Publié par Jean-Patrick Grumberg le 19 mai 2022
Chars russes détruits dans la région de Sumy, en Ukraine, le 7 mars 2022

Le premier allié d’Israël est l’Amérique.



Les Etats-Unis sont militairement les plus puissants au monde, et de très loin. Economiquement, c’est la première puissance au monde. Culturellement, c’est un pays qui se revendique de tradition judéo-chrétienne. C’est le plus important inventeur de haute technologie. Et 88% des Américains détestent les Palestiniens. Cela solidifie des liens.

Et pourtant, le Premier ministre Netanyahou n’avait pas hésité à s’opposer ouvertement, et même humilier le président des Etats-Unis, Barack Obama, lorsqu’il s’est rendu au Congrès américain alors qu’Obama a annoncé qu’il ne le recevrait pas, et qu’il a reçu une « standing ovation » de l’ensemble des membres du Congrès sauf un – Bernie Sanders – pendant de longues minutes.

Le risque de dégradation des relations avec les Etats-Unis était infiniment plus grand, et la nature du risque également. Et pourtant, Netanyahou s’est opposé à l’homme qui pouvait faire le plus de mal à Israël.

La Russie à côté, c’est une affaire moindre, pour l’Etat juif. Israël a un intérêt principal, avec la Russie, c’est de pouvoir bombarder l’Iran et le Hezbollah en Syrie sans être dérangé.

Supposons que la Russie se durcisse en raison des livraisons de gaz israélien à l’Europe, pour remplacer le gaz russe. Ou que Poutine prenne ombrage de la manière dont le gouvernement Bennet gère la difficile et relative neutralité d’Israël dans le conflit.

Je pense que la supériorité militaire israélienne n’empêcherait pas son aviation d’accomplir ses missions en Syrie. Et en réalité, je pense que cette supériorité humilierait la Russie plus qu’autre chose. C’est ce qui vient de se produire : pour la première fois, il semble qu’un missile russe ait visé un avion de Tsahal lors de la dernière incursion en Syrie. Et il a échoué, il n’a pas atteint sa cible. Répétez l’échec plusieurs fois, le risque économique pour le Kremlin devient sérieux. Je ne parle pas d’humiliation, je parle armement. La Russie, gros exportateur d’armement, aurait plus de mal à convaincre et vendre sa production.

C’est déjà leur problème en Asie du Sud Est, où les ventes d’armes russes ont fortement chuté, et ce, sans aucun rapport avec les résultats très mitigés de leur équipement en Ukraine.

Un article du bulletin ISEAS Perspective (1), un institut de recherche basé à Singapour, a révélé que l’industrie de la Défense russe a été durement touchée, avec des exportations qui sont passées de 1,2 milliard de dollars en 2014, à 89 millions de dollars en 2021.

Les données (2) fournies par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) montrent que pour la seule année 2021, la Russie s’est laissée distancer par les États-Unis et la Chine.

Ukraine, damage collatéral de l’industrie militaire russe

Dans l’ensemble, à la lumière de la guerre en Ukraine, le rapport indique qu’il sera difficile pour les fabricants d’armes russes de relancer leurs ventes en raison de « l’imposition de sanctions et de contrôles à l’exportation plus stricts par un certain nombre de pays, de l’atteinte à la réputation causée par les mauvaises performances des forces armées russes en Ukraine, et de son besoin de reconstituer les pertes du champ de bataille. »

De plus, en conséquence des pertes subies par les forces russes en Ukraine cette année, les acheteurs étrangers pourraient décider de se tourner vers des sources plus fiables de matériel militaire. Il ne serait pas prudent pour la Russie qu’en se frottant à Israël, l’Etat juif enfonce le dernier clou dans le cercueil de l’industrie militaire du Kremlin.

Les pertes subies en Ukraine cette année ont déjà sérieusement entamé la réputation de Moscou en tant que puissance en matière d’équipement militaire.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

  1. https://www.iseas.edu.sg/articles-commentaries/iseas-perspective/2022-47-the-russia-ukraine-war-and-its-potential-impact-on-russias-arms-sales-to-southeast-asia-by-ian-storey/
  2. https://www.sipri.org/databases/armstransfers

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