Publié par Jean-Patrick Grumberg le 5 avril 2022

Contrairement à certaines affirmations de Moscou, plusieurs images analysées par le « New York Times » démontrent la présence de cadavres de civils tandis que la ville était encore aux mains de l’armée russe

Des vues aériennes sur lesquelles on distinguse des corps gisant sur le sol. Analysées par le New York Times, des images de Boutcha, à la périphérie de Kiev, ont démontré lundi la présence de corps laissés sans vie tandis que la ville était encore contrôlée par l’armée russe.

Le président ukrainien Volodymyr Zelensky a accusé, dimanche, les dirigeants russes de « meurtres » et de « torture » après la macabre découverte de centaines de corps, mains liées, dans des fosses communes. Les charges ont aussitôt été niées par le Kremlin qui a appelé à une réunion d’urgence au Conseil de sécurité de l’ONU au sujet des « provocations haineuses des radicaux ukrainiens ».



Arguments russes remis en cause

En niant toute implication, les autorités russes ont rappelé que les militaires avaient quitté Boutcha le 30 mars, suggérant que les cadavres retrouvés auraient pu être placés dans la rue après le départ des troupes. « Le 31 mars, le maire de Boutcha, Anatoliy Fedoruk, a confirmé […] qu’il n’y avait pas de militaires russes dans la ville, mais il n’a pas mentionné de locaux abattus dans les rues avec les mains liées. Il n’est donc pas surprenant que toutes les soi-disant « preuves de crimes » à Boutcha n’aient pas émergé avant le quatrième jour, lorsque le Service de sécurité de l’Ukraine et les représentants des médias ukrainiens sont arrivés dans la ville », a asséné le ministère des Affaires étrangères russe dans un message diffusé sur Telegram.

Des informations remises en question par un examen de vidéos et images satellite. « Une analyse réalisée par le Times montre que de nombreux civils ont été tués il y a plus de trois semaines, lorsque l’armée russe contrôlait la ville », souligne le média américain.

En comparant une vidéo filmée par un membre du conseil municipal de la ville aux images fournies par la société Maxar Technologies, plusieurs journalistes de la « Visual Investigations team » du média ont établi que certains des corps éparpillés le long d’une rue à Boutcha, l’étaient depuis le 11 mars, date à laquelle l’armée russe occupait encore la ville.

« Pour confirmer quand les corps sont apparus et quand les civils ont probablement été tués, l’équipe des enquêtes visuelles du Times a effectué une analyse avant et après des images satellite. Les images montrent des objets sombres de taille similaire à un corps humain apparaissant dans la rue Yablonska entre le 9 et le 11 mars », détaille le quotidien avant de préciser que les causes de décès ne sont pas claires. « Certains des corps se trouvaient à côté de ce qui semble être un cratère d’impact. D’autres se trouvaient à proximité de voitures abandonnées […] Certains ont les mains liées derrière le dos avec du tissu blanc. »

Crimes de guerre

Lundi, le président ukrainien Volodomyr Zelensky a passé une demi-heure dans la ville, près de Kiev, où il a accusé les forces russes d’avoir commis des « crimes de guerre ». Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont, quant à eux, réclamé la « suspension » de la Russie du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU. « Nous ne pouvons pas laisser un Etat membre qui est en train de saper tous les principes qui nous tiennent à cœur participer au Conseil des droits de l’Homme de l’ONU », a tweeté l’ambassadrice des Etats-Unis auprès des Nations unies, Linda Thomas-Greenfield.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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