Publié par Hélène Keller-Lind le 8 avril 2022

Mort de Jérémy Cohen, indifférence, incompétence des autorités ou pire ? Récupération ? Oui, mais par qui…

Un soir du 16 février 2022 à 20h un jeune homme est renversé par un tramway. Transporté à l’hôpital de Bobigny il y décédera peu après minuit. Le 17 février, Le Parisien titrait « Un piéton décède après avoir été heurté par un tramway ». Un banal accident… Après une première enquête, le conducteur sera mis hors de cause, sa conduite ayant été irréprochable. Mais alors, pourquoi ce jeune homme aurait-il ainsi « traversé la plateforme des voies en dehors des traversées piétonnes », comme l’explique le Procureur de Bobigny lors d’une conférence de presse donnée le 5 avril, pourquoi a-t-il ainsi « surgi » devant le tramway, si brusquement que, bien qu’ayant réagi immédiatement, le conducteur n’a pu l’éviter ? Qu’est-ce qui avait causé une telle précipitation, une telle imprudence ?

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Immobilisme de l’enquête, alors qu’il y a pourtant un témoin

L’enquête pour homicide involontaire contre le conducteur est donc classée le 22 février. La famille du jeune homme en est avisée le 23 février. Mais des questions évidentes restent sans réponse. D’autant plus étrange que, lors de sa conférence de presse, le Procureur fait état de l’existence d’un témoin retrouvé, apparemment, au cours d’une seconde enquête menée justement pour déterminer le contexte de cet accident. Ce témoin a évoqué avec la police « une altercation verbale quelques instants auparavant ». Il aurait « porté assistance à la victime » et « serait intervenu pour faire cesser les violences » …. Quelles violences ? Des violences « verbales » ? C’est alors que Jérémy Cohen a dû traverser la chaussée puis les voies du tramway, très affecté sans doute par cette agression violente…Ce témoin, toujours selon ce que rapporte le Procureur, serait parti puis revenu sur les lieux et aurait reconnu le jeune homme agressé « verbalement » plus tôt en le voyant gisant sur le sol. Cette piste, pourtant capitale, a-t-elle été suivie comme il se doit ? Qu’est devenue cette enquête ? Le Procureur parle de difficultés pour recueillir des témoignages…

La famille de Jérémy Cohen contrainte de mener sa propre enquête obtient des témoignages et la vidéo du lynchage de celui-ci

Invraisemblable, dès lors que l’on sait que, restée sans réponses, ne comprenant pas ce qui a pu se passer, le jeune homme étant alors en bonne santé, sa famille, qui a entrepris de mener sa propre enquête, imprimé et distribué des flyers faisant appel à témoins, a obtenu des résultats que la police n’a pu obtenir : des témoignages, des vidéos, dont une vidéo filmée de cette « altercation verbale », en réalité un lynchage épouvantable, celui d’un homme seul, perpétré par une vingtaine d’individus. Une vidéo de cette scène est envoyée au commissariat de Bobigny le 10 mars, le Parquet en est avisé le 11 et le 14 mars la famille de Jérémy Cohen leur en donne une copie. Une copie est envoyée également à d’autres, dont le Collectif des Vigilants, qui la reçoit anonymement, mais après que son porte-parole, Patrick, ait parlé à la famille. Et alors que peu de gens savent comment le contacter. Marqué par ce que nombreux considèrent comme un déni de justice dans la foulée du meurtre de Sarah Halimi, redoutant que cette affaire qui piétine, soit elle aussi soit étouffée, le Collectif décide de mettre en ligne la vidéo du lynchage, supposant d’ailleurs qu’un membre de la famille la lui a fait parvenir dans ce but. Ce qui fera grand bruit. Même si d’autres ont également diffusé cette vidéo, qui tourne sur WhatsApp et Facebook depuis au moins le 1er avril. On ne peut plus parler, en effet, d’un banal accident, mais d’un jeune homme « massacré », comme le dira son père, qui a fui ses agresseurs pour traverser les voies du tramway sans voir la rame qui arrive et le percute.

Pourquoi ce long silence et cette « apathie » des autorités ?

Autre point problématique : ce n’est que le 29 mars, soit plus de 2 semaines après que la police ait eu cette vidéo, qu’une information judiciaire est ouverte pour « violences volontaires en réunion ayant entraîné la mort sans intention de la donner« …Pourquoi un tel délai alors que les faits sont clairs sur la vidéo que les autorités ont eu tout le loisir d’examiner depuis le 11 mars ?

Le 31 mars le journaliste de Radio Shalom, Bernard Abouaf, interviewe la famille de Jérémy Cohen qui dit lancer un appel aux autorités et vouloir travailler avec elles. Son père, Gérald, évoque la difficulté de perdre un enfant, dont il souligne la gentillesse. Son fils, qui, au vu des vidéos et témoignages qu’ils ont recueillis, a « été massacré » répète-t-il plusieurs fois. Tout en disant qu’il fait confiance à la justice. Il s’interroge pourtant, à raison, sur le fait que ce soit la famille qui ait dû mener cette enquête…Le 6 avril, leur avocat, Maître Goldnadel, publie une vidéo dans laquelle il fait un point sur ce qui est connu de cette affaire et s’interroge sur les raisons de ce qu’il qualifie « d’apathie » de la police » concernant cette enquête…

Une vidéo reçue le 10 mars qui n’a pas encore été exploitée le 5 avril

Lors de la conférence de presse du Procureur, les autorités ont donc toute la scène depuis près d’un mois. Or, autre point qui interroge, ce n’est que le 5 avril que le Procureur annonce que les « images de la vidéo vont être exploitées » ! Pourquoi ne l’ont-elles pas été avant ? Avec tous les moyens techniques dont dispose aujourd’hui la police ! Alors que Sammy Ghozlan, ancien commissaire de police réputé, homme de terrain qui connait bien le secteur, ayant été Président du CCJ du 93, président fondateur du Bureau National de Vigilance contre l’Antisémitisme, souligne, sur les ondes de Radio J, que dans cette vidéo « on entend parler arabe et il est possible que ce soient des gens d’origine nord-africaine, il y a peut-être aussi des gens d’origine africaine qui se sont coagulés pour frapper ce garçon… ». Il ajoute que les agresseurs devraient être retrouvés, car les gens parlent et si on en arrête un, les autres suivront… Comment, dès lors, expliquer que la police qui a eu un témoin direct assez tôt et tous ces autres éléments depuis le 11 mars, n’a obtenu aucun résultat à ce jour ? Le fait que la famille de Jérémy Cohen ait dû mener l’enquête elle-même, parait d’ailleurs « inadmissible » à l’ancien commissaire …On songe à d’autres qualificatifs.

Devant le blocage, la famille de Jérémy Cohen s’adresse à Éric Zemmour

Dans le désarroi, et en dépit du fait qu’elle avait un avocat, qui ne semble pas avoir pu dénouer la situation, la famille finit par s’adresser à Eric Zemmour, qui dénonce depuis des lustres le laxisme envers les racailles, pour lui demander de l’aider. Ce qu’il fait. Il sera alors reproché au candidat à l’élection présidentielle d’instrumentaliser l’affaire ! Alors qu’il a répondu légitimement à la demande et au désarroi de cette famille endeuillée.  Or, le lendemain de la conférence de presse du Procureur, on trouve peu de questions sur le déroulement chaotique de l’enquête officielle dans les médias et des journaux titrent sur le fait que « l’extrême-droite », désignant notamment Éric Zemmour et Marine le Pen, qui ont communiqué sur la mort de Jérémy Cohen et l’enquête, se serait « emparée » de l’affaire. Que la candidate ait elle aussi réagi, comme d’autres l’ont fait, semble approprié. Quant au Président Macron, Quant au Président Macron, il banalisait cette mort, dans des conditions courantes en France selon ce chef de l’État clairement défaillant, et il tweetait pour « mettre en garde contre les récupérations politiques »… Le mot d’ordre était lancé…

Antisémitisme ou pas ? Pourquoi un Procureur qui ne sait apparemment pas grand-chose se précipite-t-il à ce sujet ?

On trouve aussi souvent dans les médias que l’accent est mis sur une déclaration du Procureur disant qu’un motif discriminatoire n’a pas été trouvé à ce stade de l’enquête. Ce qui interroge car, rien n’a été trouvé jusqu’ici, semble-t-il. Alors, pourquoi tant de hâte de sa part sur ce point, alors qu’il ignore qui sont les agresseurs de Jérémy Cohen, dont il doit pourtant connaître l’origine et alors que les agressions antisémites ne sont pas rares, notamment dans ce type de quartier ?  Et alors que la police a remis le jour même aux parents de Jérémy Cohen la kippa blanche retrouvée près de son corps… Fait qu’étonnamment le Procureur semble remettre en question…Pourquoi ?

Ce qui a été dit aux parents à chaud, pourrait laisser penser que leur fils portait bien sa kippa lorsque le tramway l’a heurté. Il faut pourtant attendre les conclusions d’une véritable enquête officielle pour le savoir avec certitude. Mais que le lynchage ait eu une raison antisémite ou pas, il y a eu une mort tragique, précédée par un lynchage occulté pendant des semaines par les autorités.

Une réponse à la raison de cette apparente apathie est-elle fournie par inadvertance ?

Une quantité de zones d’ombre troublantes, une lenteur de l’enquête, qui interrogent…Une réponse serait-elle fournie par inadvertance par l’un des anciens avocats de la famille, Maître Patrick Klugman ? Celui-ci déclarait, en effet, sur RCJ, « on était à quelques jours de devoir médiatiser cette affaire, il fallait laisser passer la tempête électoraliste… » Autrement dit, il ne fallait pas en parler avant les élections. Or, on sait que le bilan sécurité d’Emmanuel Macron est catastrophique. On sait aussi que c’est là l’un des thèmes que développe Éric Zemmour, depuis avant même sa candidature à l’élection présidentielle, et qu’il dénonce souvent les quelque 1.800 agressions quotidiennes en France, ou le fait que nombre de Juifs aient dû fuir les banlieues où ils étaient installés de longue date, étant remplacés par une autre population…Or, ici, on a un exemple frappant d’un terrible lynchage violent d’un jeune Juif, renversé par un tramway alors qu’il fuyait ses agresseurs. Drame évacué, dans un premier temps, en en faisant banal accident, suivi d’une enquête interminable sans résultats…

Ce qui a fait sauter les verrous d’une communication apparemment maîtrisée

Il aura fallu le désarroi et la détermination de la famille de Jérémy Cohen, traitée avec une légèreté odieuse, pour faire sauter un premier verrou dans une communication semble-t-il biaisée. Puis son recours à Éric Zemmour, qu’elle a ensuite remercié d’avoir mis cette affaire en lumière. Et des interviews comme celle de Radio J. Et enfin, tôt le 4 avril au matin, la publication de la vidéo du lynchage de Jérémy Cohen par le site « Juifs Échos » qui appartient au Collectif des Vigilants, qui en a repris la diffusion ainsi que  la publication d’un article de Sara Cattan par Tribune juive. Vidéo diffusée par d’autres ensuite. Avant qu’elle soit retirée depuis à la demande du CRIF. Dont on se souvient que le Président a voué Éric Zemmour aux gémonies… On notera, bien entendu, que c’est le lendemain de la publication de l’article de Sarah Cattan et surtout de cette vidéo insoutenable, que le Procureur de Bobigny tenait une conférence de presse explicative, d’une tonalité pourtant claire-obscure, mais qui suscite bien des questions…

Que cela ait été une agression à caractère antisémite ou non, il s’est agi d’un lynchage épouvantable d’un jeune homme par une bande de racailles, qui a abouti à la mort terrible de la victime fuyant ses agresseurs. Il y a eu ce qui semble bien être un déni de justice pendant toutes ces semaines, du fait du silence et de l’inaction apparente des autorités, quelle qu’en soit la raison. Silence et inaction qui en arrangeait certains, à en croire ce qu’en dit de Maître Klugman…

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Hélène Keller-Lind pour Dreuz.info.

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