Publié par Mauricette le 13 janvier 2022

Source : Bloomberg

L’immigration, la religion ou la sécurité ont beau dominer le débat public, la forte reprise post-pandémie pourrait bien décider du sort de Macron en avril.

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Pendant cinq ans, Emmanuel Macron s’est confronté aux forces antiélitistes qui travaillent le pays. Depuis le second tour de l’élection présidentielle en 2017 qui l’a opposé à Marine Le Pen, en passant par les Gilets Jaunes, et jusqu’à une quasi guerre culturelle avec le polémiste d’ultra-droite Eric Zemmour, qui a officialisé en novembre son intention de se présenter à la présidentielle.

Mais s’il veut être réélu en avril, le président biberonné dans les plus hautes sphères de la technocratie française a une autre carte à jouer : celle de l’économie.

Alors que les sondages suggèrent que les Français penchent de plus en plus à droite, Macron donne régulièrement du grain à moudre à cette frange de l’électorat. Il a notamment salué l’intuition de l’ex-président Nicolas Sarkozy qui avait lancé un débat sur l’ “identité nationale”, choisi un ministre de l’intérieur connu pour sa ligne intransigeante, et a accordé un entretien à un journal d’extrême droite pour parler d’immigration et d’Islam. En parallèle, son étoile a pâli auprès des électeurs de gauche.

Mais plutôt que de s’engoncer dans des débats sur l’identité et l’immigration, les macronistes les plus influents plaident pour qu’il se concentre sur son bilan économique.

« Je voudrais rappeler, dans un temps où il est de bon ton de vanter le déclin de la France, que nous faisons parmi les meilleurs chiffres de croissance de la zone euro, que nous avons retrouvé le niveau d’activité d’avant crise en novembre, trois mois plutôt que ce qui était prévu », a martelé le ministre des finances Bruno Le Maire au Parlement début décembre, ajoutant : « Soyez fiers de notre politique économique ! Des emplois que nous avons créés, de l’investissement qui repart, de l’attractivité retrouvée de la France. »

Reprise économique

L’activité française a retrouvé son niveau d’avant crise plus rapidement que les pays comparables en Europe

Après un crash aux débuts de la pandémie de Covid-19, l’économie française s’est démarquée par sa capacité à rebondir rapidement. L’activité a retrouvé le niveau d’avant crise dès cet automne — plus tôt que les pays comparables, et à la surprise des partisans de Macron. 

Grâce aux plans massifs de soutien aux ménages et aux entreprises mis en œuvre pendant les différents confinements, les fondations de l’économie française ont été préservées, et Macron a capitalisé sur ces dernières en dégainant un plan de relance de 100 milliards d’euros.

Le Maire n’est pas le seul à brandir les chiffres du chômage et des investissements, données qui suggèrent que le pari de Macron, et ses réformes du marché du travail et de l’imposition, ont peut-être fini par payer. S’ils ont raison, ce serait un changement majeur dans l’histoire économique de l’Europe. Pendant des années, beaucoup ont décrit la France comme un pays problématique de l’union, comme une économie incapable de s’adapter à la mondialisation, de générer de la croissance et de créer des emplois, contrairement à son grand voisin allemand. 

Taux de chômage

Dès 2017, Holger Schmieding, économiste en chef chez Berenberg, prophétisait une « décennie dorée » pour la France. Il reste convaincu. Même si Macron dévissait dans les sondages, le vainqueur, quel qu’il ou qu’elle soit, pourrait potentiellement hériter d’une situation économique que certains ont comparée à celle laissée à Angela Merkel par le chancelier allemand réformateur Gerhard Schröder. 

« Le rebond de la France est l’un des développements les plus intéressants à long terme, et c’est un facteur clé pour stabiliser le cœur de l’Europe, et pour de bon », dit Schmieding. « Au-delà des simples chiffres, le retour à un équilibre entre l’Allemagne et la France a d’énormes implications politiques. »

Si vous flânez dans les rues parisiennes, vous constaterez que la plupart des bâtiments n’ont pas changé depuis plus d’un siècle. De la même façon, les Français eux-mêmes ne manquent pas une occasion de noter leur propre résistance au changement, et ce alors même qu’ils se lamentent souvent sur l’interventionnisme de l’Etat dans l’économie. 

Il y a sept ans, Macron était ministre de l’économie, petit nouveau en politique, justement chargé par le président d’alors, François Hollande, de s’attaquer à cette inertie, et d’orchestrer ce qu’on appelle souvent des “réformes structurelles”, celles que les économistes et institutions internationales imploraient la France de mettre en œuvre depuis des années. Macron ne s’est pas arrêté à son propre portefeuille ministériel, s’attachant à déréguler le code du travail ou le code des transports publics, et ouvrant la voie à de nouvelles ventes de participations d’Etat.

La polémique autour d’une loi globalement perçue comme “pro-business” a permis à Macron de se faire un nom, et de gagner suffisamment en notoriété pour démissionner du gouvernement socialiste de Hollande et créer sa propre marque politique, parfois surnommée “Macronomics” par les médias français. 

Après avoir pris le pouvoir en 2017, Macron s’est rapidement saisi de l’outil controversé que sont les ordonnances pour imposer des changements supplémentaires dans le code du travail. Lors du vote de son premier budget, le président, âgé de 39 ans à l’époque, a également torpillé l’impôt sur la fortune et allégé la fiscalité sur les dividendes et les intérêts.

Le temps dira si de telles transformations ont eu un impact positif sur l’économie. Et quant à savoir si le bilan de ces réformes sera positif pour Macron, le débat reste ouvert. Selon un récent rapport de l’Institut des Politiques Publiques, si le pouvoir d’achat des Français a globalement augmenté sous Macron — surtout celui des actifs — il a reculé pour les ménages les plus pauvres. Une autre étude du Conseil d’Analyse Economique, un think-tank qui dépend du gouvernement, n’a pas pu établir de lien entre les baisses d’impôt et la hausse des salaires et de l’investissement. Et certaines des promesses de réformes de Macron restent en suspens, dont celle des retraites, gelée pendant la pandémie. 

Malgré toutes les difficultés qui se présentent lorsqu’on cherche à confirmer les rapports de cause et de conséquence, de nombreux indicateurs se sont améliorés durant les cinq dernières années, offrant à Macron un boulevard de chiffres sur lesquels s’appuyer pour vanter son bilan. Les baisses d’impôts ont contribué à améliorer la rentabilité des entreprises, pour atteindre des niveaux sans précédents depuis la dernière crise financière. Cela ne suffira pas pour convaincre les électeurs dans un pays où les profits des entreprises sont vus, au mieux, avec suspicion. Mais Macron pourra s’appuyer sur des taux d’investissement qui ont augmenté, atteignant des sommets depuis les années 70. La pandémie a à peine entamé la tendance croissante des entreprises à investir dans l’économie française — les niveaux d’investissement sont même plus hauts aujourd’hui qu’avant la crise, alors même que l’Europe ne s’en est pas encore remise.

Taux d’investissement

Formation brute de capital fixe/valeur ajoutée brute.

Le moral des entrepreneurs est au beau fixe : la hausse du nombre de créations d’entreprises, publié mensuellement, continue sur sa lancée depuis 2017 ; une tendance qui n’a été interrompue que brièvement pendant la pandémie. Et les investisseurs étrangers se pressent au portillon, propulsant la France au-dessus du Royaume-Uni et de l’Allemagne dans le classement de l’attractivité réalisé par le cabinet de conseil EY — bien que le nombre total de projets favorisant la création d’emplois et de nouveaux équipements ait enregistré une baisse l’an passé.

Investissements étrangers

Après vérification, EY prend en compte les annonces publiques et fermes d’investissements porteurs de créations d’emplois dans l’industrie ou les centres décisionnels, mais exclut certains secteurs (hôtels, restaurants, commerces).

Le marché du travail reste solide malgré la valse des confinements. Le chômage est redescendu à des niveaux qui correspondent à ceux d’avant la première vague de Covid, et le taux d’emploi a atteint 67,5%, son plus haut niveau depuis presque un demi-siècle, soit depuis qu’il est mesuré par l’INSEE. (Cela peut être aussi attribué à l’arrivée de plus nombreuses femmes sur le marché du travail et au départ à la retraite plus tardif.) Le chef d’Etat français peut aussi se targuer d’un certain succès avec la hausse de la part des CDI—un précieux sésame pour accéder au logement et aux prêts bancaires en France— dans le nombre de contrats de plus d’un mois.

Contrats de travail

Part des CDI dans les déclarations d’embauche de plus d’un mois

Et bien que les médias brossent régulièrement le portrait d’une nation d’éternels insatisfaits, un sondage INSEE de long cours indique que les Français considèrent que leur niveau de vie a plus augmenté sous le mandat de Macron que sous ses deux derniers prédécesseurs. 

Niveau de vie

Ce bilan économique n’est pas sans failles — notamment un déficit commercial qui reste important et reflète des années de déclin de l’industrie française, ainsi que la montagne de dettes laissée par la pandémie. Mais les planètes pourraient s’aligner à l’approche des élections, à condition que le président sortant puisse démontrer que les “Macronomics” sont intactes, alors que l’activité économique continue de rebondir après la pandémie, et que les consommateurs profitent des milliards épargnés grâce aux plans de soutien à l’économie pendant le Covid.

Le moment pourrait être crucial, car la récente flambée du variant omicron a fait grimper le nombre de cas de Covid en France jusqu’à atteindre de nouveaux records, a remis les hôpitaux sous pression et a entraîné Macron dans une polémique, après qu’il ait utilisé un terme vulgaire à l’encontre des non-vaccinés. Macron aura également besoin de se reposer sur son bilan économique à long terme pour dissiper les préoccupations plus récentes sur l’inflation, et pour compenser le scepticisme ambiant quant à la réalisation de certaines de ses promesses, notamment celles d’améliorer la mobilité sociale et de rassembler un pays polarisé par les divisions droite-gauche sur des questions allant de la religion à la sécurité. 

Si Macron l’emporte, il sera le premier président sortant à être réélu depuis Jacques Chirac il y a 20 ans. Avec l’arrivée d’Olaf Scholz au poste de chancelier en Allemagne et de Mario Draghi à la tête de l’Italie, les trois plus grandes économies d’Europe pourraient être dirigées par des partisans d’une intégration plus étroite de l’UE, désireux de renforcer le poids économique de l’Union.

Si Macron devait être battu par Le Pen, le paysage politique français et européen prendrait une direction sensiblement différente. Bien qu’elle ait abandonné son opposition à l’Euro, son parti, le Rassemblement national, reste fermement opposé au programme de Macron et entend mettre un frein au libre-échange au sein de l’UE. Quant à Valérie Pécresse, la candidate de la droite qui a émergé dans les sondages ces dernières semaines, elle supposerait plus de continuité avec Macron sur le front économique.

Macron a déjà largement œuvré pour que son approche économique continue à marquer les années à venir. Le dispositif de chômage partiel, créé pendant la crise, a été transformé en un programme à long terme qui offre un soutien financier aux entreprises et à leurs employés, et leur permet de diminuer leur quantité de travail avec le soutien de l’Etat. Le président a présenté un plan baptisé “France 2030” visant à injecter de l’argent public dans des investissements industriels à haut risque. Et les politiques fiscales pro-business sont à nouveau à l’ordre du jour, de même que la réforme des retraites. 

« Notre responsabilité c’est de continuer à vous offrir l’environnement fiscal, économique, financier, le plus favorable possible à votre développement », a déclaré Le Maire aux chefs d’entreprise lors d’un rassemblement à Paris le 5 janvier. « Et croyez-moi, il reste du travail à faire. Tant mieux, parce que sinon, on s’ennuierait dans les prochaines années. »

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