Publié par Ftouh Souhail le 30 mai 2022

Un triste anniversaire celui du 30 mai 2022, qui rappel le 43e anniversaire d’un massacre qui a fait 800 morts parmi les Arabes en Iran. Des centaines de personnes ont été tuées et laissées sur les routes pendant plusieurs jours après le massacre du 30 mai 1979.

Aujourd’hui, nous nous souvenons des cris des mères en deuil du massacre de Muhammarah, la capitale d’Al-Ahwaz, parmi la minorité arabe ahwazi. Ce jour-là marque l’un des pires massacres d’Iraniens sunnites arabophones d’Ahvaz, située dans le sud de l’Iran (1).

Le massacre de Muhammarah, qui a coûté la vie à des centaines victimes parmi le peuple arabe ahwazi, a été commis par les Gardiens de la révolution iraniens sous les ordres directs de Khomeiny.

« Nous n’oublierons jamais le massacre de Muhammarah « , racontent les survivants.

La ville de Muhammarah, alors capitale d’Ahwaz, est témoin d’un massacre qui n’effacera pas l’histoire de la région arabe occupée par les autorités iraniennes depuis 1925.

L’amiral Ahmed Madani, l’ancien ministre iranien de la Défense, qui a été nommé par le Premier ministre iranien Mahdi Bazargan gouverneur d’Ahwaz, est considéré comme le principal responsable de ce carnage.

Le pire est qu’Ahmed Madani a commit ce massacre afin de prouver sa loyauté envers Khomeiny. Mais Khomeiny a renié sa promesse au boucher Madani et a tenté de l’exécuter pour espionnage en faveur des Americains avant que ce criminel ne s’enfuie aux USA. Et il est mort en 2006, en Amérique, avec ses mains entachées du sang du peuple ahwazi sans défense. Il est mort sans rendre de comptes.

Des raisons qui préludent ce massacre. Rappel des faits. 

Depuis 1925, les autorités persanes occupantes ont poursuivi une politique d’abus et de pillage des richesses ahwazies comme moyen de perpétuer son occupation et d’éradiquer l’élément arabe.

Après la Révolution khomeyniste à laquelle des peuples non persans ont participé dans l’espoir de reconnaître leur identité, avec en tête la région Al-Ahwaz, beaucoup de notables arabes se sont rendus à Téhéran après le succès de la Révolution et ils ont exigé un certain nombre de revendications dans l’espoir d’y parvenir. Les notables arabes portent sur des griefs de longue date, à savoir la discrimination institutionnalisée et le refus de droits économiques et culturels.

Ces revendications n’équivalaient pas à une demande d’autonomie, mais plutôt à la reconnaissance de l’identité arabe en Iran.

Parmi ces revendications la formation d’un conseil local dans la région d’Ahwaz, la formation de tribunaux arabes, la considération de la langue arabe comme langue officielle à Ahwaz et la langue persane comme langue officielle dans tout l’Iran, l’enseignement dans les écoles en arabe, la création d’universités et l’enseignement en langue arabe, la liberté de publier, des médias, d’imprimer des livres et de diffuser des émissions de radio et de la télévision en arabe, la priorité d’emploi pour les populations arabe de la région, la participation des citoyens arabes dans l’armée et la police locale, l’attribution d’une quantité suffisante de ressources pétrolières pour la reconstruction de la région, la dénomination des villes, des villages et de tous les quartiers par leurs noms arabes historiques, et la participation au gouvernement central (2).

Khomeiny a persuadé les populations d’Al-Ahwaz, car il a accepté leurs demandes mais ne les a pas mises en œuvre sur le terrain, et l’occupation perse a commencé à former des milices pour affronter les jeunes Ahwazi qui sont devenus plus conscients de leur cause après la révolution khomeyniste.

Des milices dans les rues de Muhammarah, région d’Ahwaz, 1979

Le Mercredi noir et tirs systématiques sur les manifestants 

En effet, le mercredi 30 mars 1979, la ville de Muhammarah a été témoin du massacre, et les Perses tuaient des enfants, des femmes, des hommes, des vieillards et des jeunes d’Ahwaz. Ce jour-là, la ville a vu un grand nombre de victimes, hommes, femmes et enfants.

Dans les détails de cette journée, des véhicules militaires, des forces navales, des milices perses et des mercenaires arabes qui leur étaient fidèles ont encerclé les centres culturels, les lycées, les mosquées fréquentées par les arabophones de la région. Des piétons et des commerçants ont été abattus au hasard dans les rues.

Des cadavres jonchaient  la ville de Muhammarah, beaucoup ont été  tués par des haches à qui ils ont tranché les têtes dans un spectacle macabre.

Les forces navales ont également coulé des bateaux transportant des ouvriers et des employés allant de la région de Kut al-Sheikh à leur travail  dans la région de Chatt al-Arab.

Des centaines de maisons ont été pillées par des milices et des centaines de jeunes arabes ont été arrêtés. Des véhicules militaires les transportaient au nord d’Ahwaz, dans des régions éloignées, à plus de 120 km de Muhammarah pour les abattre.

Les résultats du massacre de Muhammarah.. 3 jours de tires et plus de 800 morts

Ce massacre a duré trois jours, et à la suite de ce massacre, plus de 800 Arabes ahwazis ont été tués et des centaines ont été blessés et arrêtés par les autorités de l’État persan, occupant la région d’Ahwaz.

Les Ahwazis commémorent  cette année le quarante et troisième anniversaire de ce massacre, comme chaque année en publiant des photos et des vidéos qui documentent les détails du massacre, et illustrent comment la ville de Muhammarah a été le théâtre des crimes de génocide les plus odieux de l’histoire du Moyen-Orient commis par un régime qui s’est appuyé sur le terrorisme, le meurtre et l’intimidation depuis sa création.

Des enfants tués lors du massacre du 30 mai 1979

Le massacre de Muhammarah n’est pas qu’un un souvenir mortuaire des crimes barbares commis contre les Arabes ahwazis ; il est aussi le reflet de l’impunité dont jouit l’Iran. Ce massacre de la ville de Mohammera reste incognito aux yeux du grand public.

En avril-mai 1980, un groupe de six hommes armés appartenant au Front Démocratique Révolutionnaire pour la Libération de l’Arabistan (FDRLA) attaquèrent l’ambassade d’Iran à Londres et prirent en otages vingt-six personnes. Il s’agit de l’opération Nimrod, qui fut désamorcée par la police britannique mais qui marqua dans les esprits une réponse à ce massacre.

La jeunesse arabe d’Ahvaz vit depuis avec les constantes arrestations, expulsions et exécutions. 

<p style= »text-align: justify; »>Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Ftouh Souhail pour <a href= »http://www.dreuz.info« >Dreuz.info</a>.</p>

(1) La plupart des communautés arabes d’Iran, qui composent entre 3 et 8% de la population générale du pays, résident le long des côtes du Golfe Persique, ou bien près de la frontière irakienne, au Sud de l’Iran. Cette dernière région est celle du Khūzestān, connue et désignée comme Ahvaz par les communautés arabes, présentée historiquement comme « Arabistan » par les populations locales.

(2) Au sein de la société iranienne, bien que la région soit l’une des plus riches en ressources de tout le territoire iranien, les Arabes d’Iran sont de loin les populations les plus confrontées au chômage avec des taux de plus de 50 ou 60% de chômage. Les conditions sanitaires sont par ailleurs les plus dangereuses d’Iran, l’air se trouvant fortement pollué par les usines pétrochimiques qui dominent l’ensemble du territoire.

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