Publié par Eduardo Mackenzie le 31 mai 2022

« Gustavo Petro a remporté le premier tour mais a perdu l’élection présidentielle. » C’est le bilan que de nombreux Colombiens ont fait dès qu’ils ont appris que le candidat du Pacte Historique, une coalition extrémiste de gauche, n’avait atteint que 40,3 % des voix hier 29 mai.

Ils ont expliqué que les votes des autres candidats en lice, notamment les trois plus grands – Rodolfo Hernández (28,1%), Federico Gutierrez (23,9%) et Sergio Fajardo (4,2%) – pèseront plus que ceux de Petro au second tour, prévu le 19 juin.

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Ce calcul semble exact mais il est naïf. Le vainqueur d’un second tour électoral n’est pas forcément celui qui arrive deuxième du premier, même si Rodrigo Chaves y est parvenu il y a quelques semaines au Costa Rica. Un second tour est un acte politique dans lequel divers facteurs jouent un rôle, certains sont fermes et d’autres incertains, et où la somme des perdants ne coïncide pas toujours avec la logique arithmétique.

Le soulagement a été grand, en tout cas, compte tenu de l’échec de Petro, qui est un individu qui continue de susciter beaucoup de peur dans le pays, puisque son programme est une atrocité anti colombienne (1). Parmi ses alliés et financiers figurent les FARC, l’ELN et d’autres  criminels dans le pays et à l’étranger. Petro n’a pas remporté la présidence le 29 mai, ce qui laisse à la Colombie 15 à 18 jours pour constituer une coalition gouvernementale crédible, dirigée par Rodolfo Hernández.

Petro avait annoncé qu’il remporterait la présidence dès le premier tour. Les sondeurs n’ont pas contredit cette croyance. Cependant, les chiffres donnés par le Registre national confirment que la majorité de l’électorat rejette clairement Petro : 57,78 % additionnent les voix des cinq premiers candidats battus (11.012.404 voix), contre 40,32 % de Petro (8.527.768 voix). La menace d’une dictature communiste s’est éloignée pendant quelques jours. Le rejet de Petro s’est cristallisé dans un conglomérat électoral de fait, atypique, hétéroclite et instable, qui dissipe pour les 19 jours à venir la pire perspective qu’avait le pays : tomber entre les mains d’un ex-terroriste marxiste non repenti et pion de Nicolas Maduro.

Cependant, il y a un aspect étrange dans ce vote. Si les sondages à la veille du premier tour faisaient état d’une certaine montée d’Hernández, et d’un léger recul de Petro, la sociologie générale de la campagne (manifestations, débats, scandales, menaces, incidents dans l’élection législative) tranche brutalement avec les résultats d’hier.

Les manifestations de Federico Gutierrez (Fico) étaient énormes dans les capitales qu’il a visitées. En quelques semaines, Gutierrez, l’ancien maire très populaire de Medellín, a incarné l’option antimarxiste la plus crédible, générant une vague de malaise à gauche et d’enthousiasme dans un pays désespéré de voir l’impuissance et la dispersion des partis conservateurs et centristes de droite, face à la campagne exaltée de Petro qui a commencé bien plus tôt que prévu par la loi et qui a été financée, jusqu’au dernier moment, par des acteurs obscurs que l’État colombien n’a pas voulu, ou n’a pas pu détecter, comme le montre le scandale de la sénatrice pétriste Piedad Córdoba qui a reçu 68.000 dollars de la présidente de gauche Xiomara de Zelaya, confisqués à la dernière minute par les douaniers  du Honduras.

A l’étranger, Federico Gutierrez, ʺFicoʺ, a été le candidat qui a obtenu le plus de voix, avec 92.997 voix (40,65%). Petro suivait, avec 81.089 voix (35,45%). Le troisième était Hernández, qui a obtenu 32.204 voix (14,07%). Fajardo a recueilli 18.194 voix (7,97 %). John Milton Rodriguez et Enrique Gómez ont obtenu respectivement 0,54% et 0,24%.

L’effondrement de Gutierrez en termes de voix et la montée en puissance de Hernández, candidat indéfinissable, peu connu en Colombie, ne sont pas logiques. Est-il impossible que dans ce cadre les chiffres d’hier soir ne reflètent pas le vote des électeurs mais un calcul machiavélique ?

Les citoyens ont vu avec étonnement ce qui s’est passé aux législatives du 13 mars, avec son pré-dépouillement trompeur, avec ses milliers « d’erreurs » et de délits électoraux commis par des centaines  de jurés, avec ces votes supplémentaires venus d’on ne sait où, après le pré-dépouillement, en faveur de la liste de Petro et au détriment de trois partis de droite. On a vu le silence et les explications creuses du registrador Alexander Vega, notamment son attitude envers l’affaire du logiciel discrédité Smartmatic acheté à Indra, qui n’a jamais été examiné par des experts indépendants.

Il est vrai que Fico a annoncé qu’il soutiendrait Rodolfo Hernández, qui a également déjà le soutien de Sergio Fajardo, du Parti libéral, du Centre démocrate et du Parti conservateur. Il est vrai que Petro n’a pas avancé électoralement : il a obtenu les 40 % qu’il avait obtenus à la présidentielle de 2018.

Petro veut disposer désormais d’un certain nombre de voix venant des partis de ses rivaux et des abstentionnistes. Sans aucun doute, la partie de poker d’hier soir est plus sophistiquée que la farce vulgaire du 13 mars. Espérons que ce n’est pas une façon cachée de favoriser Petro le 19 juin.

Rodolfo Hernández, 77 ans, est inclassable et peu connu en Colombie et son groupe n’a pas de parlementaires. La presse simplifie en le qualifiant d’ ʺhomme d’affaires populiste ». L’ancien maire de Bucaramanga tient un discours émotionnel contre « la corruption » et « le système », sans aller au fond de ces questions. Le contraire de Fico. Hernandez est-il vraiment le leader d’une renaissance colombienne ?

Dans quelle mesure Hernández travaillera-t-il dur pour gagner au 2e tour ? Va-t-il s’effondrer avant ? Le leadership de Hernandez pour battre Petro en juin n’est pas évident. Cependant, la propagande de gauche a commencé à l’attaquer quelques heures après avoir appris qu’il sera au second tour.

Tout dépend de l’énergie d’Hernández pour structurer avec ses nouveaux alliés un programme fondateur, fédérateur, visant à redynamiser l’économie de marché, à protéger la jeunesse et à soulager, par le travail, les couches et les secteurs sociaux les moins favorisés sans tomber dans l’assistance socialiste.

Tout dépend aussi d’une offensive idéologique et politique contre les propositions destructrices de Petro qu’Hernández n’a pas vraiment combattu avant le premier tour.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

(1).- Petro propose « l’égalité sociale » et de briser les riches par des impôts exorbitants. Il promet de mettre fin à l’agriculture extensive pour revenir à l’agriculture paysanne ; il demande l’arrêt de la production et de l’exportation de pétrole et de minerais. Il annonce qu’il va déstabiliser la police nationale et les forces armées, reprendre les relations avec la tyrannie de Maduro et éloigner le pays de Washington. Face à la guerre russe contre l’Ukraine, Petro a adopté le point de vue de Poutine.

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