Publié par Jean-Patrick Grumberg le 18 avril 2022
Les néo-nazis d’Ukraine

Lorsque j’ai décidé de parler des nazis d’Ukraine, après avoir découvert – à ma grande surprise – que la Russie compte plus de nazis que toute la planète réunie, je pensais que le sujet serait simple. Comme je me trompais ! Bien entendu, le sujet ne s’arrête pas au bataillon Azov, ce groupuscule de 900 personnes (!) dont tout le monde parle.

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J’utilise indistinctement dans cet article tantôt l’expression nazi, tantôt néo-nazi : la police de la pensée prétend dicter quels mots nous sommes autorisés à employer, c’est donc le moment parfait pour les envoyer dans les cordes.

Nazis ou nazis ?

Pour vous mettre dans le bain, laissez-moi vous dire qu’il n’est pas simple de parler de nazis, concernant la Russie ou l’Ukraine, voici pourquoi : le mot n’a pas le même sens pour eux que pour nous. Aux Etats-Unis et en France, il fait référence à Hitler, à la Shoah, à l’extermination des juifs. Chez eux, il veut dire « nationalisme » – la première partie de l’abréviation.

Aussi, lorsque Vladimir Poutine accuse les pays voisins d’être des nazis – il n’a pas commencé avec l’Ukraine, je vous rassure – ce qu’il leur reproche est d’être nationalistes et pas russophiles, de vouloir leur nation à eux, et pas de retourner à la russe mère patrie.

La distinction est essentielle, ce n’est pas couper les cheveux en quatre, puisque si, dans la compréhension régionale, nazi s’entend comme nationaliste, alors cela éclaire sous un angle différent l’apparente contradiction d’un président et d’un Premier ministre juifs, dans une Ukraine nazifiée : si les nazis ont, comme certains l’avancent, une influence importante dans le gouvernement ukrainien et qu’ils acceptent un président juif, c’est parce qu’ils ne se voient pas comme les enfants d’Hitler, mais comme des patriotes. Simple hypothèse à ce stade, mais elle fait sens, l’inverse étant inexplicable.

Un journaliste juif polonais démissionne après avoir exigé une description différente de la milice ukrainienne « néo-nazie »

L’un des journalistes les plus en vue de Pologne, Konstanty Gebert, a déclaré qu’il quittait le journal de référence du pays – l’équivalent du Monde en France, du Guardian au Royaume-Uni, et du New-York Times aux Etats-Unis – après que celui-ci lui ait demandé de qualifier le bataillon Azov d’Ukraine d' »extrême droite » au lieu de « néo-nazi ».

La milice Azov, un minuscule sous-ensemble de soldats au sein de l’armée ukrainienne, arbore pourtant souvent l’imagerie nazie sur ses vêtements et ses drapeaux.

M. Gebert, qui est juif, a annoncé sa démission jeudi dans sa chronique hebdomadaire du Gazeta Wyborca, une publication de gauche, qui pousse des idées de gauche au lieu d’une information neutre et fiable, comme tous les médias de référence.

Le bataillon Azov

Je vous dois une information fiable, sur laquelle vous puissiez compter, dont vous pouvez être sûr de sa réalité, sur la vraie nature du bataillon Azov.

En pleine période de propagande aiguë, ce n’est pas chose facile. Pour éviter le piège, j’ai limité mes recherches à la période allant des années 2000 à 2020 – avant le conflit donc. Et même là, il m’a fallu croiser des dizaines de sources pour atteindre la vérité.

La voilà.

  • En 2022, le régiment est estimé à 900 membres (3). Combien d’entre eux sont des nazis ? En mars 2015, Andriy Diachenko, un porte-parole de la Brigade Azov, déclarait à USA Today que 10 à 20 % des membres du groupe étaient des nazis (4).
  • En 2014, lors de la formation du bataillon, le quotidien israélien Maariv annonçait que « le bataillon autoproclamé Azov [était composé] de 500 combattants entraînés, soutenu par le magnat juif de l’énergie et gouverneur de la région de Dnipropetrovsk, Igor Kolomoisky. » (5).
  • L’unité Azov a été initialement formée comme un groupe de volontaires en mai 2014 à partir du gang nationaliste Patriot of Ukraine, et du groupe néo-nazi Social National Assembly (SNA).
  • L’unité a été dirigée par Andriy Biletsky, qui a été le chef des deux groupes Patriot of Ukraine (fondé en 2005).
  • Azov a reçu le soutien du ministre ukrainien de l’Intérieur en 2014, le gouvernement ayant reconnu que sa propre armée était trop faible pour lutter contre les séparatistes pro-russes et qu’elle s’appuyait sur des forces paramilitaires volontaires.
Igor Kolomoisky

  • Ces forces étaient financées à titre privé par des oligarques – le plus connu étant Igor Kolomoisky, milliardaire juif et magnat de l’énergie, et alors gouverneur de la région de Dnipropetrovska. Vous noterez, comme pour la problématique Zelensky, que si un juif a financé la brigade Azov, c’est parce qu’il a du concept de nazi la compréhension slave : nationalisme, et non extermination des juifs.

    Outre Azov, Kolomoisky a financé d’autres bataillons de volontaires tels que les unités Dnipro 1 et Dnipro 2, Aidar et Donbas.
  • L’uniforme du bataillon Azov porte le symbole néo-nazi Wolfsangel, qui ressemble à une croix gammée noire sur fond jaune. Le groupe a déclaré qu’il s’agissait simplement d’un amalgame des lettres « N » et « I » qui représentent « l’idée nationale ». Franchement, la pilule est un peu grosse.
  • En novembre 2014, le grand rabbin d’Ukraine, Yaakov Bleich, a condamné la nomination par Avakov du commandant adjoint du bataillon Azov, Vadym Troyan, au poste de chef de la police de l’Oblast de Kiev, et a exigé que « si le ministre de l’Intérieur continue à nommer des personnes à la réputation douteuse et aux idéologies entachées de fascisme et d’extrémisme de droite, le ministre de l’Intérieur devrait être remplacé ».

Réactions à la création d’un « bataillon nazi »

  • En juin 2015, le Canada et les États-Unis ont annoncé que leurs propres forces ne soutiendraient ni n’entraîneraient le régiment Azov, citant ses liens néonazis.
  • L’année suivante, cependant, les États-Unis de Barack Obama levaient cette interdiction sous la pression du Pentagone.
  • En 2018, sous la présidence Trump donc, une disposition de la Consolidated Appropriations Act, adoptée par le Congrès, a bloqué l’aide militaire à Azov en raison de son idéologie suprémaciste blanche. Le président Trump a signé cette résolution, qui est devenue une loi (6).
  • En octobre 2019, 40 membres du Congrès américain, menés par le représentant Max Rose, ont signé une lettre demandant au département d’État américain de désigner Azov comme une « organisation terroriste étrangère » (FTO). La demande, basée sur des informations trompeuses (7), fut rejetée.

Les tortillements de Facebook

Facebook est un des trois organes, avec Google et Twitter, les plus extrémistes et totalitaires en matière de censure. Et bien entendu, ils ne censurent pas la gauche, c’est leur camp.

  • En 2016, Facebook a désigné le régiment d’Azov comme une « organisation dangereuse ».
  • Azov a ensuite été totalement banni en 2019. Le groupe a été placé sous la désignation de niveau 1 de Facebook, avec le Ku Klux Klan et l’Etat islamique. Les utilisateurs qui faisaient l’éloge et soutenaient Azov étaient également bannis.
  • Et le 24 février 2022, le jour où la Russie a envahi l’Ukraine, Facebook est revenu sur son interdiction. Depuis, il est permis de faire les louanges d’Azov sur Facebook.

« Pour le moment, nous faisons une exception étroite pour les éloges du régiment Azov strictement dans le contexte de la défense de l’Ukraine, ou dans leur rôle en tant que partie de la garde nationale ukrainienne », a déclaré un porte-parole de Meta à Business Insider.

« Mais nous continuons à interdire tous les discours de haine, les symboles de haine, les éloges de la violence, les éloges génériques, le soutien ou la représentation du régiment d’Azov, ainsi que tout autre contenu qui viole nos normes communautaires », a-t-il ajouté.

Ce revirement illustre bien à mes yeux la complexité du sujet, même venant de ce destructeur de la liberté d’expression qu’est Facebook.

« Ce sera un immense casse-tête pour les modérateurs de Facebook », a déclaré The Intercept.

« Si les utilisateurs de Facebook peuvent désormais faire l’éloge de toute action future des soldats d’Azov sur le champ de bataille contre la Russie, la nouvelle politique note que ‘toute louange de la violence’ commise par le groupe est toujours interdite ; on ne sait pas très bien quel type de guerre non violente l’entreprise anticipe », écrit The Intercept.

Azov dans les médias

1 Extrait, tiré d’un article du Guardian (1) d’il y a quatre ans. The Guardian est un média de gauche qu’on ne pourra pas soupçonner de bienveillance envers l’extrême droite. Le titre de l’article dit : « Milice nationale ukrainienne : ‘Nous ne sommes pas des néonazis, nous voulons juste améliorer notre pays' ».

Un groupe ultranationaliste ayant des liens avec le néonazisme affirme avoir été poussé à l’action par une police « impuissante ».

« Lorsque les autorités sont impuissantes et ne peuvent pas résoudre des problèmes d’importance vitale pour la société, les gens simples et ordinaires sont alors obligés de prendre leurs responsabilités », a déclaré Andriy Biletsky, un député ultranationaliste qui dirige le parti National Corpus, aux médias ukrainiens.

« Nous sommes inquiets de la montée du nationalisme en Ukraine et de la réticence apparente du gouvernement à le maîtriser. Les donateurs internationaux et les partisans de l’Ukraine devraient être très inquiets », a déclaré Tanya Cooper, chercheuse sur l’Ukraine pour Human Rights Watch, [JPG HRW est un organisme qui penche à gauche, et dont les positions violemment anti-israéliennes suscitent la méfiance dans l’honnête indépendance de l’organisation, ce qui ne veut pas dire qu’elle ment toujours et sur tout, évidemment, mais vous notez que ce qui inquiète cet organisme mondialiste, c’est « la montée du nationalisme », qui fait obstacle à l’idéologie « frontières ouvertes »].

Les responsables de la Milice nationale affirment que ces inquiétudes sont injustifiées. « Si le monde s’inquiète de la menace du néonazisme ukrainien, je peux vous assurer que nous ne sommes pas des néonazis ; nous sommes simplement des gens qui veulent changer notre pays pour le mieux », a déclaré Ihor Vdovin, un porte-parole de la Milice nationale. « Nous ne voulons pas établir une sorte d’ordre blanc ».

Vdovin a toutefois déclaré qu’il ne pouvait pas répondre pour les membres de la milice qui épousent les vues suprématistes blanches ou néonazies. [JPG ce point est important. Des néo-nazis, il y en a au RN, et bien que les médias adorent faire l’amalgame, il n’est pas raisonnable d’en déduire que Marine Le Pen répond des membres qui épousent en secret les vues néo-nazies. En revanche, elle a exclu ceux qui affichaient publiquement ce penchant]

Azov et National Corpus ont été liés à Arsen Avakov, le ministre ukrainien de l’Intérieur qui est considéré comme un successeur possible de Petro Porochenko, le président ukrainien impopulaire. Avakov a mis fin aux spéculations selon lesquelles la Milice nationale serait sa propre armée privée, affirmant qu’il ne permettrait pas à des « structures parallèles » de contester l’autorité de la police.

Vyacheslav Likhachev, chef du Groupe de surveillance des droits des minorités nationales, a suggéré que les activités de la milice visaient à faire en sorte que le Corpus national se distingue des partis ultranationalistes rivaux avant les élections parlementaires de l’année prochaine. « Ils essaient de prouver qu’ils ont plus de militants purs et durs qu’ils peuvent mobiliser dans la rue ».

un ancien hôtel de trois étages, dont la porte d’entrée en métal épais est ornée d’un symbole dont les occupants continuent de nier qu’il s’agit de celui utilisé par plusieurs divisions de la Waffen SS

2 Haaretz, quotidien israélien d’extrême gauche, dans un article du 23 février 2019, écrit sous la plume du journaliste Michael Colborne (2) : « Le mouvement Azov insiste sur le fait qu’il n’est pas néo-nazi, mais ses membres ont été filmés en train de faire le salut hitlérien et d’être virulemment antisémites. Un voyage au centre social du groupe à Kiev révèle son cœur des ténèbres. »

Vous pouvez les trouver juste à côté de Maidan Nezalezhnosti, la place principale de la ville. Il s’agit d’un ancien hôtel de trois étages, dont la porte d’entrée en métal épais est ornée d’un symbole dont les occupants continuent de nier qu’il s’agit de celui utilisé par plusieurs divisions de la Waffen SS et par le groupe terroriste suprématiste américain Aryan Nations (le Wolfsangel).

Il s’agit de la Cossack House, un centre social du mouvement d’extrême droite Azov en Ukraine.

C’est ici que Haaretz a entendu les membres du mouvement parler directement de ce qu’ils font, et de la façon dont ils aiment – et n’aiment pas – qu’on parle d’eux.

Olena Semenyaka (2ème en partant de la gauche) tient un
drapeau à croix gammée pendant qu’elle fait le salut hitlérien
Capture d’écran varisverkosto.com

Haaretz poursuit :

« Nous avons toujours été mécontents de la façon dont les médias occidentaux représentent notre mouvement », explique à Haaretz Olena Semenyaka, secrétaire internationale d’Azov. « Ils nous étiquettent comme étant d’extrême-droite, parfois comme un mouvement néo-nazi », dit-elle. « Bien sûr, c’est une idée fausse. Nous sommes de nouveaux nationalistes ».

Mais ces « nouveaux nationalistes » semblent agir terriblement comme les anciens. Ils continuent à nouer des liens internationaux avec des antisémites ouverts et des sympathisants nazis. Ils promeuvent et encouragent les œuvres de figures nazies virulemment antisémites. Ils font des saluts hitlériens et des chants « Sieg Heil » derrière des portes closes. Certains membres pensent même que certains Juifs ne seraient pas autorisés à rester en Ukraine si jamais ils prenaient le pouvoir.

3 The Daily Beast, le 15 novembre 2019, écrit (8) : « En 2014, presque tous ceux qui voulaient combattre les Russes en Ukraine étaient plus que bienvenus. Mais aujourd’hui, un bataillon de volontaires est accusé de terrorisme suprématiste blanc. »

Lorsque le secrétaire d’État adjoint George Kent a pris la parole lors des audiences de mise en accusation de la Chambre des représentants des États-Unis cette semaine, il a dressé un tableau puissant de la bravoure ukrainienne face à l’agression russe.

En 2014, lorsque « la Russie a envahi l’Ukraine » et occupé 7 % de son territoire, les institutions étatiques ukrainiennes étaient « au bord de l’effondrement », a-t-il déclaré. Mais « la société civile ukrainienne a relevé le défi. Elle a formé des bataillons de citoyens volontaires, notamment des professionnels de la technologie et des médecins. Ils ont financé leurs propres armes, leurs gilets pare-balles et leurs fournitures grâce à des fonds publics. Ils ont été l’équivalent ukrainien du 21e siècle de nos propres Minutemen en 1776, gagnant du temps pour que l’armée régulière se reconstitue. »

…/…

Les manifestations de colère qui ont eu lieu ici [NDLR en 2019 au Congrès américain] au sujet des efforts du Congrès pour qu’Azov soit déclaré « FTO » [organisation terroriste étrangère] montrent à quel point le paysage politique et militaire est devenu compliqué et traître dans cette nation [l’Ukraine] qui lutte pour sa survie.

La lettre du Congrès adressée au secrétaire d’État Mike Pompeo, sous l’impulsion du représentant Max Rose (D-NY), dépeint Azov comme faisant partie d’un « réseau terroriste mondial » d’extrême droite, analogue à Al-Qaïda ou au soi-disant État islamique, mais qui s’en prend aux musulmans, aux juifs et aux personnes de couleur.

…/…

À bien des égards, Oleksandr Konibor, un admirateur autoproclamé des mouvements d’extrême droite en Europe, est typique des Ukrainiens qui ont répondu à l’appel à se battre pour leur pays en rejoignant le bataillon Azov en 2014.

« C’était une période tragique pour notre pays et, d’une certaine manière, une période merveilleuse pour nous », a déclaré Konibor, un enseignant de 34 ans. « C’est sûr, certains membres d’Azov portaient des croix gammées sur leurs uniformes, et un patch associé à l’unité ressemble à une variation des symboles nazis. D’autres membres étaient des païens marginaux, d’anciens détenus, des chômeurs ou de simples amateurs d’aventure. »

À l’époque des premiers « Minuteman », personne n’était très regardant sur ceux qui prenaient une arme pour combattre les Russes. Les Azov ont combattu côte à côte avec une unité de combattants islamistes tchétchènes, qui avaient leurs propres raisons de venir au front. Ce qui les unissait, en fait, n’était pas tant l’idéologie d’extrême droite que la volonté d’aller dans les tranchées.

Konibor a déclaré qu’il ne s’était pas engagé pour des raisons idéologiques mais pour défendre son pays, et parce qu’il aimait passer du temps avec les hommes des clubs de football auxquels il appartenait.

https://www.thedailybeast.com/ukraines-anti-russia-azov-battalion-minutemen-or-neo-nazi-terrorists

4 Dans un article du Jerusalem Post du 8 janvier 2016, le Centre Wiesenthal demandait au maire de Nantes d’empêcher un rassemblement « néo-nazi » du bataillon Azov.

Le Centre Wiesenthal a demandé au maire de Nantes, Johanna Roland, d’empêcher le rassemblement du Régiment Azoz d’Ukraine (anciennement connu sous le nom de Bataillon Azov) prévu le 16 janvier.

Selon le Dr Shimon Samuels, directeur des relations internationales du centre, le groupe Azov prévoit de tenir une réunion de recrutement dans un lieu inconnu de la ville de l’ouest de la France. Un membre haut placé d’Azov, probablement un officier, devrait participer à cette réunion organisée par des militants d’extrême droite français non identifiés.

Samuels a déclaré que le groupe Azov est « de caractère néo-nazi ».

Il a ajouté : « Nous sommes troublés par les rapports faisant état d’une influence néo-nazie parmi les recrues d’Azov.

Des activistes du bataillon Azov sont vus dans des clips vidéo sur YouTube brandissant le drapeau nazi. Certains sont tatoués avec des symboles nazis », a déclaré Samuels. « Le fait que la réunion ait été tenue secrète soulève des questions », a ajouté Samuels.

« Nous pensons que le groupe Azov est en contact avec certains militants français d’extrême droite. Il ne s’agit probablement pas de membres centraux du Front national, le parti d’extrême droite français de Marine Le Pen. Il s’agit plus probablement d’extrémistes qui ont le sentiment de ne plus faire partie du parti tel qu’il est aujourd’hui. Il est devenu ‘trop modéré’ pour eux, sans place pour leur idéologie. Ils cultivent donc des liens avec toutes sortes de groupes en Europe ; Azov en fait partie. »

Le même article du Jerusalem Post ajoute :

Le chercheur israélien Vyacheslav Likhachev, chef du Groupe de surveillance des droits des minorités nationales (qui surveille les crimes haineux et la xénophobie en Russie, en Ukraine et en Moldavie), a déclaré au Post que catégoriser le Bataillon Azov simplement comme un groupe néonazi serait inexact.

« Le bataillon lui-même, qui s’est transformé en un régiment complet, a été fondé par des volontaires nationalistes de Kiev au début de l’agression russe contre l’Ukraine. À l’époque, plusieurs de ses membres étaient effectivement des militants de la droite radicale, certains ayant un passé néonazi, d’autres ayant simplement un passé criminel. Les dirigeants et les commandants d’Azov ont fait des déclarations et des discours truffés d’expressions antisémites et xénophobes.

Mais au cours des deux dernières années [l’article date de 2016 NDLR], nombre d’entre eux ont nié avoir fait ces déclarations. C’est le cas de l’un des fondateurs du bataillon, Andriy Biletsky, qui est aujourd’hui membre du parlement ukrainien.

Le bataillon Azov est devenu une unité spéciale officielle de la police, sous l’autorité du ministère de l’Intérieur. En tant que tel, il ne prône aucune idéologie, si ce n’est l’indépendance de l’Ukraine », a encore dit M. Likhachev.

« Cela dit, le groupe utilise toujours des symboles nazis comme emblèmes de l’unité et dans ses rassemblements. De même, les groupes de soutien civils qui aident l’unité Azov ont été impliqués dans des incidents racistes. »

Olena Semenyaka, Azov, et le mouvement Reconquista

Olena Semenyaka, la « First Lady » du mouvement nationaliste ukrainien, ici à la tête du mouvement « Reconquista-Pan Europa”.

Vous avez vu plus haut Semenyaka faisant le salut nazi en tenant l’infâme drapeau. Le jugement sur ses opinions ne laisse pas de place aux doutes. Mais nous sommes dans le monde slave – j’ai 25 % de sang russe dans le veines, je sais de quoi il en est – et rien n’est simple.

Semenyaka a rejeté les accusations de néonazisme. Elle a expliqué que les photos d’elle et de membres d’Azov – dont elle fait partie – faisant le salut hitlérien et étant photographiés avec des images néonazies ne sont pas ce qu’elles semblent être.

Elle explique que :

« l’utilisation de l’imagerie radicale au début de la guerre de 2014 n’était que du trolling, une riposte à la Russie, en réponse aux messages des organes de propagande russe selon lesquels tous les Ukrainiens et leur gouvernement étaient des nazis ».

Contre la tyrannie de Poutine

Semenyaka est la coordinatrice internationale de la brigade Azov.

Lors d’un manifestation devant les fenêtres de l’ambassade de Russie à Kiev le 25 juillet 2015, elle a évoqué l’unité des Ukrainiens et des Russes, appelant à la poursuite de la coopération entre les deux peuples contre la tyrannie de Poutine.

Il s’agissait d’un rassemblement de solidarité avec les prisonniers politiques russes. L’action était suivie par des volontaires russes combattant aux côtés de l’Ukraine, des émigrés politiques et des militants de Russie, y compris des nationalistes.

Le rassemblement a été ouvert par Olena Semenyaka. Elle a parlé de l’unité des Ukrainiens et des Russes, appelant à la poursuite de la coopération entre les deux peuples contre la tyrannie de Poutine.

Puis Eduard Yurchenko, professeur de philosophie à l’Université nationale des transports de Kiev, a pris la parole. Comme de nombreux intervenants, il a justifié et même salué la composante nationaliste des événements en Ukraine :

Le bâtard tchékiste, qui opprime depuis 1917 des dizaines de peuples d’Europe et d’Eurasie, s’est installé au Kremlin et mène aujourd’hui une politique de génocide contre les peuples sous sa coupe. Dans la lutte pour la liberté, nous combattons déjà ensemble avec les peuples frères, tout d’abord, ce sont nos compagnons russes, beaucoup d’entre eux ont déjà versé leur sang, en combattant pour l’Ukraine, beaucoup ne sont plus avec nous. Des millions de Russes honnêtes sont privés de la possibilité d’exprimer leurs opinions, ils vivent dans la peur pour eux-mêmes et leurs familles. Bien sûr, les Ukrainiens ne s’en accommoderont jamais. Le véritable nationalisme ukrainien n’a rien à voir avec la russophobie et la haine des Russes. Si nous ne tirons pas le peuple russe des griffes des tueurs rouges, il n’y aura pas de paix ici en Ukraine. »

  • L’ancien employé du FSB du nationaliste russe Ilya Bogdanov, qui se considère comme un émigré politique, contre lequel des poursuites pénales ont été engagées en Russie, a déclaré que les vrais nationalistes, contrairement à la « literie pro-Poutine », sont soit en prison, soit sur le territoire de l’Ukraine.
  • Un autre participant au rassemblement, un Russe combattant dans le bataillon « Azov » a déclaré :

« Je ressens du regret et de la pression, car le mot russe est devenu synonyme du mot occupant ».

  • Andrey Kuznetsov, rédacteur en chef du site d’extrême droite #Orange (« VKontakte »), qui a fui en Ukraine, a évoqué la disparition de la liberté d’expression et la suppression de la dissidence en Russie :

Nous avons toujours été les otages du « monde russe ». Le mouvement de libération sur le sol ukrainien rend notre courage pour gagner en force. Le régime le plus répressif a atteint la folie : les gens sont emprisonnés pour des reposts et pour leurs pensées. Toute pensée est absolument détruite. C’est notre guerre. C’est une guerre entre les Russes et les Russes. Plus mes concitoyens commenceront à croire en leur propre force, à croire en l’Ukraine, plus vite nous gagnerons.

  • « Est-ce une ambassade ou un camp de concentration ? », a déclaré Denis Tyukin, l’un des leaders de l’association nationaliste « Russes », en pointant du doigt l’aspect imprenable du bâtiment clôturé par un haut fil barbelé.

Le même jour à Moscou, les nationalistes de l’association « Russkye » ont essayé d’organiser une action symétrique près de la station de métro Novokuznetskaya. Le leader de l’association, Dmitry Demushkin, et un autre participant ont été appréhendés et détenus pendant plusieurs heures.

Les 900 « néo-nazis » ont-ils une influence sur la politique de l’Ukraine ?

Des néo-nazis, il y en a en Allemagne, en France au RN, en Grande-Bretagne, en Russie je l’ai dit, et bien entendu chez les Arabes de l’Autorité Palestinienne et à Gaza, où ils brandissent fièrement le drapeau de la honte sur le toit de leurs maisons.

La vraie question donc, pour l’Ukraine, sont-ils une force politique, ou des marginaux comme en France ?

Si l’origine idéologiquement répugnante des racines d’Azov est indiscutable, il est tout aussi certain qu’Azov a tenté de se dépolitiser et d’éloigner ses dirigeants toxiques néo-nazis.

Ces derniers, de vrais nazis donc, ont officiellement quitté le régiment et fondé ce qui allait devenir un parti d’extrême droite appelé « Corps national ». Le parti a formé un bloc électoral avec les autres partis d’extrême droite ukrainiens pour les élections législatives de 2019, et ce front d’extrême droite, nazi et uni, a obtenu un misérable 2,15 % des voix, et n’a pas obtenu un seul siège au parlement ukrainien. Voilà pour la « dénazification » de l’Ukraine.

Voilà comment Haaretz fait son « spin doctor » :

« Près de cinq ans plus tard [après sa création en 2014], dit Haaretz (2) l’influence d’Azov en Ukraine n’a fait que croître. Le bataillon d’origine est désormais une formation officielle de la Garde nationale ukrainienne [JPG entre 500 et 900 personnes, dont 10 à 20 % sont des nazis, au sein d’un groupe de 60 000 personnes].

En 2016, Azov a formé un parti politique [JPG désinformation : ce n’est pas Azov qui a formé un parti, mais Biletsky, qui dirigeait l’organisation], le Corps national, dirigé par le combattant d’Azov (et ancien chef de l’organisation néonazie Patriot of Ukraine) Andriy Biletsky, bien que le parti soit à peine enregistré dans les sondages [JPG 2,15%, Haaretz oublie de le mentionner, et il appelle ça une « influence qui ne fait que croître »].

Autant dire qu’à supposer que 100 % des membres du bataillon d’Azov (ce qui n’est pas le cas) soient des nazis au sens hitlérien du terme (ce qui n’est pas le cas), ils ne représentent – avec les autres groupes nationalistes – qu’une minuscule minorité des Ukrainiens (2,15 %), et une poussière de la garde nationale d’Ukraine, et n’ont aucun appui au gouvernement depuis le départ d’Arsen Avakov en juillet 2021.

Conclusion

A titre de conclusion, je cite les propos d’Anton Shekhovtsov, maître de conférences externe à l’Université de Vienne, senior fellow à la Free Russia Foundation, et éditeur général de la série de livres « Explorations of the Far Right » chez ibidem-Verlag. Il est l’auteur des livres New Radical Right-Wing Parties in European Democracies (ibidem-Verlag, 2011) et Russia and the Western Far Right (Routledge, 2017), ainsi que coéditeur de The Post-War Anglo-American Far Right (Palgrave, 2014).

Il y a cinq ans, j’ai écrit sur le Mouvement impérial russe (MIR), un mouvement d’extrême droite, et sur le danger qu’il représentait au niveau international. Aujourd’hui, le 6 avril de cette année [NDLR 2020], le département d’État américain a désigné le RIM, ainsi que trois personnes associées à ce mouvement, comme des terroristes mondiaux spécialement désignés (SDGT). Expliquant la décision du département d’État, le coordinateur de la lutte contre le terrorisme, l’ambassadeur Nathan Sales, a déclaré que le RIM était « un groupe terroriste qui fournit une formation de type paramilitaire aux néonazis et aux suprémacistes blancs ».

Le 12 février de cette année, la commission de la sécurité intérieure de la Chambre des représentants des États-Unis a avancé le projet de loi sur l’examen de l’extrémisme suprémaciste blanc transnational présenté par le député Max Rose.

Il s’agit, en effet, d’une initiative bienvenue compte tenu de la montée du terrorisme d’extrême droite à travers le monde occidental.

Les textes ont raison de considérer la National Action britannique et le Nordic Resistance Movement (NRM) scandinave comme des organisations terroristes.

Cependant, les documents identifient à tort le « bataillon Azov » ukrainien, qui – plutôt que d’être une « unité paramilitaire » ou une « organisation de milice » – est un régiment officiel de la Garde nationale ukrainienne qui fait partie du ministère ukrainien des Affaires intérieures, dont le régiment suit les ordres.

Azov comprend des militants d’extrême droite, mais aussi des anarchistes, des progressistes, des conservateurs et des apolitiques. Même Azov, dont le noyau dirigeant était formé par l’extrême droite, comprenait des combattants de différentes convictions idéologiques.

https://www.tango-noir.com/2020/04/09/foreign-right-wing-terrorism-and-american-politics/

Conclusion de la conclusion

Je vous ai donné tous les éléments pour que vous formiez votre propre opinion. Certains convaincus liront et rejetteront, ou mieux, minimiseront, relativiseront, détourneront, parce qu’ils ne voudront pas changer d’avis sur la base des éléments factuels que je présente ici. D’autres ignoreront totalement, le nez dans leurs chaussures, et ne feront aucun commentaire. Ils ont décidé que l’Ukraine est nazie, et que Poutine doit dénazifier le pays. D’autres qui hier me demandaient de parler du nazisme ukrainien diront encore que Poutine n’a jamais avancé que la dénazification était son objectif. Je ne peux rien pour eux. Personne ne peut rien pour un idéologue.

Le bataillon Azov – 900 personnes, 10 à 20 % d’entre-elles étant des nazis, et arborant des symboles et des amitiés plus que douteuses – joue malgré sa taille microscopique dans un pays de 43 millions d’habitants, un rôle involontaire clef dans le conflit.

Pour justifier l’invasion de l’Ukraine par la Russie le 24 février, le bataillon a servi d’exemple aux revendications de « dénazification » de l’Ukraine. Les médias russes, qui obéissent strictement aux consignes du président Poutine, ont gonflé sa présence et son influence au point d’affirmer, sans en fournir jamais la moindre preuve, que l’ensemble du gouvernement, l’armée, et les Ukrainiens dans leur ensemble, sont sous contrôle nazi.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

  1. https://www.theguardian.com/world/2018/mar/13/ukraine-far-right-national-militia-takes-law-into-own-hands-neo-nazi-links
  2. https://www.haaretz.com/world-news/europe/.premium-inside-the-extremist-group-that-dreams-of-ruling-ukraine-1.6936835
  3. https://www.aljazeera.com/news/2022/3/1/who-are-the-azov-regiment
  4. https://eu.usatoday.com/story/news/world/2015/03/10/ukraine-azov-brigade-nazis-abuses-separatists/24664937/
  5. https://www.algemeiner.com/2014/06/24/ukraine-jewish-billionaires-batallion-sent-to-fight-pro-russian-militias/
  6. https://en.wikipedia.org/wiki/Consolidated_Appropriations_Act,_2018
  7. https://www.atlanticcouncil.org/blogs/ukrainealert/why-azov-should-not-be-designated-a-foreign-terrorist-organization/
  8. https://www.thedailybeast.com/ukraines-anti-russia-azov-battalion-minutemen-or-neo-nazi-terrorists

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