Publié par Jean-Patrick Grumberg le 27 mars 2022
Qui a fait capoter les accords russo-ukrainiens de Minsk, et pourquoi ?

Avant d’analyser les accords de Minsk de 2014 et 2015, qui font l’objet de cet article, laissez-moi vous rappeler ce que prévoyait le Mémorandum de Budapest signé en 1994.

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Le mémorandum de Budapest est un accord historique important, qui a été signé par la Russie, le Royaume-Uni et les États-Unis en raison du fait qu’en 1991, lorsque l’Ukraine s’est séparée de l’URSS, elle s’est retrouvée avec un stock d’armement nucléaire important sur son territoire, ce qui a fait tousser les grandes puissances. Le mémorandum apportait à l’Ukraine la sécurité que ni les États-Unis ni la Russie ne l’envahirait, en échange de l’abandon par le pays de son arsenal nucléaire. Vous abandonnez l’arme nucléaire, et en échange, nous nous engageons à ne pas vous envahir. Dois-je préciser que l’Ukraine a respecté son engagement, et que la Russie s’est empressée de le violer ?

Les Accords de Minsk, I et II, c’est une autre histoire : la Russie et l’Ukraine les ont violés. Enfin, c’est vrai pour Minsk I, et c’est un peu plus compliqué que ça pour Minsk II. Mais ceux qui affirment que l’Ukraine n’a aujourd’hui que ce qu’elle mérite car elle n’a pas respecté sa parole, je leur recommande de ne pas lire cet article – je ne voudrais pas contrarier leur besoin de confirmer leur biais.

Minsk I

L’accord de Minsk, du nom de la capitale du Bélarus, est l’accord par lequel le conflit qui a suivi l’invasion réussie de la Crimée par la Russie en 2014 s’est arrêté.

L’Ukraine et les séparatistes soutenus par la Russie ont conclu un accord de cessez-le-feu en 12 points en septembre 2014.

Ses dispositions comprenaient des échanges de prisonniers, des livraisons d’aide humanitaire et le retrait des armes lourdes.

Cependant, la première clause de Minsk I prévoyait un cessez-le-feu immédiat sous la surveillance de l’OSCE. Mais les combats ont continué – et se sont rapidement intensifiés.

L’accord s’est rapidement effondré, avec des violations par les deux parties, toutes les sources crédibles que j’ai consulté s’entendent sur ce point.

Un autre accord lui succéda, Minsk II, en 2015, et là, les sources divergent, la plupart sont incomplètes et ne rapportent pas la totalité des événements.

Faisons le point.

Minsk II

Les représentants de la Russie, de l’Ukraine, de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) et les dirigeants des régions tenues par les séparatistes, Donetsk et Louhansk, ont signé un accord en 13 points en février 2015.

Le président français François Hollande – ce n’était pas un cheval de course celui-là – et les dirigeants de l’Allemagne, de la Russie et de l’Ukraine se sont réunis à Minsk pour marquer l’occasion et ont publié une déclaration de soutien.

Les 13 points de l’accord étaient les suivants :

  1. Un cessez-le-feu immédiat et complet.
  2. Retrait des armes lourdes par les deux parties.
  3. Surveillance par l’OSCE.
  4. Dialogue sur l’autonomie provisoire de Donetsk et de Louhansk, conformément à la loi ukrainienne, et reconnaissance du statut spécial par le Parlement.
  5. Pardon, amnistie pour les combattants.
  6. Échange d’otages, de prisonniers.
  7. Assistance humanitaire.
  8. Reprise des liens socio-économiques, y compris les pensions.
  9. L’Ukraine rétablit le contrôle de sa frontière.
  10. Retrait des formations armées étrangères, des équipements militaires, des mercenaires.
  11. Réforme constitutionnelle en Ukraine, y compris la décentralisation, avec mention spécifique de Donetsk et Luhansk.
  12. Élections à Donetsk et Luhansk.
  13. Intensification des travaux du groupe de contact trilatéral comprenant des représentants de la Russie, de l’Ukraine et de l’OSCE.

Pourquoi cet accord de 2015 n’a-t-il pas non plus réussi à mettre fin aux combats dans l’est de l’Ukraine ?

L’accord de Minsk II prévoyait des mesures militaires et politiques qui n’ont pas été mises en œuvre.

L’un des principaux blocages a été l’insistance de la Russie sur le fait qu’elle n’était pas partie au conflit et n’était donc pas liée par la totalité de ses termes. La faute revient à la fois à la stupidité de la diplomatie européenne, et de la duplicité de Moscou.

En effet, la France et l’Allemagne étaient tellement désireuses de mettre fin au conflit, qu’elles ont rédigé à la hâte un accord mal écrit, mal pensé, mal rédigé : songez-donc, le mot Russie a été omis !

L’un des deux blocs concerné par le contrat n’y est pas mentionnée une seule fois – vous croyez ça ?! La Russie était signataire de l’accord, mais le mot « Russie » n’apparaît nulle part dans le texte. C’est ce qui a permis au Kremlin de déclarer qu’il n’est pas partie prenante au contrat, qu’il n’est qu’un observateur parmi d’autres, et a laissé l’Ukraine face à des rebelles que la Russie a déclaré ne pas connaître, forcée d’appliquer sa part de l’accord sans que personne en face n’ait à faire quoi que ce soit.

  • D’un côté, les régions (Donetsk et Luhansk) ont fait valoir qu’il n’y avait pas eu d’élections, malgré ce que disait l’accord de Minsk. C’était vrai.
  • De l’autre, l’Ukraine justifia l’absence d’élections par le fait que les armes lourdes n’avaient toujours pas été retirées d’Ukraine par la Russie. C’était vrai. Mais la Russie déclara que les armes, ce n’était pas à elle de les retirer.

La raison invoquée par la Russie, qui ne niait pas que les armes lourdes étaient toujours présentes, contrairement à l’accord signé par elle, est vraiment un modèle de ruse diplomatique, un moment fort de machiavélisme :

La Russie a déclaré qu’elle n’a jamais accepté de soutenir les forces rebelles présentes en Ukraine, qu’elle ne leur a jamais fourni des armes, et que par conséquent, elle n’était pas liée par leur engagement de supprimer ces armes, et n’était pas concernée par le non-retrait de l’armement lourd des régions de l’Est. De plus, n’étant pas mentionnée dans l’accord, elle n’avait rien à respecter.

Et ce n’est pas tout… la partie était parfaitement jouée, en deux temps.

L’ « équivoque de Minsk II »

La Russie et l’Ukraine ont eu de cet accord une vision et une interprétation différente.

  • L’Ukraine a considéré l’accord de 2015 comme un instrument permettant de rétablir le contrôle sur les territoires rebelles.

    Elle souhaitait un cessez-le-feu, voulait reprendre le contrôle de la frontière russo-ukrainienne, acceptait des élections dans le Donbas, et une dévolution limitée du pouvoir aux séparatistes. Mais, et c’est l’essentiel du problème : dans cet ordre.
  • La Russie considérait elle que l’accord obligeait l’Ukraine à accorder aux autorités rebelles du Donbas une autonomie complète et une représentation au sein du gouvernement central, donnant ainsi à Moscou le pouvoir d’opposer son veto aux choix de politique étrangère de Kiev.

    Ce n’est qu’à cette condition que la Russie rendrait à Kiev le contrôle de la frontière entre la Russie et l’Ukraine. La vision de la chronologie des événements n’était pas la même.

Conclusion

Comment ont-ils pu faire signer un accord entre la Russie et l’Ukraine sans que la Russie n’ait la moindre obligation ? Il faut chercher dans la mollesse du président François Hollande, un pur socialiste nostalgique de l’URSS, et la décision d’Angela Merkel d’obtenir du gaz russe par son pipeline Nord Stream 2, signé en 2011, pour comprendre qu’elle n’aurait jamais osé contrarier Poutine en lui demandant de signer un accord contraignant.

Depuis plus de sept ans maintenant, l’accord de Minsk reste inappliqué.

L’affirmation de la Russie selon laquelle elle n’est pas partie au conflit et n’est donc pas liée par ses termes a constitué un obstacle majeur. Mais si vous analysez cette histoire, vous vous apercevez du vice. En tous cas, mes origines russes m’ont aidé : il m’a sauté aux yeux.

  • Soit la Russie, bien qu’elle n’est pas citée, est partie prenante à Minsk II, n’a pas respecté son engagement de retrait des armes lourdes, ce qui justifie l’Ukraine dans son refus de conduire des élections dans les régions rebelles, et c’est la Russie, et non l’Ukraine, qui a violé les accords,
  • Soit la Russie, qui n’est pas citée, n’est pas partie prenante à Minsk II, et est un observateur parmi d’autres. Mais dans ce cas, personne ne peut légitimer l’invasion d’un pays par la Russie au prétexte que ce dernier a violé Minsk II.

Que reste-t-il aux poutinistes qui se limitent à l’argument Minsk ? Leurs yeux pour pleurer, et leur envie de me faire taire, comme les gauchistes de Libération et du Monde, parce que je dérange : je creuse mes dossiers.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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