lors des incidents de 2008-2009, leur nombre a décuplé en un mois.
  • Face à ces épisodes, nombre de familles juives ont décidé de quitter certains quartiers. Fourquet cite par exemple Clichy-sous-Bois (de 400 à 80 familles juives entre 2000 et 2015) ou Aulnay-sous-Bois (de 600 à 100).
  • Pour les leaders musulmans du pays, cette stigmatisation des musulmans français est intolérable. Selon Mamadou Diallo, directeur d’un centre de loisirs à Nanterre, les gens déménagent car ils se seraient élevés économiquement et socialement, bien qu’il reconnaisse avoir entendu plusieurs remarques antisémites ces dernières années, «trop à son goût».

Pour Rachid Benzine, il existe une obsession autour de la position qu’occupent les juifs dans la République, développant ressentiment et jalousie chez les musulmans

En réalité, pour Rachid Benzine, politologue franco-marocain, il existerait une sorte d’obsession autour de la position qu’occupent les juifs dans la République développant ressentiment et jalousie chez les musulmans, ayant le sentiment qu’un meilleur traitement serait réservé aux juifs. De fait, sur cette base, le conflit Israëlo-Palestinien constituerait un catalyseur.

Finalement, sans une prise de conscience de la part du gouvernement et des autorités religieuses, la situation actuelle risque au mieux le status quo, au pire un enveniment des deux côtés. L’éducation des jeunes paraît de fait la meilleure option pour un changement d’attitudes et un apaisement de la situation en France. Ce postulat fait alors écho aux propositions de Hakim el Karoui pour un islam de la République, l’éducation et l’information étant les seules armes pour lutter contre l’obscurantisme et les théories du complot en tous genres dont la sempiternelle dénonciation d’un fantasmatique lobby juif en est une parfaite illustration.

Le 17ème est donc devenu un refuge pour beaucoup de juifs qui ont souffert de harcèlement dans des quartiers où la population musulmane est grandissante.

Mme Galilli, 28 ans, a déménagé il y a quelques mois, quittant une banlieue de Paris où « l’antisémitisme est assez élevé, et où vous le ressentez énormément ».

« Ils crachent quand je marche dans la rue », affirme-t-elle en décrivant les réactions de certains passants – tous des musulmans – à la vue de son étoile de David.

En 2011, le gouvernement français a cessé d’identifier les origines ethniques des auteurs d’actes antisémites, rendant le travail d’identification plus délicat. Mais avant cela, les musulmans étaient clairement les principaux auteurs de ceux-là. Souvent, les sursauts de violence coïncidaient avec des regains de tensions dans le conflit israélo-palestinien, selon les chercheurs, et les gens de la rue.

Les dirigeants français craignent d’aviver les tensions entre les deux camps, ou même de reconnaître qu’il existe une opposition entre juifs et musulmans. Reconnaitre reviendrait à violer un principe sacro-saint en France — celui selon lequel les concitoyens ne peuvent être catégorisés en fonction de leur race ou de leur religion, car ils sont Français avant tout, et donc égaux devant la loi. Un principe assez superficiel et surtout très hypocrite de déni de réalité.

« Nous sommes tous les citoyens de la République, qui est une et indivisible. Mais ça ne correspond pas à la réalité, » affirme Jérôme Fourquet, de l’institut de sondage IFOP, qui, avec son collègue Sylvain Manternach, a écrit un ouvrage, L’an prochain à Jerusalem ?, publié par la Fondation Jean Jaurès, un groupe de recherche affilié au Parti Socialiste.

« Tous les politiciens parlent de vivre-ensemble , » dit Mr. Fourquet. « Et pourtant, on a des regroupements qui s’opèrent de facto par culture et par communauté. Mais reconnaître cela, c’est reconnaître l’échec, ou l’effondrement, du modèle français. »

Gunther Jikeli, sociologue allemand à l’université d’Indiana qui a réalisé une étude méticuleuse de l’antisémitisme des musulmans en Europe, considère que le phénomène est d’une «évidence écrasante», selon une récente tribune dans Le Monde.


Au cours de 16 enquêtes conduites ces 12 dernières années en Europe, «l’antisémitisme est significativement plus élevé parmi les musulmans que parmi les non-musulmans », selon lui.

« L’antisémitisme, la perception négative des juifs, deviennent normalisés », affirme-t-il.

Tout comme les actes de violence contre les juifs de France, qui sont au nombre de 500 000, les actes de haine contre les personnes de confession musulmane — six à 10 millions en France — ont également augmenté entre 2016 et 2017, mais la nature des actes n’est pas la même, et une grande partie concerne des tags insultants sur les murs des mosquées. Jamais de mort, jamais ou presque d’agressions physiques.

Beaucoup de Français de confession juive se sont exprimés autrement : plus de 50 000 d’entre eux se sont installés en Israël depuis 2000, contre 25 000 entre 1982 et 2000.

Des dizaines de milliers d’autres ont quitté les périphéries de Paris et de Lyon, où la population de confession musulmane augmente, pour se retrancher dans des quartiers qui comptent davantage de juifs.

En juin, quatre Français de confession musulmane et d’origine africaine ont été jugés pour avoir cambriolé et agressé en 2014 un homme et sa compagne, qui a aussi été violée. Assis dans le box en verre, les prévenus ont écouté sans un mot les juges réciter les accusations, selon lesquelles ils sont entrés par effraction dans l’appartement du couple, à Créteil, et ont jeté des objets religieux à terre. L’un a crié, « Les juifs, ça ne met pas l’argent à la banque ! »

« La douleur ressurgit », a affirmé l’une des victimes, Jonathan Ben-Arrousse, 25 ans, à des journalistes à la sortie de la salle d’audience, après l’ouverture du procès, le 26 juin. Pendant l’agression, il fut attaché et bâillonné pendant que sa petite amie était violée dans une autre pièce.

Le procès à Créteil est survenu trois mois à peine après le meurtre d’une femme de 85 ans, assassinée dans son appartement parisien par un homme qui a crié « Allahu akbar ! ». La victime, Mireille Knoll, était une survivante de l’Holocauste.

Une marche blanche rassemblant des milliers de personnes s’est déroulée dans les rues de Paris à la suite du décès de Mme Knoll. Dans une tribune, Nicolas Sarkozy, Manuel Valls et de nombreux intellectuels, juifs et non-juifs, ont tiré la sonnette d’alarme contre une épuration ethnique à bas bruit, une référence à ce que M. Fourquet appelle un «phénomène de grande ampleur» de migration interne. Le texte appelait les autorités musulmanes à renier les versets antisémites du Coran. Ce qui leur est interdit sous peine de mort, et il ne manque pas de volontaires pour exécuter la peine.

Malgré cela, les dirigeants français se sont jusque là refusés à utiliser le terme de « nouvel antisémitisme » ou à le condamner, par un souci de précaution et par une hypocrisie que leurs détracteurs jugent dangereux.

« Par peur de monter les communautés les unes contre les autres, vous finissez par dissimuler les problèmes », affirme le romancier et essayiste Pascal Bruckner, l’un des signataires du manifeste publié après la mort de Mme Knoll.

En 2014, François Hollande, alors président, avait pris le soin de placer l’incident de Créteil dans le contexte de la « lutte contre le racisme » et de la « discrimination », même s’il en avait reconnu le caractère antisémite. Le juge d’instruction ne l’avait en revanche pas fait, et l’enquête a changé de cours seulement après que des associations juives aient exprimé leur indignation.

Les chercheurs ont aussi constaté une forte corrélation entre les augmentations d’actes antisémites en France et les regains de tensions dans le conflit israélo-palestinien.

Depuis 2000 et le début de la Deuxième Intifada, il y a eu une « explosion » d’actes antisémites en France, qui sont passés de 82 à 744, selon M. Fourquet et M. Manternach. En 2004, une synagogue a été brûlée à Trappes, une banlieue de Paris qui compte une forte population musulmane, et ce alors que les tensions dans le conflit israélo-palestinien persistaient.

De même, pendant la guerre entre Israël et Gaza en 2008-2009, dix fois plus d’actes antisémites ont été déclarés en un mois.

Le nombre d’actes antisémites a varié au cours des années depuis les premiers pics prononcés, allant de 49 en 2013 à 108 en 2014, lorsqu’une manifestation pro-palestinienne à Sarcelles a dégénéré et que des boucheries cacher ont été incendiées, ainsi qu’une synagogue attaquée aux cocktails Molotov.

En comparaison, entre 2016 et 2017, les actes déclarés contre des Français de confession musulmane, qui sont 12 fois plus nombreux que ceux de confession juive, ont augmenté de 67 à 72. Une goutte d’eau dans l’océan.

Les associations juives estiment que le port de la kippa en public peut s’avérer dangereux dans les zones où la population d’origine immigrée est importante. Cela expliquerait partiellement le déplacement de Français de confession juive vers Paris et la fermeture de synagogues par manque de fidèles.

« Au cours des vingt dernières années, des groupes entiers de populations ont été déplacés », rappelle Ariel Goldmann, un avocat à la tête de la Fondation du Judaïsme français . « Des lieux se sont vidés ».

Ces accusations exaspèrent au plus haut point les leaders musulmans parce qu’elles sont vraies et qu’ils aimeraient les cacher.

« Des groupes d’individus partent parce qu’ils ont obtenu une meilleure situation économique, » explique Mamadou Diallo, qui dirige un centre de loisirs à Nanterre. Lors d’une réunion en sa présence, une dizaine de jeunes musulmans ont cependant reconnu avoir déjà entendu des remarques de nature antisémite. « Bien trop à mon goût, » souligne M. Diallo.

Ahmet Ogras, président du Conseil Français du Culte Musulman, s’est montré très critique après la publication de la tribune sur le « nouvel antisémitisme ». « Ce n’était pas un manifeste, » souligne-t-il. « C’était un fourre-tout » mélangeant un appel aux musulmans à renier certaines parties du Coran avec des références à une « purge ethnique ».

Peu convaincant.

Traduction et adaptation, Ajax Nesher

Source : Nytimes

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