Publié par Mauricette le 15 mai 2022

Source : Ladepeche

L’essayiste et journaliste Caroline Fourest dénonce l’accord entre la gauche républicaine, laïque et la gauche des Insoumis. «Un cadeau» fait selon elle, à l’extrême droite.



Vous parlez d’une gauche orpheline et d’un accord contre-nature à propos de la Nupes : pourquoi ?

On n’est pas en train de parler d’un compromis sur des sujets mineurs. C’est un accord qui fait fi de divergences majeures sur des sujets essentiels. Ce n’est plus un compromis, c’est une compromission pour sauver des places aux législatives.

Quels sont les sujets de divergences profondes entre ces deux gauches ?

Cela fait longtemps que je pense que la vie politique serait plus claire si les formations assumaient ces clivages de fond, notamment ce qui sépare une gauche radicale, plutôt identitaire, hostile à l’Union européenne et à ses traités, et une gauche plus responsable, républicaine, laïque, universaliste. Je rappelle que Jean-Luc Mélenchon a longtemps soutenu que l’agresseur était l’OTAN et non la Russie en Ukraine… Le fossé entre ces deux gauches est trop profond. Vouloir l’enjamber pour quelques circonscriptions ne donne pas une image très noble de la politique. Nupes n’est pas une alliance, on voit bien que la ligne des Insoumis, de la gauche identitaire et victimaire triomphe à tous les postes.

Diriez-vous que Jean-Luc Mélenchon est en passe de réussir une OPA sur la gauche et le PS ?

Ce n’est même plus une OPA, c’est une mise à mort du Parti socialiste, c’est une revanche que Jean-Luc Mélenchon savoure. Olivier Faure fait une erreur de calcul. Il croit mesurer le poids du PS au score d’Anne Hidalgo à la présidentielle. Or, l’échec d’Anne Hidalgo est aussi un échec personnel. Il y a également beaucoup d’électeurs qui ont voté pour Jean-Luc Mélenchon sans partager toutes ses idées, simplement pour avoir une chance de déjouer l’affiche Le Pen-Macron. Il existe encore une place dans ce pays pour une gauche responsable, républicaine. Je suis même convaincue qu’elle est forte dans les intentions de vote mais il lui faut une incarnation claire et charismatique. Il n’est pas sûr que le PS obtienne plus de sièges en ayant vendu son âme que s’il y était allé sous ses propres couleurs.

Que pensez-vous justement de la polémique autour de Taha Bouhafs ?

Ce cas est emblématique de la fracture qui sépare les deux gauches. La gauche identitaire, radicale est capable d’investir Taha Bouhafs puis de rétropédaler en essayant de faire taire les plaintes pour agressions sexuelles au nom de la priorité politique. Ce n’est pas du tout la même chose de considérer que Taha Bouhafs est un modèle pour la jeunesse ou pas. Quand on a traversé les attentats de Charlie Hebdo, de Toulouse, Montauban, on sait qu’il y a une question dans ce pays qu’il ne faut pas mettre sous le tapis, c’est celle de la fièvre identitaire et victimaire qui peut gangrener notre jeunesse et qui peut la radicaliser. Les progressistes doivent résister à la tentation du clientélisme victimaire et porter haut les valeurs d’émancipation, d’universalité, de laïcité. Quand on trahit ces valeurs, on ne rend pas service au progrès et on trahit la laïcité. Quel plus beau cadeau peut-on faire à l’extrême droite ?

Que pensez-vous de ces candidatures qui se multiplient à gauche, notamment en Occitanie, avec des dissidents du PS ou des candidats PRG contre Nupes ?

Je suis ravie que des figures comme Carole Delga, Michael Delafosse qui incarnent la gauche qui a le courage de défendre la laïcité osent faire entendre une autre voix. L’Occitanie est une terre historique de la gauche, qui a une longue tradition républicaine. Cela ne m’étonne pas que le courage vienne de là. Maintenant il faut souhaiter qu’il s’étende ailleurs…

Cet accord de la Nupes est-il un atout pour lutter contre l’extrême droite ?

Les gens qui s’enivrent avec Nupes oublient un peu le climat dans lequel nous sommes. La formation qui va certainement doubler le nombre de ses députés, ce n’est pas Nupes, c’est le Rassemblement national. Dans ce contexte, croire qu’il faut faire taire la gauche laïque, la gauche Charlie, c’est rendre service à l’extrême droite. Mettre en avant des figures comme Danièle Obono, Clémentine Autain, Taha Bouhafs, c’est le meilleur moyen qu’on ne parle que des crispations identitaires et pas de la question économique et sociale. Quand Eric Piolle décide d’autoriser le Burkhini, qui place la question identitaire au cœur des élections ?

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