Publié par Eduardo Mackenzie le 27 mai 2022

Nous, les Colombiens, irons aux urnes le 29 mai prochain pour élire le nouveau président de la République, mais nous ne savons pas si les machines du bureau de la Registraduría (l’équivalent de l’Etat civil en France)  qui dénombreront les votes obtenus par les sept candidats en lice sont en mesure de faire les additions correctement.

Telle est la conclusion logique mais désespérée qui se dégage de l’annonce faite par le fantomatique Conseil national électoral (CNE). Cinq jours avant l’élection présidentielle, cet organisme a déclaré, comme s’il s’agissait d’une question secondaire, et par l’un de ses responsables, Luis Guillermo Pérez, qu’« il n’y aura pas d’audit international ».



L’affaire de « l’audit international » fait allusion au scandale de l’achat l’année dernière d’un système coûteux – et douteux – d’ordinateurs et de logiciels à la firme espagnole Indra pour faire le décomptage des voix des élections colombiennes en 2022. L’idée est que le ou les algorithmes qui seront à l’œuvre dans ce logiciel de dépouillement de voix soient examinés de plus près par des experts indépendants (1).

Cet audit est demandé depuis  la fin de l’année 2021 mais les soupçons sur le logiciel d’Indra ont augmenté à la suite de ce qui s’est passé le 13 mars dernier, jour des élections législatives en Colombie. Deux anciens présidents de la République, de nombreux membres du Congrès, plusieurs partis politiques, de nombreux leaders politiques, 35 associations de militaires et policiers à la retraite, le CNE lui-même, et même le président Ivan Duque, réclament, en effet, une inspection rigoureuse du logiciel acheté à Indra.

Les centaines d’incidents, d’erreurs et de délits commis contre la pureté du vote lors du  décompte des voix le 13 mars, ont montré que quelque chose de très louche se tramait au bureau de la Registraduría: le logiciel d’Indra et d’autres machines ont produit des chiffres incomplets et les résultats finaux ont été modifiés sans raison, en faveur exclusivement du parti de la candidature castro-communiste de l‘ancien terroriste Gustavo Petro.

Pourtant, l’enquête demandée a été refusée par la Registraduria et ses responsables se sont abstenus de prendre des mesures pour connaitre opportunément le mécanisme de la fraude électorale du 13 mars.

Sous la direction d’Alexander Vega Rocha, la Registraduria a tout fait pour bloquer l’examen du logiciel d’Indra. A savoir : 1.- Vega a acheté l’application d’Indra sans permettre à d’autres sociétés de présenter leurs services dans le cadre d’un appel d’offre. 2.- Lorsque les premiers signalements sont apparus sur les défauts du logiciel d’Indra, Vega a rejeté les accusations. 3.- Lorsque la pression citoyenne a augmenté, il a fait valoir que le CNE n’avait pas l’argent pour payer ce type d’enquête. 4.- Lorsque le ministère des Finances a approuvé le financement de l’« audit », Vega a tenté de tout freiner en disant que le logiciel d’Indra est fiable. 5.- Quelques jours plus tard, il accepte l’idée de l’audit mais la firme allemande qu’il a choisie, Dermalog, décline l’offre. Selon César Abreo, le président du CNE, Dermalog a objecté que leurs techniciens ne parlaient pas espagnol (ce qui n’est pas un obstacle absolu) et parce qu’ils considéraient qu’ils n’avaient pas « assez de temps pour exécuter le contrat ».

6.- Enfin, la firme Datasys, du Costa Rica, qui avait été consultée par le CNE ces jours-là, a proposé de réaliser l’audit. Le nom de cette firme a commencé à circuler dans la presse mais un jour plus tard, le CNE a annoncé que Datasys, par « manque de temps », n’avait pas livré la documentation requise. En réalité, la veille, la sénatrice María Fernanda Cabal avait dénoncé que Datasys n’avait pas l’expérience nécessaire pour mener l’enquête requise puisqu’elle n’est pas intervenue dans un cas analogue et que donc l’audit proposé n’offrait pas de garanties aux électeurs. Elle a également révélé que l’ingénieur Dennis Cascante Hernández, de Datasys, avait signé un contrat de 1 000 millions de pesos avec la Registraduria mais que Cascante avait été arrêté en 2013 dans son pays d’origine pour enrichissement illicite présumé dans des affaires qu’il avait eu avec le Tribunal électoral de Costa Rica. Entre autre, Datasys a travaillé dans une élection générale d’Honduras qui a été un échec d’un point de vue technologique, a précisé la sénatrice.

L’opinion publique colombienne est inquiète aussi car Datasys, selon les média de Bogotá, a eu des liens étroits avec Thomas Greg & Sons, une société qui, au cours des dernières années, était liée indirectement à l’ancien président Juan Manuel Santos, et qui monopolise ou presque la logistique des élections en Colombie en remportant d’importants appels d’offre de la Registraduría.

À seulement quatre jours du scrutin présidentiel, la seule solution proposée par le CNE a été,  par conséquent, de demander aux partis de surveiller l’élection du 29 mai. « Assumez vos responsabilités », leur a lancé Luis Guillermo Pérez, avant de leur ordonner : «Nommez vos témoins ». On sait que les acteurs chargés de remplir les rapports du scrutin de chaque bureau de vote ne sont pas les témoins mais les jurés des bureaux de vote.  Ces jurés ont été préalablement désignés par le CNE et  dans cette désignation le parti favorisé est, encore une fois, le parti de Gustavo Petro, qui pourrait avoir 39 840 jurés, alors que le parti du favori du camp de la liberté, Federico Gutiérrez, n’en aurait que 16 000 (2). Lors de l’élection du 13 mars, le parti de Gustavo Petro a également été favorisé en termes de nombre de jurés par la Registraduria et le CNE.

Cette accumulation de manipulations ainsi que les retards systématiques (3) de la Registraduria et du CNE dans l’effort pour découvrir s’il y a des programmes malveillants dans les ordinateurs qui feront le scrutin des votes, a conduit l’ancien président Andrés Pastrana à conclure qu’il n’y a pas d’obstacles pour empêcher une éventuelle fraude électorale dimanche prochain. Dans une lettre qu’il a envoyée au président Ivan Duque, Pastrana déclare que, selon lui, un « coup d’État » contre la démocratie est en train d’éclore. « Le coup d’État est donné, monsieur le président. Pour le bien de la Colombie, défaites-le », a exhorté le leader conservateur dans son message. Jusqu’au moment d’écrire cette note, Ivan Duque reste silencieux.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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