Publié par Jean-Patrick Grumberg le 27 mai 2022
Conflit russo-ukrainien : vous voulez éviter la propagande, c’est ici. Vous voulez confirmer vos préjugés, passez votre chemin

Je suis envahi de demandes d’amis et connaissances qui réclament éperdument comment ne pas être désinformé sur le conflit, bien conscients que la propagande russe et ukrainienne est partout.



C’est tout à leur honneur. La prudence est mère de sûreté. Rares sont ceux qui ont une vraie curiosité et une ouverture d’esprit. Elle manque partout parce que les gens cherchent sur internet des confirmations de leur biais. Ils ont une opinion arrêtée, préétablie. Ils ont décidé qui a tort et qui a raison, et ils fouillent ensuite le Net à la recherche d’articles et témoignages qui confirment, développent, ajoutent des arguments et des éclairages à leur croyance. Et ils ne veulent rien entendre d’autre.

Je suis très surpris de les croiser ici sur Dreuz, parce que Dreuz est le lieu où nous cherchons à éviter ce biais. Et j’espère que depuis près de 15 ans, nous y sommes largement parvenus – sans quoi les grands médias ne nous cracheraient pas dessus.

Hier, j’ai évoqué l’assassinat d’un juif, jeté du 17e étage d’un immeuble de Lyon. Les médias avaient occulté l’affaire car elle implique un musulman. Dans l’heure qui suivait, Aziz Zemouri, sur Le Point en parlait. Je lui en suis reconnaissant : c’est tout ce que je voulais, que cette information ne soit pas verrouillée. Que le public sache.

Revenant à l’Ukraine, ceux qui ne veulent entendre que ce qu’ils veulent croire ne cherchent pas à savoir si les médias qu’ils lisent sont fiables, s’ils sont motivés par un but partisan ou s’ils veulent informer (ce qui est rare de nos jours), et bien entendu, ils ne veulent surtout pas connaître la vision depuis l’autre camp. A eux, je n’ai rien à dire : j’ai essayé, ils sont complètement bouchés à la toile émeri, obtus, rien ne les fera jamais dans cette vie changer d’avis.

Aux autres, il en reste, voici quelques recommandations.

  1. Ce n’est pas parce que les grands médias ont pris le parti de défendre l’Ukraine – je me demande bien pourquoi d’ailleurs, puisqu’ils combattent le nationalisme et promeuvent un monde sans frontières dirigé d’en haut par l’UE, l’ONU et l’OMS, qu’il faille décider par principe de rejeter leurs rapports. Ces médias mentent, tout le temps, et nous sommes témoins d’une anomalie du journalisme, où ils rapportent des faits (ils rapportent aussi la propagande ukrainienne).
  2. Pour vous protéger contre la désinformation, appliquez la règle de base du journalisme traditionnel : méfiez-vous comme la peste des accusations contre les Ukrainiens des médias russes et pro-russes. Refusez les accusations contre la Russie des médias ukrainiens et pro-ukrainiens. Surtout les accusations les plus extrêmes.
  3. Plus que jamais, ne confondez pas les faits et les opinions. Je sais, c’est plus facile à dire qu’à appliquer pour certains d’entre-vous.

    Il convient de faire la distinction entre les faits rapportés, documentés et confirmés, et les accusations sans preuve, basées sur les déclarations des uns et des autres.

    Il faut distinguer les objectifs militaires exprimés et ceux qu’on suppose ou qu’on prête aux belligérants. Il ne faut pas confondre les intentions déclarées et celles prêtées aux deux camps.
  4. Ce n’est pas toujours simple, car la victime de cette invasion, l’Ukraine, peut très bien commettre des atrocités, et les Russes avoir des gestes humanitaires.
  5. Enfin, il faut distinguer entre les exactions des soldats – à part les soldats de Tsahal qui se sont fait accuser de racisme parce qu’ils n’ont jamais violé de femmes palestiniennes, je crois que toutes les armées sont coupables de crimes de guerre, viols, tortures, pillages, etc., et les ordres d’exaction supposément donnés par Poutine ou ses généraux. Autrement dit, tant que je n’aurais pas en main une preuve solide, je doute que Poutine donne l’ordre de violer ou brûler des femmes. Poutine est beaucoup de choses, un dirigeant belliqueux et autoritaire totalement indifférent à la vie humaine (la liste des cadavres de ses opposants et journalistes assassinés est à votre disposition), mais je ne crois pas qu’il ait donné l’ordre de commettre des atrocités sur des femmes. Je peux me tromper. Je ne crois pas.

    Dreuz a publié le témoignage, en 2015, d’un ami journaliste qui a enquêté sur place, et a évoqué la sauvagerie et les exactions commises par les Ukrainiens. Un rapport de l’ONU évoque aussi celles commises par les soldats russes dans le Donbas.
  6. Ce ne sont des anges ni d’un côté ni de l’autre. D’ailleurs c’est fondamentalement le même peuple. Cela n’exonère pas Poutine de son crime : c’est lui le va-t’en guerre qui a envahi un Etat souverain, et si vous pensez qu’il est en droit de le faire parce qu’il y a eu 2500 morts dans son camp dans la guerre du Donbas, vous avez l’esprit tribal des clans arabes qui vengent éternellement leurs morts dans des conflits perpétuels, comme c’est le cas dans le Néguev en ce moment entre tribus bédouines.
  7. Certains avancent que les Démocrates appuient la guerre pour sauver les élections de novembre, et que Joe Biden pousse à la guerre à cette fin. C’est leur opinion. Elle est stupide, elle ne repose sur rien, et surtout pas sur la réalité, mais c’est leur opinion, et je respecte leur droit à avoir leur opinion.

    Pour ceux qui veulent connaître la réalité (les autres, ça ne les intéresse pas, ils ne veulent rien savoir, surtout pas la vérité, car ont décidé, et rien ne les fera changer d’avis) voici ce que disent les derniers sondages.

    Deux sujets comptent principalement pour les Américains, concernant les élections de mi-mandat : l’économie, comme toujours, et l’avortement. L’Ukraine n’arrive même pas à se hisser parmi les préoccupations des Américains.

    L’enquête de l’université de Monmouth révèle que :
    1. 26 % des Américains déclarent que l’économie est le principal sujet qui influencera leur vote pour le Congrès en novembre,
    2. 25 % déclarent que l’avortement est le principal sujet.
    3. Viennent ensuite les soins de santé (16 %), l’immigration (14 %), le contrôle des armes à feu (9 %) et les impôts (8 %).
  8. Les sondages de l’université de Monmouth, une université très à gauche, ne sont pas très fiables. Est-ce que je fais confiance à ce sondage-là ? Plutôt, oui. Je pense qu’il reflète l’opinion générale. De plus, il ne brosse pas les Démocrates dans le bon sens du poil, bien au contraire, ce qui lui ajoute de la crédibilité.

Conclusion

Vladimir Poutine a déclenché une guerre. Cette guerre fait des morts. Combien ? Je l’ignore exactement, les chiffres, vous vous en doutez, varient énormément selon les sources. Ce sont cependant des morts inutiles, provoquées pour le fanatisme, le bon vouloir d’un seul homme, son désir de reconstituer la grande Russie. Qu’il se la mette où je pense, sa grande Russie. Et j’ai 25 % de sang russe dans les veines.

Des blessés, des estropiés, des familles déplacées du jour au lendemain, des drames. Gardez-le en mémoire la prochaine fois que des personnes négligeront cela d’un revers de la main et vous parleront du beau Poutine.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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