Publié par Guy Millière le 16 mai 2022

Il y a tant d’éléments de désinformation qui circulent sur la Russie et l’Ukraine en ce moment qu’il me faudra à nouveau remettre les faits à leur place, ce que je ferai dans un article que je suis en train de rédiger.

Je dirai qu’il est logique qu’il y ait beaucoup d’éléments de désinformation en circulation sur ce sujet : la Russie d’aujourd’hui s’inscrit dans la continuité politique directe de l’Union Soviétique, et celle-ci a été la principale matrice de désinformation du monde, de 1923, année où Lénine a gagné la guerre civile russe par la barbarie la plus ignoble et où, après la mort de Lénine, Staline a pu mettre en place le premier système totalitaire du vingtième siècle à 1991.



Les officines de désinformation soviétiques ont rapidement été si performantes que des propagandistes d’autres régimes totalitaires sont venus étudier leurs méthodes pour prendre des leçons: c’est ce qu’a fait Joseph Goebbels, qui s’est rendu à Moscou dès 1933, et il put ainsi nouer des liens avec de grands spécialistes,  Lavrenti Beria et Andrei Jdanov (c’est aussi en Union Soviétique que Joseph Goebbels viendra, sur demande d’Adolf Hitler, apprendre comment constituer un système concentrationnaire, et les camps de concentration allemands seront construit sur le modèle soviétique).

La désinformation soviétique comptera de nombreux succès, le plus sinistre et le plus délétère étant la création de la “cause palestinienne” en 1964, puis celle du “peuple palestinien” trois ans plus tard, fin 1967. Le but était de substituer à la guerre d’extermination menée par le monde arabo-musulman contre Israël (qui ne rencontrait aucun succès dans le monde occidental, où l’idée de guerre d’extermination contre le peuple juif en Israël, quelques années après l’extermination des Juifs d’Europe semblait odieuse) une lutte de libération nationale inventée de toute pièce, menée par un “petit peuple arabe opprimé”, et le but a été atteint. La planète entière ou presque pense qu’il y a une lutte de libération nationale palestinienne et un petit peuple opprimé appelé “peuple palestinien”.   

La désinformation russe utilise les mêmes moyens et les mêmes méthodes que la Guepeou, devenue NKVD en 1934, puis KGB en 1954, et le FSB d’aujourd’hui est tout juste le KGB sous un autre nom.   Il n’est pas étonnant, dès lors, que le dictateur Vladimir Poutine, ancien du KGB et grand admirateur de Joseph Staline, voulant effacer l’Ukraine et le peuple ukrainien de la surface de la terre (pour Poutine, l’Ukraine et le peuple ukrainien n’existent pas, et dès lors qu’ils existent quand même, ils doivent être supprimés) désinforme massivement, et tout y passe: l’histoire de l’Ukraine,  la révolution orange en 2004, le soulèvement du Maidan en 2014, l’annexion de la Crimée, la mise en place d’une guerre de sécession dans le Donbass aux fins d’y créer des enclaves russes, l’armée ukrainienne et le bataillon Azov, Volodymyr Zelensky (tous les immondices déversés sur Zelensky en Europe depuis des mois sont made in Russia). Des agents rémunérés par la Russie diffusent.

L’ampleur de la désinformation ne permet pour autant pas de tout cacher et de tout travestir, et ce que j’ai dit dans plusieurs articles se confirme d’une manière de plus en plus nette : l’armée russe en Ukraine est tout au bord de la déroute, Vladimir Poutine est en situation d’échec et très proche de l’échec total, il a fait commettre des crimes atroces qui en font un criminel contre l’humanité. L’armée ukrainienne est sur le chemin de la victoire, et les détails qui le montrent s’accumulent.

A la supériorité en armement de l’armée ukrainienne, qui bénéficie des technologies militaires de pointe américaines et des capacités du renseignement américain, s’ajoute le nombre : aux 200.000 soldats constituant l’armée ukrainienne s’ajoutent environ 700.000 Ukrainiens qui se sont mobilisés pour défendre leur pays, et 20.000 volontaires étrangers. Tout n’est pas parfaitement organisé, mais tout fonctionne néanmoins. L’armée russe est moins nombreuse et dispose d’un armement largement obsolète (les armes sophistiquées telles que les missiles hypersoniques vont de pair avec la grande misère du reste de l’armée russe), et qui s’épuise (trente pour cent du matériel détruit), ses généraux (ceux qui restent, car beaucoup ont été tués par des frappes ciblées) usent de tactiques et de stratégies rigides et sans imagination. Les soldats russes qui sont au front n’ont pas le moral (ce qui est logique : une brigade entière a été pulvérisée en deux ou trois minutes voici quelques jours alors qu’elle tentait de traverser une rivière, et il n’en reste rien). Les soldats ukrainiens et les Ukrainiens mobilisés, eux, sont très déterminés, voient que leur action est efficace, se savent soutenus par le monde occidental.  

Poutine s’acharnant, la guerre va encore durer, et est devenue une guerre d’attrition, je l’ai dit, et cela se confirme. Les services américains et ukrainiens disent que la guerre se poursuivra jusqu’en août, et que fin août, l’armée russe sera à bout de souffle, et ils ne croient pas à une levée en masse et à une mobilisation générale de la population russe par Poutine. On verra si cette prévision se révèle exacte, et le cas échéant, il pourra être envisagé à ce moment d’offrir une porte de sortie honorable à Vladimir Poutine qui, pourtant, ne mérite rien d’honorable. Poutine sera sans doute encore au pouvoir à ce moment : il fait éliminer physiquement ou emprisonner ceux qui peuvent envisager de le renverser. Je continue, pour autant, à penser qu’il n’y parviendra pas indéfiniment. Des rumeurs concordantes semblent indiquer, de surcroit, qu’il est malade.

C’est dans ce contexte que Macron a pensé intelligent de proposer un armistice censé être suivi d’un compromis (il a mis un tweet sur sa page twitter décrivant ce qu’il voulait faire). Poutine n’a prêté aucune attention à la proposition. C’est très visible : il n’a strictement rien changé à ce qu’il fait. Le Président Zelensky, lui, a dit explicitement que Macron se trompait et ne comprenait pas la situation.

De fait, ce n’est pas au moment où un dictateur criminel perd du terrain qu’il faut faire ce genre de proposition, sauf si on veut tenter de donner les moyens à l’agresseur de ne pas tout à fait perdre. Et les autorités ukrainiennes pensent que la France veut sauver la mise de la Russie, ce qu’elles n’apprécient pas du tout.

Il est vrai qu’en France la peur règne assez largement : un texte du gaulliste Henri Guaino récemment publié et très largement commenté de manière laudatrice est significatif de l’état d’esprit qui prédomine en France : Guaino y parle d’une marche inexorable et somnambulique vers une guerre mondiale et vers un conflit nucléaire. Il y recourt à une analogie avec la Première Guerre Mondiale, alors que strictement rien aujourd’hui ne ressemble à la situation en Europe juste avant la Première Guerre mondiale. Il procède à une lecture totalement fausse de l’entrée des pays d’Europe centrale dans l’OTAN et se réjouit du véto franco-allemand à l’entrée de l’Ukraine dans l’OTAN en 2008. Il procède aussi à une lecture totalement fausse de la “guerre froide”, en disant qu’elle a, d’un bout à l’autre, reposé sur des compromis.

Il n’y aura pas de guerre militaire mondiale, on le verra : la Russie a un pouvoir militaire de nuisance et de destruction, mais c’est une puissance pauvre et en déclin accéléré, et aucun pays ayant une armée forte ne le suivra, et surtout pas la Chine, qui a une conception très différente de la guerre (je rédige un texte en anglais appelé “The Chinese Way of War”, et j’en parlerai lors d’une conférence en Californie le 12 juin prochain). Nous sommes dans ce que j’ai appelé quatrième guerre mondiale, mais ce n’est pas une guerre reposant essentiellement sur une confrontation militaire.

Poutine brandit l’arme atomique à des fins de dissuasion, pas à des fins d’action, et il a d’ailleurs dit qu’il utiliserait l’arme atomique uniquement si la survie de la Russie était en jeu. Nul ne menace la survie de la Russie, et quand bien même Sergei Lavrov inverse la réalité des faits, c’est la survie de l’Ukraine qui est en jeu, et c’est la Russie qui est l’agresseur, et l’OTAN aide l’Ukraine à repousser et à vaincre l’agresseur et n’est pas en guerre avec la Russie.

Les pays d’Europe centrale sont entrés dans l’OTAN pour se défendre face aux risques d’agression, et cela a été leur décision. La décision franco-allemande de 2008 a maintenu l’Ukraine hors de l’OTAN et si l’Ukraine avait été dans l’OTAN, la Russie ne l’aurait pas attaquée, ce qui signifie que la décision franco-allemande de 2008 est en large partie responsable de la guerre actuelle. La guerre froide a été menée de manière défensive jusqu’en 1981, ce qui a entrainé des défaites occidentales, et c’est quand Ronald Reagan est passé du containment au roll back, et a appelé l’Union Soviétique “empire du mal” que l’avancée vers la défaite soviétique a pu s’enclencher et que les Etats Unis ont pu gagner la guerre froide. Les compromis avec les totalitaires mènent toujours à la défaite. Guaino ajoute que lorsqu’il y a une guerre, les fautes sont toujours des deux côtés, cela signifie sans doute que lorsqu’Hitler a déclenché la Deuxième Guerre Mondiale, les pays agressés avaient eux aussi tort. Quelle vision remarquable des choses ! Cela signifie aussi sans doute que dans les guerres d’agression menées contre Israël par les pays arabe, Israël avait des torts : le tort d’exister peut-être ?

L’administration Biden a été lamentable et anti-américaine sur tous les plans, ce jusqu’à l’agression de Poutine contre l’Ukraine (elle reste très largement lamentable, et j’y reviendrai) et elle s’apprêtait le 24 février dernier à entériner la défaite de l’Ukraine. L’esprit de résistance de Volodymyr Zelensky et de l’armée ukrainienne ont changé la donne, et l’administration Biden a fait un virage à cent quatre-vingt degrés, et a décidé de soutenir l’Ukraine jusqu’au bout. Elle l’a fait pour des raisons de politique intérieure. Elle fait néanmoins ce qui est juste vis-à-vis de l’Ukraine. Elle défend une démocratie agressée par un dictateur criminel.

Il n’est jamais bon de se retrouver face au géant américain. L’armée américaine reste la plus puissante du monde (ses seules défaites sont des défaites infligées par des politiciens démocrates et en aucun cas des défaites militaires) et les capacités de production d’armement américaines n’ont aucun équivalent. Cette fois, face à Poutine, des politiciens démocrates veulent une victoire.

Au moment de Pearl Harbor, un amiral japonais a dit, très inquiet que le Japon avait attaqué un géant et allait en subir les conséquences. Poutine a enclenché un engrenage qui a conduit Zelensky et l’armée ukrainienne à se tenir debout, et désormais Poutine fait face à un géant très déterminé.  La suite est en train de prendre place sous nos yeux.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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