Publié par Gilles William Goldnadel le 28 juin 2022
Goldnadel : « Contrairement aux États-Unis, le droit à l’avortement n’est pas menacé en France »

L’émoi provoqué par l’arrêt de la Cour Suprême américaine ne doit pas nous faire oublier que notre pays ne remet pas en question ce droit, explique l’avocat qui pointe du doigt «l’illogisme déraisonnable» des commentaires sur cette décision de justice.

Mon lecteur ne sait que trop combien je vitupère l’époque. Combien je la tiens pour déraisonnable pour raison idéologique. L’expression étant euphémique. Un exemple, pris parmi cent, parce que le plus récent.

Cette tempête causée par l’arrêt rendu par la Cour Suprême américaine en matière d’avortement qui a atteint en un instant les rives de la Seine. Il n’est pas dans mon intention d’en discourir juridiquement ou politiquement sur le fond. Mon propos est de montrer l’irrationalité ou la singularité des commentaires en France.



Tout d’abord, il est paradoxal qu’une jurisprudence étrangère fasse couler plus d’encre que la loi récente française en la même matière. On sait que la précédente chambre, emmenée par des féministes de gauche avait, le 2 mars 2022, en dépit des préventions présidentielles, décidé de porter jusqu’à la quatorzième semaine la possibilité de recourir à l’interruption de grossesse. D’aucuns, pourtant résolument favorables à cet acte, avaient considéré qu’une telle extension constituait une violation de l’esprit d’équilibre de la loi Veil. Ils s’appuyaient pour le penser sur les répugnances d’une partie du corps médical à intervenir à un moment où la formation du fœtus oblige parfois à broyer au moyen d’une pince les os de la cage cervicale déjà constituée.

On aura plus glosé en deux jours sur un arrêt de Cour étranger qu’en un mois sur une loi nationale.

Gilles-William Goldnadel

La jurisprudence états-unienne était à peine connue, qu’une crainte feinte était agitée par Aurore Bergé, responsable nouvellement désignée du groupe très relativement majoritaire à l’Assemblée, trop heureuse de pouvoir espérer faire passer une loi sans trop de difficultés. L’extrême gauche parlementaire l’ayant même précédée sur les chemins de la démagogie et de l’idéologie réunies. L’objectif, on le sait, étant de faire inscrire dans le marbre constitutionnel le droit des femmes à pouvoir avorter.

La déraison a deux têtes.

La première est de faire semblant de croire qu’il existerait en France le moindre début de commencement de risque de voir un tel droit remis en question.

La seconde, encore plus folle, de réagir dans le chaud émotionnel et médiatique d’une actualité étrangère. Difficile de faire pire.

Quitte à écrire dans le marbre, et tandis que nous y sommes, je proposerais d’inscrire des droits autrement moins assurés. Ainsi des limites pour l’État d’imposer fiscalement le contribuable français pour rembourser une dette qu’il a contribué à aggraver. Ou encore des bornes infranchissables de la souveraineté nationale, tel qu’en passant le peuple français les avaient espérées dans le cadre d’un référendum constitutionnel foulé aux pieds.

Les commentateurs orientés semblent découvrir les inconvénients du gouvernement des juges. Ou plus exactement, ils les découvrent quand leurs jugements ont le majeur de leur déplaire.

Gilles-William Goldnadel

Et j’en viens ainsi naturellement à ma dernière remarque sur l’illogisme déraisonnable des commentaires sur une décision judiciaire étrangère.

Les commentateurs orientés semblent découvrir les inconvénients du gouvernement des juges. Ou plus exactement, ils les découvrent quand leurs jugements ont le malheur de leur déplaire.

Quand leurs arrêts étaient rendus par des juges progressistes, point de commentaires. Mais malheur aux juges conservateurs !

L’on sait déjà que l’on avait tenté d’empêcher l’un de ces juges, Brett Kavanaugh, d’être désigné en ourdissant contre lui une accusation d’un viol vieux de trente ans qui avait fait long feu.

Il fallait d’autre part être bien naïf et ne pas connaître l’Amérique pour ne pas anticiper que la folie woke semée dans les universités ou les salles de rédaction allait récolter une tempête réactionnaire. Cette réaction conservatrice n’en est qu’à ses débuts, avec ses excès cycloniques.

Mais retournons dans cette France que nous n’aurions pas dû quitter.

Il y aurait tant à dire et à commenter, plutôt que de regarder maladivement de l’autre côté de l’océan, sur ces actes de gouvernement des juges que nous ne commentons pas, car en conformité avec le conformisme idéologique médiatique dominant.

Ainsi de cette décision surréaliste de notre Conseil constitutionnel, inventant pour la circonstance le principe juridique de fraternité, qui n’existe que sur les frontons de nos mairies, pour ne pas voir condamner un Cédric Herrou, coupable pourtant d’aller chercher de l’autre côté de la frontière des migrants illégaux. Dans le même temps, les jeunes identitaires qui tentaient symboliquement et sans violence de les empêcher de pénétrer sur le territoire national étaient pénalement condamnés avant que d’être dissous par un autre gouvernement de juges: le Conseil d’État… La différence de traitement méritait peut-être discussion.

Mais pour ces deux arrêts français là, combien de commentaires ?

Et tandis que nous sommes à vouloir graver dans le marbre constitutionnel, pourquoi ne pas inscrire solennellement le droit du citoyen français de vivre en sécurité dans son propre pays sans être envahi par des étrangers illégaux ? Ce droit-là, au rebours du droit des femmes à la liberté d’avorter, est tellement menacé, qu’il est foulé aux pieds.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Gilles-William Goldnadel pour Dreuz.info

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