Publié par Guy Millière le 22 février 2022

Nul ne peut savoir jusqu’où ira Justin Trudeau dans les violations du droit au Canada, mais il est d’ores et déjà allé très loin.

Il a, vendredi dernier, suspendu les débats au Parlement, débats qui devaient concerner la mise en œuvre de l’Emergencies Act (loi sur les mesures d’urgence), et il a mis en œuvre l’Emergencies Act immédiatement, sans passer par le parlement, ce qui est contraire à la loi et à la Constitution du pays. Ce comportement est sans précédent au Canada. Quand, dans un état de droit, un dirigeant politique viole le droit et la Constitution et s’arroge lui-même les pleins pouvoirs, cela ressemble à un passage à la dictature. La situations ainsi créée ne peut s’achever que de deux façons seulement: ou bien le parlement canadien entérine le comportement de Trudeau et, en ce cas, admet et entérine ce qu’a fait Trudeau et en ce cas, cela signifie que le Canada a changé de régime politique (quand bien même ultérieurement le droit et la Constitution seraient rétablis, le parlement dirait ainsi que droit et Constitution peuvent être abolis au Canada à tout moment et sous n’importe quel prétexte), ou bien le parlement n’entérine pas, fait tomber le gouvernement Trudeau, provoque des élections anticipées auxquelles Trudeau ne pourrait participer, car des poursuites en justice contre lui devraient suivre. Il n’y a aucune autre issue.



L’Emergencies Act a été voté en 1988, mais reprend de manière quasi intégrale le contenu du War Measures Act voté en 1914, et sous son nom de War Mesures Act, la loi n’a été utilisée que trois fois, dans des circonstances particulières: pendant la première guerre mondiale, pendant la deuxième guerre mondiale, et en 1970, quand le groupe terroriste d’extrême gauche Front de  Libération du Québec a enlevé, puis  assassiné le premier ministre du Québec Pierre Laporte, et enlevé aussi un diplomate britannique qui, lui, a eu la vie sauve. Le War Measures Act et l’Emergencies Act prévoient la possibilité pour le premier ministre de disposer des pleins pouvoirs, pour un temps limité, après l’accord du Parlement, mais ne suspendent pas le Bill of Rights canadien voté en 1960, et qui est la copie conforme du Bill of Rights anglais de 1688, ni la Canadian Charter of Rights and Freedoms, qui reprend le contenu du Bill of Rights et l’intègre au Constitution Act de 1982, par lequel le Canada s’est doté d’une Constitution. Or Trudeau viole en ce moment le Bill of Rights canadien, et la Canadian Charter of Rights and Freedoms, en supplément du viol de la Constitution auquel il procède.

Trudeau fait cela, ce doit être souligné, sans que rien ne le justifie. Trudeau a parlé du convoi de la liberté venu à Ottawa comme d’un mouvement terroriste : il n’y a jamais eu de menace terroriste venant d’un seul participant au convoi de la liberté. Il a traité les camionneurs de gens d’”extrême droite”, de nazis, d’antisémites, alors qu’il n’y a rien de tel chez les partisans au convoi de la liberté. Il les a même traités de partisans de Trump, ce qui pour lui est, apparemment, bien pire qu’être d’extrême droite.

Il a pris des mesures extrêmement graves : gel des comptes en banque des camionneurs participants au convoi et de ceux qui sont venus les soutenir, abrogation des assurances et des permis de conduire des camionneurs participants, saisie de leurs camions, menaces de peines de prison à leur égard, et emprisonnements de plusieurs d’entre eux sans passage devant un juge, mise en fourrière des animaux de compagnie des camionneurs emprisonnés, suivie d’euthanasie si personne ne vient chercher les animaux dans un délai de huit jours. Des actions violentes de la police contre des gens non violents ont eu lieu, incluant des passages à tabac et des piétinements de personnes par des chevaux de la police montée. Des journalistes qui faisaient simplement leur travail d’information ont été arrêtés et emprisonnés pendant quelques heures. Des commerçants et des restaurants qui ont vendu de la nourriture aux participants au convoi ont reçu l’ordre de fermer leurs établissements.

Les fonds versés en soutien au convoi sur le site GoFundMe ont été sur demande de Trudeau saisis par GoFundMe, puis devant les protestations, les fonds verses ont été restitués aux donateurs, mais les donateurs canadiens ont vu leurs comptes en banque gelés sur ordre de Trudeau. GoFundMe est une entreprise américaine et n’a pas à obéir aux ordres de Trudeau et a dès lors agi de son propre chef, sans y être obligé (GoFundMe a, en supplément de la saisie des fonds, donné à Trudeau la liste des donateurs canadiens), ce qui constitue un viol de ses statuts, et des plaintes ont été déposées contre l’entreprise aux Etats Unis. Un autre site américain a pris le relais, GiveSendGo, et il a subi des cyberattaques qui l’ont paralysé pendant plusieurs heures.

Le convoi de la liberté au Canada n’a jamais été un mouvement antivaccins, comme des désinformateurs malveillants l’ont dit (pour ce qui me concerne, je n’ai strictement jamais utilisé et je n’utiliserai strictement jamais le mot antivax, car il ne correspond pas, à mes yeux, à une réalité). Il a été, et est, un mouvement contre les passeports sanitaires, né du fait qu’avoir sans cesse à montrer ses papiers est, dans un pays de droit anglais, une atteinte absolue à la présomption d’innocence : dans aucun pays de droit anglais, un policier ne peut demander des papiers à quelqu’un sans avoir la preuve préalable qu’un crime ou un délit a été commis par la personne concernée. Les camionneurs canadiens traversant souvent dans les deux sens la frontière américaine, ils ont été contraints à des formalités qui ont nui à leurs activités, et qui découlaient du passeport sanitaire canadien. Ils ont dû se faire tester à chaque retour au Canada, et ont risqué, en cas de test positif, quatorze jours de quarantaine aux allures d’emprisonnement. Certains ont subi la quarantaine, et elle ressemble vraiment à un emprisonnement (un journaliste canadien m’a interviewé il y a quelques mois m’a donné une description de la quarantaine canadienne qui ressemble trait pour trait à d’autres témoignages que j’ai pu consulter. Il était sorti du pays et ne voulait pas y retourner). Nombre de camionneurs ont découvert que la police des frontières canadienne avait, par le biais du passeport sanitaire installé sur leur téléphone, accès à toutes leurs données, ce qui constitue une autre atteinte absolue à la présomption d’innocence.

Les camionneurs participants au convoi ont convergé vers Ottawa aux fins d’obtenir une suppression du passeport sanitaire et le respect de leurs droits en tant que citoyens canadiens. Ils se sont assemblés paisiblement, comme le Bill of Rights canadien leur en donne le droit. Ils ont présenté leurs doléances, comme le Bill of Rights canadien leur en donne le droit une fois encore. Un Premier Ministre canadien digne de ce nom aurait écouté leurs doléances et leur aurait donné gain de cause dès lors que ce qu’ils demandaient était simplement le respect de leurs droits et des droits de tous les Canadiens.

Justin Trudeau a ignoré leurs doléances, les a insultés, a maintenu les passeports sanitaires (qui sont contraires au droit canadien), puis est passé au viol de la Constitution, du Bill of Rights canadien et de la Canadian Charter of Rights and Freedoms.

Le Parlement canadien a tranché. La Chambre des communes a entériné ce qu’a fait Trudeau, ce qui est logique (les Libéraux, dont Trudeau est le chef, le soutiendront jusqu’au bout, ils sont la gauche dans toute son horreur, le Bloc Québécois est de gauche, comme la majorité des Québécois, le Nouveau Parti démocratique est très nettement de gauche, et les Verts sont plus à gauche encore, et c’est un fait désormais, les Conservateurs sont minoritaires au Canada). Le Sénat ira sans doute dans le même sens que la Chambre des communes. Des députes de gauche ont dit leur réticence face à ce que fait Trudeau, mais ont ajouté qu’ils n’allaient tout de même pas provoquer des élections anticipées… Le Canada est en chemin vers ce qui pourrait devenir peu à peu la République Populaire du Canada. Justin Trudeau étant un admirateur de la République Populaire de Chine et de Fidel Castro, ce serait logique. On peut être inquiet, dès lors que Chrystia Freeland, vice-premier ministre a déclaré que l’application de l’Emergencies Act va durer, et ajouté que toutes les transactions bancaires resteront sous surveillance du gouvernement. Le maire d’Ottawa, enhardi par les décisions de Trudeau, prévoit de revendre les camions saisis et de faire encaisser l’argent par la ville. Le chef de la police, enhardi lui aussi, dit, lui, que ceux qui ont participé au convoi, ou qui sont venus le soutenir, seront poursuivis, même s’ils sont rentrés calmement chez eux, et seront traqués pendant des mois.

Mon ami David Horowitz a écrit qu’au sein de toute personne de gauche, il y a un totalitaire qui ne demande qu’à montrer ce qu’il est. Justin Trudeau est un homme de gauche. Il montre ce qu’il est.  Et d’autres le suivent au Canada.

L’utilisation politique de la pandémie a suscité de multiples glissements vers une dérive autoritaire et vers des viols graves du droit dans l’ensemble du monde occidental, et vers des pratiques de type totalitaire. Je n’ai jamais cessé de penser, depuis le premier jour, que des engrenages inquiétants avaient été enclenchés, qui ne s’arrêteront pas aisément.

 Ronald Reagan a dit plusieurs fois que nous étions toujours à faible distance temporelle de l’abolition de la liberté, et que veiller de manière intransigeante sur le respect de celle-ci était un impératif essentiel. Nous sommes dans un moment où veiller de manière intransigeante sur le respect de la liberté est plus que jamais un impératif essentiel. Comme l’a écrit Friedrich Hayek dans La route de la servitude, les libertés ne se perdent pas toutes à la fois, et accepter l’abolition de temporaire de quelques libertés est accepter des empiètements sur la liberté.

Ce qui se passe au Canada est extrêmement grave. Ce qui s’est passé en Australie et en Nouvelle Zélande est tout aussi grave. Ce qui s’est passé et se passe encore dans plusieurs pays d’Europe, et en particulier en France, est très grave. Un grand projet totalitaire soft est à l’œuvre et peut prendre des dimensions hard. La pandémie peut prendre fin. Son utilisation politique a fait partie du projet, et le projet lui se poursuit.

Une phrase encore, de Thomas Jefferson: “Le prix de la liberté est l’éternelle vigilance”.   La vigilance est faible en ce moment.

Les médias européens ont à peine parlé de ce dont je traite ici. C’est très inquiétant.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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