Publié par Jean-Patrick Grumberg le 14 mai 2022
Ca « chauffe » en Finlande : la Russie lui coupe l’électricité ce samedi, et la Turquie ne veut pas d’elle dans l’OTAN

Jeudi, les dirigeants finlandais ont déclaré que leur pays allait demander à adhérer à l’OTAN « sans délai », un séisme pour Vladimir Poutine qui a justifié l’invasion de l’Ukraine en partie parce qu’il ne veut pas de l’OTAN à sa porte.

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La Finlande envisage de demander son adhésion à l’OTAN et la Suède devrait faire de même. L’invasion de l’Ukraine par la Russie fin février a fait craindre aux citoyens de ces deux pays, qui jusqu’à présent étaient hostiles à l’idée, qu’ils pourraient bien être les suivants sur la liste, et qu’ils devaient s’adosser aux 30 pays de l’OTAN pour leur sécurité.

Les deux pays scandinaves sont déjà de proches partenaires de l’OTAN, mais en y adhérant, ils peuvent obtenir le soutien de 30 pays membres en cas d’attaque, et c’est précisément la raison de leur candidature.

Mais l’OTAN prend toutes ses décisions par consensus, ce qui signifie que les deux pays ont besoin de la bénédiction des 30 pays membres, ce qui n’est pas le cas, tout comme ce n’était pas le cas pour l’Ukraine – au moins la France et l’Allemagne y étaient opposées.

Le Kremlin a bien entendu réagi, et prévenu que la Russie verrait « certainement » l’adhésion de la Finlande comme une menace. Le ministère russe des Affaires étrangères a déclaré que Moscou serait « obligé de prendre des mesures réciproques, militaires-techniques et autres, pour faire face aux menaces qui en résulteraient ».

  • On comprend hélas ce que « mesures militaires » veut dire – il suffit de regarder l’Ukraine.
  • On peut supposer que les « mesures techniques » concernent la cyber-guerre,
  • Quant aux « mesures autres », il s’agit du chantage énergétique pour lequel aucun pays n’est en position de se plaindre : « Nemo auditur propriam turpitudinem allegan » – personne ne peut se plaindre de sa propre faute.

Sur ce point, le président Donald Trump, qui a le génie de la politique étrangère (Accords Abraham, négociation avec la Corée du Nord sur le nucléaire, anéantissement de l’Etat islamique, retrait militaire de Syrie, annulation des Accords sur le nucléaire iranien, etc.), avait prévenu l’Allemagne de la folie qui consiste à devenir énergiquement encore plus dépendant de la Russie lorsqu’on est membre de l’OTAN.

Il est étrange – quoique – d’observer des dirigeants européens se placer en situation de dépendance d’un acteur autoritaire dont les visées expansionnistes menacent l’Europe, tout en étant membre de l’OTAN qui a été créée pour y faire face. Soit ils n’ont pas imaginé que Poutine leur couperait leurs ressources énergétiques s’ils réagissaient à une attaque d’un membre de l’OTAN par la Russie, et une telle naïveté est criminelle, soit ils ne pensent pas que la Russie ait de velléité de recréer son empire, et dans ce cas, pourquoi restent-ils membres de l’OTAN. Il est vrai que cela ne leur coûtait pas grand-chose, Donald Trump ayant révélé que les Etats-Unis payaient une grosse partie des frais, bien au-delà de sa cote-part légale, pour compenser le fait que les Etats-membres étaient en retard ou en défaut de paiement de leurs cotisations à l’alliance.

À la suite de la décision de la Finlande, la Russie va suspendre l’approvisionnement en électricité de la Finlande à partir de ce week-end, a déclaré un fournisseur vendredi, alors que les tensions augmentent au sujet de la candidature d’Helsinki à l’OTAN en pleine guerre en Ukraine.

« Nous sommes contraints de suspendre l’importation d’électricité à partir du 14 mai », a déclaré dans un communiqué RAO Nordic, une filiale de la holding énergétique publique russe Inter RAO, ajoutant qu’elle n’avait pas reçu de paiement pour les volumes vendus en mai, ce qui semble assez douteux venant du pays nordique.

« RAO Nordic n’est pas en mesure d’effectuer les paiements pour l’électricité importée de Russie », ajoute le communiqué.

« Cette situation est exceptionnelle et s’est produite pour la première fois en plus de 20 ans d’histoire de notre commerce », a déclaré RAO Nordic, qui ajoute « nous espérons que la situation s’améliorera bientôt et que le commerce pourra reprendre », espérant faire croire que le non-paiement de l’électricité à la date d’adhésion à l’OTAN est une coïncidence.

Ankara bloque l’adhésion

Vladimir Poutine a trouvé un allié contre l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN : le sultan d’Ankara.

« Nous suivons actuellement l’évolution de la situation. Nous n’avons pas actuellement de position positive sur la question de l’adhésion de la Suède et de la Finlande à l’OTAN », a déclaré Erdogan aux journalistes après la prière de ce vendredi à Istanbul, a rapporté l’agence publique Anadolu.

Il a ajouté qu’Ankara avait accepté de réadmettre la Grèce dans l’OTAN en 1980 mais qu’aujourd’hui, ils ne veulent pas « commettre une deuxième erreur », affirmant que la Grèce a profité de son adhésion pour agir contre la Turquie.

« En outre, les pays scandinaves sont malheureusement presque comme des maisons d’hôtes pour les organisations terroristes. Le PKK et le DHKPC sont nichés en Suède et aux Pays-Bas. Ils participent même à leurs parlements. A ce stade, il ne nous appartient pas d’avoir une position positive », a affirmé Erdogan.

L’OTAN s’est engagée à accueillir les deux nations nordiques à bras ouverts, mais sans l’accord de tous ses membres, le projet est donc en péril.

Aaron Stein, directeur de recherche au Foreign Policy Research Institute, a déclaré que les « élites de la sécurité » turques considèrent la Finlande et la Suède comme « semi-hostiles » en raison de la présence locale du PKK. Cependant, la Turquie n’est pas le seul obstacle à cette adhésion en panique.

En avril, le président croate, Zoran Milanović, s’est opposé à l’annonce de leur candidature à l’OTAN.

Il a déclaré aux journalistes, le 27 avril, que le parlement croate ne devait pas « ratifier l’adhésion de qui que ce soit à l’OTAN » avant d’avoir modifié les lois électorales en Bosnie-Herzégovine.

Répercutions en Syrie et en Israël

Pendant ce temps, le président russe a décidé de rapatrier une partie des troupes présentes en Syrie vers la zone de combat ukrainien, laissant le champ libre aux forces iraniennes désireuses de solidifier leurs positions militaires contre Israël. Vendredi, deux frappes aériennes attribuées à Israël ont visé le territoire syrien.

Conclusion

Je me trouve en ce moment à Jérusalem, la capitale de l’Etat d’israël. Environ un million de Russes, et 200 000 Ukrainiens vivent dans l’Etat juif. Pourtant, les signes disent le contraire : on voit des drapeaux ukrainiens un peu partout, des manifestations de soutien à l’Ukraine sont organisées à Tel-Aviv, des mairies arborent les couleurs de l’Ukraine en signe de solidarité. En revanche, on ne voit pas un seul drapeau russe, pas une seule manifestation de soutien au président Poutine, pas un seul signe pro-Poutine.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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