Publié par Abbé Alain Arbez le 24 décembre 2021

Nous célébrons Noël le 25 décembre…Cette date conventionnelle correspond au solstice, un symbole qui est un pari sur l’avenir: c’est celui de la lumière montante, c’est à dire celle de la Parole de Dieu, qui doit de plus en plus éclairer la vie des hommes pour autant qu’ils accueillent librement cet éclairage céleste de leur existence terrestre…

La Nativité est certainement la fête chrétienne la plus populaire, la plus attachante : le nombre de traditions de Noël qui se sont multipliées au cours des siècles témoignent de son impact populaire, au nord, comme au sud. Certes, nous savons que la fête de Pâques est la plus importante dans l’année liturgique, mais sans l’évangile de Noël, l’incarnation n’aurait pu aller à son terme qui a abouti à la mort-résurrection du Christ. Ainsi nous est mise en valeur l’espérance des croyants. Et c’est une bonne nouvelle pour aujourd’hui, qui accomplit ce que déjà Isaïe annonçait à tous les découragés : un fils nous est donné, un enfant nous est né, promesse d’avenir et de salut pour ceux qui attendent un monde entièrement renouvelé. 



L’actualité nous le rappelle, nous vivons dans un univers tourmenté et éprouvant. Trop souvent, les souffrances apparaissent plus pesantes que les joies, et dans de nombreuses situations humaines, on a cette impression que les ténèbres l’emportent encore sur la lumière…Le mal s’affiche, tandis que le bien reste discret !

Le vrai message de Noël, ne l’oublions pas, c’est que la gloire de Dieu a voulu être définitivement liée au bonheur des hommes. Noël témoigne de la confiance que Dieu a exprimée en notre humanité : en s’incarnant par son Fils, il accepte de se vouer corps et âme au destin des hommes. Malgré les résistances, cet amour de Dieu manifesté en Jésus s’est confronté à notre humanité fragile et blessée par le mal. Voilà pourquoi l’évangile de Noël ne reste pas extérieur à nos situations humaines. Noël n’est pas un conte de fin d’année pour attendrir les enfants : célébrer Noël, c’est accueillir la confiance que Dieu a mise en nous malgré toutes nos limites et nos déficiences. La fête de la Nativité vient réactiver chaque année un processus de recréation du monde déjà commencée il y a 2000 ans.

La réalité concrète de la naissance de celui que les prophètes appelaient l’Emmanuel, Dieu avec nous, est bien loin des images pieuses et des lueurs artificielles qui entourent les festivités de fin d’année. L’enfant de Bethléhem de Judée, pays des Juifs, est né il y a 2000 ans dans le dénuement total. La tradition selon François d’Assise nous le montre entouré d’animaux, pour faire comprendre qu’avec lui, la création repart sur de nouvelles bases. Le Dieu éternel et transcendant s’est incarné en cet enfant juif pour nous faire comprendre qu’il n’est pas une divinité lointaine mais qu’il rejoint notre condition temporelle ici-bas pour nous parler « de l’intérieur » de notre humanité, et à partir du peuple choisi, pionnier du monde nouveau.

A l’heure des grandes stratégies économiques et politiques dans le monde, il est réconfortant de réentendre la vérité provocatrice du message de Noël, une promesse de paix authentique. A l’heure d’internet et des communications intercontinentales, nous pouvons aussi nous demander comment les non-chrétiens perçoivent la célébration de Noël qui est parfois remise en question dans l’espace public : regardons ce que disent de Noël les juifs, les hindouistes, les bouddhistes, les musulmans et les sans-religions.

Pour les juifs : il faut d’abord comprendre qu’il y a eu une séparation à partir du 1er siècle entre des communautés issues du même tronc hébraïque, et l’Eglise, lancée à Jérusalem, s’est peu à peu détachée des autres courants de la synagogue. Par la suite, durant des siècles, les fils d’Israël ont subi de terribles violences de la part des chrétiens. Dans ce contexte hostile, les juifs ont pu perçu la personne de Jésus comme la source de leurs malheurs. Cependant, depuis Vatican II et les changements doctrinaux survenus dans les Eglises chrétiennes à l’égard du judaïsme, de plus en plus d’intellectuels juifs se sont mis à lire les évangiles rédigés dans une logique hébraïque familière. Beaucoup ont reconnu en Jésus un éminent rabbi porteur du meilleur de la tradition biblique et pour eux, Noël est la célébration d’une grande figure du peuple de l’alliance.

Les hindous, croient que le divin se manifeste en de multiples personnes lumineuses, de qualité transcendante. Jésus représente donc pour eux un « avatar », une manifestation du divin particulièrement expressive: c’est un yogi, c’est à dire un sage qui a réalisé son unification en accomplissant la voie de la compassion et de la dévotion. Noël est pour eux une fête célébrant un visage respectable du divin parmi d’autres grandes figures sacrées.

Les bouddhistes ne croient pas en un Dieu créateur personnel et pour eux, le salut final de chacun consiste à la fin des réincarnations à être comme une goutte d’eau qui rejoint l’océan infini du nirvana. Mais ils voient dans l’enseignement de Jésus des convergences étonnantes avec la sagesse de Bouddha: en particulier dans le détachement, l’accueil de l’autre, la non violence et la compassion. Noël est pour eux l’occasion de reconnaître un grand maître de sagesse qui incite à l’éveil des consciences.

Les musulmans célèbrent la mémoire de la naissance de leur prophète Mahomet, c’est la fête du mouloud. Si le Coran n’est pas pour nous chrétiens une Ecriture inspirée, il est vrai qu’il évoque de très loin Jésus à travers un personnage dénommé Issa et sa mère Myriam. Mais ce Jésus-là n’est pas celui de l’évangile, c’est un prophète musulman, qui ne correspond nullement à la Parole de Dieu faite chair des chrétiens. Car pour l’islam, Jésus n’est jamais mort sur une croix, et surtout il n’est pas Fils de Dieu. Il ne peut donc pas y avoir de regard musulman positif sur le Noël des chrétiens, puisque le Coran se veut le remplacement des Ecritures juives et chrétiennes qui l’ont précédé.

Ces regards différents sur la Nativité nous invitent à ne pas perdre de vue le fait que nous vivons dans un monde aux multiples religions et aux cultures diverses. Cependant, l’espérance de Noël ne doit pas nous faire banaliser les différences de convictions, au contraire, nous devrions être conscients en tant que chrétiens que nous sommes minoritaires dans nos sociétés. Ce qui devrait nous stimuler à approfondir et fortifier notre foi, pour en témoigner sereinement autour de nous.  

En contemplant la crèche de Bethléhem, rappelons-nous que pour nous approcher de Jésus, il nous faut côtoyer les humbles bergers, ces membres du peuple d’Israël qui ont entendu les premiers la bonne nouvelle dans la nuit. Il nous faut aussi croiser les mages, ces personnages d’autres cultures venus de loin, et qui ont tenu à s’incliner devant cette royauté unique si différente des autres.

C’est peut-être cette attitude qui nous est proposée en ce jour de Noël: être d’une part plus proches de la tradition des bergers d’Israël, et être d’autre part capables de côtoyer avec bienveillance des personnes aux conceptions très différentes des nôtres. En effet, notre époque est marquée par le relativisme et l’illusion périlleuse que toutes les religions se valent.

Face à ces défis, cherchons à mieux approfondir notre foi pour vivre en cohérence avec nos convictions et témoigner, dans notre entourage, du Christ vivant aujourd’hui. Ainsi notre attitude de vie pourra s’associer au chant angélique de la nuit de Noël : gloire à Dieu et paix sur terre !

Amen. 

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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