Publié par Jean-Patrick Grumberg le 20 janvier 2022
Quand ils parlent du coronavirus, les journalistes de France-Soir abandonnent les règles de base de la profession

France-Soir a traduit intégralement, et sans la plus petite vérification, les propos d’un professeur israélien, Ehud Quimron proche de l’extrême gauche Meretz, et militant antivax. J’aime les militants antivax, avec eux la vie est si simple : ils ont raison, tout le monde à tort, fin de la discussion. Si vous n’êtes pas d’accord, c’est que vous êtes vendu à BigPharma.



J’ai honte pour la profession de journaliste. Elle ne fait plus son métier, qu’elle soit de droite ou de gauche, elle n’a plus qu’un seul objectif : influencer les gens, tout faire pour que leurs lecteurs pensent comme eux, au lieu de leur donner des informations honnêtes pour que les gens se fassent une opinion par eux-mêmes, ce que j’ai la modeste prétention de faire.

La lettre traduite par France-Soir est du professeur Quimron.

Qui est-il ? Il est le chef du département de microbiologie et d’immunologie de l’université de Tel-Aviv. Si les journalistes de France-Soir savaient s’informer, ils sauraient que l’université de Tel-Aviv est le centre académique, le nid de la gauche israélienne très hostile au gouvernement Netanyahou et plus généralement hostile au sionisme, aux partis religieux, et à tout ce qui n’est pas de gauche. C’est dans cette université qu’on a interdit de sortir le drapeau israélien pour célébrer l’anniversaire de la création de l’Etat d’Israël, et il n’existe pas un département pour relever l’autre. Cela ne fait pas automatiquement de tous les professeurs de Tel-Aviv U des gauchistes antisionistes, certes, mais c’est souvent un indice, un marqueur, et Quimron ne fait pas exception. Il est proche des idées du parti d’extrême-gauche antisioniste Meretz, je l’ai dit.

Mais on ne doit plus demander aux journalistes d’informer, désormais, juste de dire aux lecteurs ce qu’ils ont envie d’entendre, et rien d’autre.

Il suffit, cependant, d’avoir un peu d’intégrité professionnelle, et tout simplement personnelle, pour tiquer dès les premiers mots du formidable professeur, un maître du déni de réalité.

Voici ce qu’il dit :

Monsieur le ministre de la Santé, il est temps d’admettre votre échec.

…/…

En fin de compte, la vérité finit toujours par éclater. La vérité sur votre politique sanitaire commence à apparaître au grand jour. Lorsque les concepts destructeurs s’effondrent les uns après les autres, il ne reste plus qu’à dire aux experts qui ont supervisé la gestion de la pandémie : nous vous avions prévenus.

Deux ans trop tard, vous réalisez enfin qu’un virus respiratoire ne peut être stoppé et que toute tentative de ce type est vouée à l’échec.

Je m’arrête là.

Pourquoi ?

Pour une raison toute simple : le professeur Quimron, comme tous les idéologues au militantisme aveugle, « ne laissent jamais la vérité se mettre en travers d’une bonne histoire. »

La vérité est que pour donner de la force à son message, Quimron met en cause LE ministre de la Santé. Il met en cause les affreuses décisions depuis deux ans DU ministre de la Santé.

Il va même jusqu’à écrire :

Vous ne l’admettez pas, parce que vous n’avez admis pratiquement aucune erreur au cours des deux dernières années. »

Sauf qu’il y a eu non pas UN ministre mais TROIS ministres de la Santé, depuis deux ans !

  • Yaakov Litzman : du 29 décembre 2019 au 17 mai 2020,
  • Yuli Edelstein : du 17 mai 2020 au 13 juin 2021, et
  • Nitzan Horowitz à partir du 13 juin 2021 (Et Horowitz n’avait AUCUNE implication dans le ministère avant son entrée, vu qu’il était journaliste, puis député de l’opposition)

Franchement, c’est pathétique.

Pas le fait que le professeur critique la voie empruntée par Israël. C’est son droit de critiquer le gouvernement, sa politique sanitaire, et je respecte totalement ce droit, car j’aime bien que les gens disposent d’une totale liberté de parole, et j’aime encore plus qu’il leur soit offert un podium public pour s’exprimer, cela enrichit le débat public. Certes, Quimron ne semble pas être intéressé par la vie réelle, il semble ne voir que les aspects négatifs des choses, et il y en a eu, le sentiment majoritairement négatif de la population israélienne à la politique sanitaire l’atteste.

Mais Quimron parle d’échec de la politique corona, alors que les chiffres lui donnent tort. Pourquoi s’embarrasser des chiffres ?

Quimron relève que le public israélien est mécontent, qu’une majorité n’a pas confiance dans la politique sanitaire du gouvernement. C’et vrai sauf qu’en 2020, quelque 72 % des répondants de droite estimaient que l’État d’Israël gérait efficacement l’épidémie, contre 41 % des électeurs du centre, et 34 % des électeurs de gauche – et devinez où se situe Quimron).. Mais qu’est-ce qui lui permet de penser que le public aurait eu confiance dans SA politique à lui, et que les Israéliens auraient été contents de SA façon de voir ? Rien, strictement rien, mais il ne se pose même pas la question, c’est un fanatique, il est convaincu d’avoir raison.

Non, ce qui est pathétique, c’est que France-Soir est tellement heureux de boire les paroles de ce fanatique, qu’ils ont renoncé à faire leur métier.

Les journalistes en général, et ceux de France-Soir en particulier sont tellement nuls, qu’ils ne savent plus comment s’informer. Vous imaginez ça ? Les journalistes ne savent pas où trouver les informations, et ils sont payés pour vous informer !

Ne pas s’apercevoir qu’il y a eu TROIS ministres de la Santé, alors que Quimron reproche à UN ministre de n’avoir admis aucune erreur, c’est un moment fort dans l’histoire du journalisme.

Sur le fond, Quimron ne fait pas une erreur d’étourderie, une erreur de détail : tout son argumentaire repose sur son mensonge. Il a besoin d’UN ministre pour lui reprocher UNE politique sanitaire criminelle. Avec TROIS ministres, TROIS politiques, ses arguments tombent à l’eau.

Il est impossible de critiquer UNE politique s’il y a TROIS ministres différents, appartenant à DEUX coalitions différentes. Si Quimron disait la vérité, son raisonnement tomberait en lambeaux, chaque ministre ayant mis en place sa propre politique sanitaire. Quimron est-il frustré, jaloux de ne pas avoir été honoré du titre de membre de la commission corona du gouvernement ? Peut-être, je l’ignore, mais l’agressivité de ses propos, sans égard pour la réalité, mérite de poser la question. Quimron est-il un fanatique comme je l’affirme ? Sans aucun doute, puisqu’il prétend que sa solution est la bonne, et que les autres ne valent rien.

Quimron, sur le fond, s’appuie sur l’avis de 60 000 scientifiques et professionnels de la santé. Il y a 15 millions de médecins dans le monde, et 59 millions de professionnels de la santé. Je ne sais pas qui a tort ou raison, vous non plus, mais je sais que les 5 milliards de personnes qui ont été vaccinées ne se sont pas transformées en loups-garous comme ils l’avaient prédit. Et ils ne tombent pas non plus comme des mouches.

Fanatique, vous avez dit fanatique

Je dis que Quimron est un fanatique. C’est ma perception, vous n’êtes pas obligé d’être d’accord avec moi. Je vous explique pourquoi je pense cela.

Quimron peut avoir les meilleurs titres académiques du monde, il n’a aucune expérience de la pandémie de coronavirus, cela doit être rappelé car c’est essentiel. Il affirme qu’il fallait suivre sa vision sanitaire. Que seule SA solution est la bonne. C’est cela, un fanatique : il ne laisse aucune place au doute, aucune place à la nuance, aucune place aux autres options ou opinions – lui seul a raison, tous les autres se trompent. Un fanatique a raison, un fanatique est le seul à avoir raison. Pour un fanatique, tous les autres ont tort. Aucune discussion n’est acceptable. Un fanatique ne nuance pas, ne doute pas, n’accepte jamais l’hypothèse qu’il puisse se tromper, en partie ou totalement. Pour un fanatique, il n’y a qu’une voie, la sienne. Les diplômes, les succès académiques, le talent professionnel, la reconnaissance par les pairs, l’excellence ne font aucunement obstacle au fanatisme, ils peuvent même, comme pour Quimron, renforcer ce fanatisme.

Prenons une hypothèse raisonnable : si Quimron avait fait partie du cabinet corona, aurait-il pris seul les décisions ? Non. Il aurait échangé son point de vue avec celui des autres spécialistes du cabinet, et les recommandations auraient été proposées au gouvernement qui aurait décidé en dernier recours. Vous voyez où je veux en venir. Quimron rejette même cette option. L’idée d’un cabinet réunissant des professionnels, d’une discussion entre eux, d’un échange de vues, d’un débat et d’un consensus final est inacceptable : c’est SA solution ou rien. Fanatique je vous dis.

Que sait-il de sa théorie ? Rien, il n’a pas l’expérience de la politique sanitaire. Et si sa solution avait tourné au carnage ? Qui peut prétendre le contraire ?

La Suède a tenté une politique sanitaire voisine de celle que prône Quimron, aucune restriction. Elle a six fois plus de morts que le pays comparable, la Norvège, presque trois fois plus que le Danemark. C’est ça que voulait Quimron ? Alors qu’Israël a moins de 900 morts par million d’habitants et l’Europe plus de 2000 ? C’est ça l’échec dont il parle ? Ou bien Quimron se contrefiche de la réalité et des chiffres ?

C’est même pire : la Suède a vacciné, Quimron semble ne pas vouloir du vaccin.

Prétendre que SA solution aurait été meilleure que la politique choisie par les différents gouvernements israéliens, c’est affirmer 1) que son hypothèse se serait réalisée à 100%, 2) qu’elle est supérieure aux faits. C’est ça, le fanatisme.

L’argument acceptable aurait été de dire : ma politique sanitaire a eu tel résultat, la politique sanitaire du gouvernement a eu tel résultat, la mienne a donc de meilleurs résultats. Quimron n’a pas mis en pratique sa politique sanitaire, il ne sait pas ce qu’elle aurait produit. Et il affirme qu’elle aurait donné de meilleurs résultats que celle qui a été adoptée. Ah bon ? Et les preuves ? Ah non, pas besoin de preuve, il faut croire.

Mais j’y songe, peut-être que le gouvernement Netanyahou, puis le gouvernement Bennet, avaient de bonnes raisons de ne pas inclure le magnifique professeur dans le cabinet corona ?

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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