Publié par Jean-Patrick Grumberg le 16 mai 2022
Mevlut Cavusoglu, ministre des Affaires étrangères de la Turquie, lors d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN, dimanche à Berlin.

Dans cet article, j’explique pourquoi Poutine a dépassé son niveau d’incompétence : il a justifié son invasion de l’Ukraine par la nécessité de maintenir l’OTAN loin des frontières de la Russie, et l’invasion lui apporte l’effet inverse, la voilà sur le pas de sa porte. Pour moi, c’est un désastre stratégique, des milliers de morts pour rien, qui restera dans les archives comme une tache, l’échec majeur d’un règne criminel qui tue des milliers en prétendant défendre les valeurs chrétiennes.



Le chef de l’OTAN a déclaré dimanche que le bloc allait accorder une « adhésion accélérée » à la Suède et à la Finlande, qui la réclament d’urgence, et la Turquie a renversé son opposition, augmentant ainsi la pression sur Vladimir Poutine.

« Le président Poutine veut la défaite de l’Ukraine, la chute de l’OTAN, la division de l’Amérique du Nord et de l’Europe », a déclaré à Berlin le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, après avoir rencontré les ministres des Affaires étrangères des membres de l’alliance. « Mais l’Ukraine tient bon, l’OTAN est plus forte que jamais, l’Europe et l’Amérique du Nord sont solidement unies ».

  • Le Parlement finlandais devrait ratifier une demande d’adhésion à l’OTAN lundi.
  • Et le parti social-démocrate au pouvoir en Suède a déclaré dimanche qu’il voterait en faveur de l’adhésion à l’OTAN – la nation nordique mettra ainsi fin à 200 ans de neutralité à cause d’une seule erreur de Poutine, qui se prend un revers géopolitique humiliant.

Le déploiement de troupes de l’OTAN le long de la frontière russe de près de 1300 km avec la Finlande s’ajoute aux problèmes que rencontre Poutine, qui, lorsqu’on dégage le brouillard de la propagande ukrainienne et russe, et que l’on examine les chiffres les plus prudents, montrent qu’il est confronté à des revers notables dans la guerre qu’il a déclenchée en Ukraine le 24 février.

Poutine s’attendait à ce que le peuple ukrainien lui ouvre les bras

Une des préconditions de l’invasion était que Moscou a supposé que les Ukrainiens accueilleraient les troupes russes à bras ouverts. « Mais c’était une grosse erreur de calcul, si l’on se base sur ce qui s’est passé en 2014 », explique le Dr Hanna Shelest, rédactrice en chef d’Ukraine Analytica et responsable du département de politique de sécurité au sein du think tank ukrainien Ukrainian Prism.

Cette idée est clairement visible dans les nombreuses déclarations d’avant-guerre dans lesquelles le Kremlin supposait que les Ukrainiens ne se battraient pas, qu’ils accueilleraient les Russes, et qu’ils se sentiraient « libérés » et « protégés ».

L’erreur de Poutine aura été d’avoir confondu le désir de paix avec la volonté de se rendre, et le désir de stabilité avec la volonté de supprimer le choix démocratique et souverain du peuple. Après avoir mal calculé que les nations européennes et les Etats-Unis du faible Biden se mobiliseraient fortement en soutien d’un pays que tout le monde aurait de bonnes raisons d’ignorer, Poutine a vraiment dépassé son niveau d’incompétence et empilé les erreurs.

L’avenir proche dira si j’ai raison, mais pour l’instant, le bilan n’est pas brillant : l’ironie de la candidature des deux pays nordiques n’échappe à personne. Pour justifier son invasion de l’Ukraine, M. Poutine déclarait il n’y a pas si longtemps qu’il était préoccupé par l’élargissement de l’OTAN, et en particulier par le déploiement de nouveaux missiles près des frontières russes, et sa crainte est devenue une réalité par sa faute, et sa faute seule ! Cette inquiétude est d’ailleurs partagée par la majorité des citoyens russes, qui estiment que les États-Unis ont profité de la faiblesse de leur pays après l’effondrement de l’Union soviétique pour amener des missiles à ses frontières.

Poutine, il me fait penser à cette histoire folle d’une femme qui se fait écraser par un bus en sautant du trottoir parce qu’elle a vu une abeille s’approcher. Par peur de l’éventualité du déploiement de missiles, il a créé une réalité.

La Turquie revient sur son opposition

Une demande d’adhésion à l’OTAN doit être approuvée à l’unanimité par ses 30 membres. L’un de ces membres, la Turquie, a jusqu’à la semaine dernière rejeté une telle éventualité. Dimanche, elle a levé son opposition aux candidatures, et a laissé entendre qu’elle ne s’opposerait pas à l’admission, si ses propres préoccupations en matière de sécurité étaient traitées.

Mevlut Cavusoglu, ministre des Affaires étrangères de la Turquie, lors d’une réunion informelle des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN à Berlin dimanche, a déclaré que la Turquie ne s’opposait plus aux demandes d’adhésion à l’OTAN de la Finlande et de la Suède, mais sous conditions. Il a annoncé une liste d’exigences auxquelles il souhaiterait que les deux pays répondent.

Il a demandé que ces pays lèvent les interdictions d’exportation de certains biens vers la Turquie, qu’ils fournissent des garanties de sécurité à la Turquie, et qu’ils empêchent le Parti des travailleurs du Kurdistan, ou P.K.K., d’opérer dans ces pays.

Le P.K.K., qui a lancé un violent mouvement séparatiste en Turquie au début des années 1980, est considéré par le gouvernement turc comme un groupe terroriste. La Suède a désigné le P.K.K. comme une organisation terroriste, tout comme l’Union européenne et les États-Unis.

Après la réunion informelle, le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a confirmé que la Turquie n’avait pas exprimé d’opposition à l’adhésion de la Finlande et de la Suède à l’alliance.

Le secrétaire d’État américain, Antony J. Blinken, a déclaré avoir rencontré M. Cavusoglu à Berlin dimanche et avoir discuté du point de vue de la Turquie. « Il s’agit d’un processus », a-t-il déclaré aux journalistes, ajoutant que « c’est un endroit où nous parlons de toutes les différences que nous pouvons avoir. »

Vendredi, M. Erdogan avait fait sensation en laissant entendre qu’il hésitait à accueillir ouvertement la Finlande et la Suède dans l’OTAN. Samedi, il laissait entendre qu’il ne bloquerait pas l’adhésion. Dimanche, il l’approuvait, sous conditions.

Selon des observateurs présents aux réunions, les préoccupations de M. Erdogan étaient essentiellement sur la tradition suédoise d’accueil des réfugiés kurdes, dont certains sont favorables à une nation kurde distincte.

« Malheureusement, les pays scandinaves sont presque comme des maisons d’hôtes pour les organisations terroristes », a déclaré M. Erdogan, en nommant le P.K.K. Puis son proche assistant et porte-parole, Ibrahim Kalin, a ensuite indiqué que la Turquie ne bloquerait pas l’adhésion, déclarant samedi que la Turquie essayait seulement de s’assurer que les préoccupations de tous les membres de l’alliance en matière de sécurité étaient prises en compte.

Conclusion

Je connais le présent mais je ne prévois pas l’avenir. Je suis le seul, vu les certitudes de mes contradicteurs sur l’issue de cette guerre. Israël est devenu champion du monde d’échec – oui, tous ses joueurs sont russes ! La partie n’est pas terminée, et seuls les poutinistes connaissent son issue, mais jusque là, Poutine est un bien piètre joueur. Sans parler des milliers de morts et des vies déchirées qu’il a provoquées.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Jean-Patrick Grumberg pour Dreuz.info.

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