Publié par Gertrude Lamy le 27 mai 2022
Le cri, Edvard Munch

Source : Didierlong

En sortie de Covid, beaucoup de gens autour de nous, et ils portent des noms et des visages, sont dans de grandes souffrances psychiques.

Les femmes que soignait Freud à Vienne exteriorisaient la frustration émotionnelle, affective, sentimentale dans l’hystérie d’une société riche, pudibonde, scrupuleuse et faussement morale.



Aujourd’hui la psychose est partout, chez nos ados, anorexiques mentaux ou suicidaires, bipolaires, schizophrènes affectifs, aux crises d’angoisse ou de phobie multiples.

Les hôpitaux sont pleins. Un adulte sur 10 est en souffrance. Cette crise a visibilisé l’invisible.

Depuis 2 ans et demi, J’ai croisé ces ados tellement speciaux et attachants, aux questions désarmantes de réalisme : « Mais comment tu veux vivre dans le monde violent de competition et de consommation que vous avez fait », et aussi ces personnes admirables qui soignent dans les hôpitaux, les services sociaux, les CMP, avec des moyens dérisoires et une foi à déplacer les montagnes. Les curés de campagne ou les rabbins d’aujourd’hui.

J’ai vu tant de scènes de détresse ou de personnes arrivées au bout de tout. Des enfants, des parents, des familles disloquées.

Il y a des suicides d’enfants, des dessocialisations nombreuses, et curieusement beaucoup, beaucoup, d’enfants de dirigeants…

Ils ne sont que le symptôme de la psychose de toute une société, le décrochage avec la réalité et la fragmentation du réel avec fuite dans le délire ou la dépression sur fond de perte d’estime de soi souvent depuis l’enfance.

La télévision et ses starlettes d’une minute, ses infos du JT en mode mytho, on fait de notre société un Truman show. En politique les discours interchangeables ont remplacé le réel et toute idée à plus de 2 jours. Les vieux partis ont été clives par des comédiens d’un instant et il reste le chaos. Une polémique chasse l’autre. Instagram à créé une dictature des faux corps d’un selfie qui fragmente des ados en construction d’identité. On se croise sur FB mais rarement dans la réalité. A force de virtualité le monde Internet l’a fait disparaître.

Mon rav Haim Harboun, docteur en psychologie et élève d’Henri Baruch, m’a enseigné que toutes les maladies psychiques provenaient de la perte ou l’absence de l’estime, donc de la conscience, de soi.

Combien c’est vrai.

Cette sanctification du temps dans la mitsvah est le seul but du judaisme. Une prise de conscience de l’existence par le questionnement.

Meatai, ‘ « à partir de quand » – commence le Talmud (Berakhot)… »Quand commence le soir, puis quand commence le matin ? » Et la guemara répond : « Quand tu peux distinguer le visage d’un ami d’un étranger à 3 coudées ».

En clair, notre capacité à faire exister les autres par empathie, réveille le jour pour nous, et nous fait exister, entrer dans un temps habitable ensemble par empathie.

La sortie de l’indifférence psychotique, ‘crée’ littéralement autrui en face de nous, séparé, responsable, elle unifie la conscience que nous avons de nous-même. Cet accueil d’autrui est aussi recueillement de soi, (e’had). Il est célébré par des processus d’abréaction ‘exotiques’ mais efficaces comme le Korban Pessah et les sacrifices du Temple dont la prière a conservé la trace sur nos langues.

Le Chabbat, lui, structure symboliquement le réel par ses interdits autour du pain, de l’habit, de la maison. Chacun devient le grand prêtre dans le michkane recevant ses amis pour particulariser (sanctifier) le vin et le pain. Juste « être un humain là ou il n’y en a pas » comme dit Pirkei Avot.

Voilà ce que m’a appris mon Maître.

Les personnes en grandes souffrances psychiques sont le symptôme de la violence de ce monde violent pour nos sœurs et frères humains. Il est dans notre capacité a chacun par l’empathie de faire lever son jour pour autrui… et d’allumer la lumière pour nous.

Que D. bénisse votre jour.

« Je me promenais sur un sentier avec deux amis — le soleil se couchait — tout d’un coup le ciel devint rouge sang. Je m’arrêtai, fatigué, et m’appuyai sur une clôture — il y avait du sang et des langues de feu au-dessus du fjord bleu-noir de la ville — mes amis continuèrent, et j’y restai, tremblant d’anxiété — je sentais un cri infini qui passait à travers l’univers et qui déchirait la nature. »

Edvard Munch, dans son journal de 1892

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