Publié par Jean-Patrick Grumberg le 2 décembre 2021

Début du procès historique à Stockholm de Hamid Nouri, ancien membre du « comité de la mort » iranien dont l’actuel président Ebrahim Raisi faisait également partie dans les années 1980.

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Le monde devrait suivre le procès de Hamid Nouri en Suède car c’est aussi celui du président iranien Ebrahim Raisi. Jusqu’en 2016, le régime iranien avait réussi à préserver le secret : Pas de discussion, pas de larmes, et pas de remise en question de ce qui s’est passé dans les prisons iraniennes à l’été 1988.

Khomeini a ordonné l’élimination des membres et des partisans de l’Organisation des moudjahidines du peuple (OMPI/MEK) qui restaient fidèles à leurs convictions.

En 1988, quelque 30 000 membres de l’OMPI ont été assassinés et enterrés dans des fosses communes, et l’histoire a été priée d’oublier leurs noms.

Des partisans de l’OMPI ont également été arrêtés et exécutés pour avoir pris la parole lors de rassemblements au cours desquels les familles des prisonniers politiques exécutés se recueillaient sur les sites d’enterrement, sans savoir si leurs proches y reposaient.

Les exécutions des années 1980 sont une blessure jamais refermée dans la conscience des Iraniens. Des dizaines de milliers de familles cherchent toujours à tourner la page. Après des années d’oppression sanglante, les larmes ont quitté leurs yeux et la colère a rempli leur cœur.

Les dirigeants iraniens sont impliqués dans le massacre

Occulter le massacre de 1988 est lié à la survie du régime.

  • Mais en juillet 2016, Maryam Radjavi, présidente du Conseil national de la résistance iranienne, a juré de lancer une campagne de poursuites contre les auteurs du massacre. Des manifestations et des conférences ont été organisées, des articles ont été rédigés, et les rapports des médias ont commencé à être publiés.
  • Le 9 août 2016, autour du 28e anniversaire de cet été sanglant, un fichier audio a été publié sur le site officiel de l’ayatollah Montazeri, le successeur alors désigné de Khomeiny.

    Dans ce fichier, mis en ligne par le fils de l’ayatollah, Ahmad, on entend Montazeri s’opposer fermement aux massacres de masse alors qu’il s’entretenait avec la Commission de la mort – un groupe créé pour décider quels prisonniers vivaient ou mouraient – en 1988.

    Il les accuse d’avoir commis le « crime le plus grave de l’histoire de la République islamique ».

Raisi, membre clé de la Commission de la mort

La fuite du fichier audio a choqué la nation tout entière et a fini par repousser les plans du Guide suprême Ali Khamenei, qui voulait nommer Ebrahim Raisi, son candidat préféré, à la présidence lors des élections de 2017.

Raisi était un membre clé de la Commission de la mort, qui a ordonné les meurtres. L’indignation nationale contre Raisi était écrasante, et ainsi, lui et Khamenei ont perdu une bataille qui allait bien au-delà d’un simple ticket présidentiel.

Procès pour « crime contre l’humanité en cours »

Les organismes internationaux – et les procureurs suédois – ont fait pression pour que justice soit faite.

  • En décembre 2018, après 30 ans d’enquêtes, Amnesty International a rendu ses résultats publics, qualifiant le massacre de « crime contre l’humanité en cours ».
  • En décembre 2020, sept rapporteurs spéciaux de l’ONU dévoilent une lettre qu’ils ont écrite au régime iranien, affirmant également que le massacre de 1988 peut s’apparenter à un « crime contre l’humanité ».
  • Le 3 mai 2021, 152 anciens fonctionnaires de l’ONU, lauréats du prix Nobel, anciens chefs d’État et experts des droits de l’homme exigent une enquête internationale sur les massacres.
  • En cinq ans, le tollé a dépassé les frontières de l’Iran et a acquis une reconnaissance internationale. La ligne rouge de Téhéran a été franchie. Raisi a cependant été élu : les Iraniens comptaient sur le silence des médias occidentaux, largement corrompus. Ils l’ont obtenu.

Hamid Nouri, procureur adjoint pendant les exécutions de masse, a été arrêté par la police suédoise en novembre 2019.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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