Publié par Guy Millière le 11 mai 2022

Les prévisions disant que Vladimir Poutine allait le 9 mai déclarer officiellement la guerre à l’Ukraine, voire à l’OTAN, se sont révélées fausses, celles disant qu’il allait annoncer une victoire, même minime, se sont révélées fausses, elles aussi. Vladimir Poutine n’a rien annoncé le 9 mai, et s’il n’a rien annoncé, c’est parce qu’il n’avait rien à annoncer.

Il ne pouvait pas déclarer officiellement la guerre à l’Ukraine. Chacun sait que c’est déjà la guerre et la population russe en voit les effets : l’armée russe a perdu vingt-cinq mille hommes et un tiers de son matériel, les cercueils rentrent en Russie, les familles apprennent qu’elles ont perdu un fils, un frère, un cousin. Les corps n’étant pas tous récupérés et étant parfois incinérés, elles apprennent aussi, souvent, qu’un de leurs membres a “disparu”. L’armée elle-même constate les ravages qu’elle a subi, et discerne que sa crédibilité est moribonde : un nombre sans précédent de ses généraux a été tué au front, ce qui n’arrange rien pour elle.

Pour soutenir Dreuz.info, cliquez sur ce bouton :



Poutine n’a, en supplément, aucune victoire à annoncer, pas même sur Marioupol, qu’il a pourtant fait raser, car il n’a pas pris Azovstal. Il est en situation de défaite ou de stagnation partout, et dans la région de Kharkiv, l’armée russe a été repoussée jusqu’à la frontière par l’armée ukrainienne, qui est à l’offensive et avance au nord de la Crimée.

Le discours de Poutine le 9 mai était essentiellement un discours visant à justifier la guerre auprès de la population et de l’armée russes, et il a inventé une fiction. Des forces se rassemblaient, a-t-il dit, et voulaient perpétrer des massacres génocidaires dans le Donbass et attaquer la Russie, et à Kiev, on se préparait à recevoir des armes nucléaires pour ce faire. La Russie, a-t-il ajouté, devait mener une opération préventive pour protéger les Russes du Donbass (qu’il a défini comme un territoire russe !) et pour protéger la Russie. 

Tout cela est faux, bien sûr, puisque c’est lui qui a lancé une invasion, mais Poutine doit trouver un moyen de justifier l’injustifiable. Il sait que la population russe est désinformée par les médias russes. Il sait que l’armée reste imprégnée du sens du devoir et que lorsqu’on lui parle de “défendre la patrie”, elle répond présent. Comme le contexte est celui de la célébration de la fin de la Deuxième Guerre Mondiale et de ce qui est décrit par le gouvernement russe comme la ”victoire de la Russie sur le nazisme” (jusqu’en 1991, c’était la “victoire soviétique sur le nazisme”), Poutine a rendu hommage aux Russes qui sont censés avoir vaincu le nazisme, et continue à reprendre à son compte l’histoire falsifiée de la Deuxième Guerre Mondiale (dans ma prochaine vidéo je rétablirai les faits), et il en profite pour dire que ceux que l’armée russe affronte en Ukraine sont des nazis: et il tente de faire passer la guerre qu’il a lancée contre l’Ukraine comme une guerre équivalente à celle censée avoir permis à l’Union Soviétique de vaincre le nazisme.  Tout cela est faux là encore, et tout cela est odieux et délirant. Si une armée se conduit comme une armée nazie en Ukraine, c’est l’armée russe ! Et si un chef se conduit en nazi, c’est Vladimir Poutine, qui, samedi, a osé qualifier les soldats ukrainiens de “crasse nazie”, un vocabulaire qui aurait plu à Goebbels.

Ce qui est évident est que Poutine reste ignoble, mais fait profil bas. Il n’a pas prononcé une seule fois le mot Ukraine dans son discours. Il dit avoir tendu la main à ceux contre lesquels il se bat, avant qu’il ait dû se résoudre à agir, c’est totalement inexact. Il demandait une reddition sans condition et ne l’a pas obtenue.

Ce n’est plus du tout le Poutine vindicatif triomphant et sûr de lui-même du 24 février, et il y a une raison à cela : Poutine sait qu’il a perdu, et que l’Ukraine soutenue par les Etats-Unis est en train de gagner.

Il sait qu’il ne peut pas reconnaitre qu’il a perdu la guerre sans perdre sa place et sans doute sa vie. Il sait qu’il est dans une voie sans issue, et il cherche désespérément une issue mais n’en trouve pas, alors il continue à faire bombarder et à tuer (par bombardements d’artillerie, la Russie n’ayant pas la maitrise du ciel ukrainien, et ne pouvant plus bombarder par avion). Et il ment, et ment encore. (Ceux qui l’idolâtrent parce qu’ils aiment les criminels contre l’humanité vont continuer à affirmer qu’il dit la vérité, je sais, et éviter soigneusement de parler des atrocités commises contre les Ukrainiens : ils me font penser à celui qu’on avait surnomme Baghdad Boy aux Etats-Unis en 2003 : le responsable de la communication de Saddam Hussein qui proclamait la grande victoire de son maître tandis que derrière lui sur les images vidéo, des chars américains circulaient).

Combien de temps cela peut-il durer ? Nul ne le sait. Pas même lui, Vladimir Poutine.

Il a commis le 24 février une erreur catastrophique. Il a fait commette des crimes de guerre à son armée. Il ne peut revenir en arrière. Plus le temps va passer, moins il aura de bombes et de matériel, plus il y aura des soldats morts. Plus il y aura des refus d’obéissance de soldats (il y en a déjà un nombre certain). Du côté de l’Ukraine, il y a la fourniture d’armes et de matériel américain en quantité quasiment illimitée, et il y a les dispositifs de renseignement américains. Il y a même les satellites de communication appartenant à Elon Musk, qui permettent à l’Ukraine d’avoir un réseau internet et téléphonique pleinement fonctionnel.

A un moment donné, l’armée russe sera épuisée, et pourra être repoussé Presque partout hors des frontières de l’Ukraine. Poutine cherchera une porte de sortie lui permettant de tenter de sauver la face. Les dirigeants européens seront prêts à lui offrir une porte de sortie. Il n’est pas certain que l’administration américaine et les Ukrainiens voudront lui offrir une porte de sortie.

Nous n’en sommes pas là, et tant que Poutine le pourra, il ne s’arrêtera pas. C’est désormais une guerre d’attrition qui a lieu. Si la Russie n’était pas une puissance nucléaire, il serait possible d’en finir plus vite, mais la Russie étant une puissance nucléaire, attendre son épuisement, qui viendra, est la seule solution.

Poutine aurait pu finir sa vie en dictateur tranquille et vieillissant, il a choisi la guerre. Il a choisi de montrer qu’il était un criminel (on le savait déjà, mais là, il a poussé le crime jusqu’à l’obscénité). Il a voulu détruire l’Ukraine et les Ukrainiens. Il en subit les conséquences. La justice voudrait qu’il paie de sa vie ce qu’il a fait à l’Ukraine et aux Ukrainiens. Ce ne sera peut-être pas le cas, hélas, mais je continue à penser que ses jours à la tête de la Russie sont comptés.

Le peuple qui subit les atrocités et l’ignominie est le peuple ukrainien, mais j’ai un peu de tristesse pour le peuple russe. Une fois de plus, un dictateur criminel l’égare et l’enferme lui aussi dans une impasse tragique et humiliante.  

En parallèle au discours de Poutine, il y a eu les discours de Volodymyr Zelensky, remarquables en tous points, et ce sont les discours d’un homme qui quand la guerre prendra fin, sera le grand vainqueur. C’est lui qui a donné à son peuple le courage de résister. C’est lui qui a mobilisé l’opinion internationale. C’est lui qui incarne les valeurs de la civilisation occidentale face à la barbarie.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

Abonnez-vous sans tarder à notre chaîne Telegram, pour le cas où Dreuz soit censuré, ou son accès coupé. Cliquez ici : Dreuz.Info.Telegram.

Inscrivez-vous gratuitement pour recevoir chaque jour notre newsletter dans votre boîte de réception

Dreuz ne spam pas ! Votre adresse email n'est ni vendue, louée ou confiée à quiconque. L'inscription est gratuite et ouverte à tous

Merci de cliquer sur J'aime pour soutenir Dreuz