Publié par Daniel Pipes le 16 juin 2022

À rebours de la pensée conventionnelle, Greble affirme que « l’Europe balkanique occupait une position centrale dans l’histoire des confrontations de l’Europe avec l’islam ».

Pour ce faire, elle se concentre sur une population réduite et périphérique au cours d’une période d’environ soixante-dix ans. Même si l’on admet la validité de cette thèse, le titre grandiose laisse croire, à tort, qu’il s’agit de quatorze siècles d’interaction islamo-chrétienne. Un titre comme « Balkan Muslims, 1878-1949 : A History of Small-Scale Complexity » [Musulmans des Balkans, 1878-1949 : histoire d’une réalité complexe à petite échelle] présenterait le sujet de son livre de façon bien plus précise.



Néanmoins, la thèse est-elle convaincante ? Les musulmans de l’Europe balkanique occupaient-ils vraiment une position plus centrale dans les relations européennes avec l’Islam que l’impact des Indiens sur la Grande-Bretagne, des Algériens sur la France et des Turcs sur l’Allemagne ? D’une façon générale sur le plan historique, ont-ils eu un impact plus important que l’Église pendant quatorze siècles ? Ou s’agit-il du plaidoyer particulier d’une jeune universitaire, professeur agrégé d’histoire et d’études russes et est-européennes à l’Université Vanderbilt, pour son domaine de recherche spécifique ?

La thèse de Greble se résume à une mésinterprétation tenace du nationalisme occidental : « Des États-Unis à l’Europe centrale, la discrimination contre les femmes, les hommes de la classe ouvrière et les minorités linguistiques, confessionnelles et raciales, était au cœur des projets de construction de la nation. » Selon ce point de vue, « les musulmans qui s’opposaient aux normes européennes arbitraires … ont été présentés comme des bandits ou des agents étrangers, leurs cultures décrites comme un « choc des civilisations », leurs idées critiquées comme non occidentales, étrangères, autres. »

La place prétendument centrale des musulmans des Balkans réside dans le fait qu’ils sont les premiers à avoir expérimenté cette réalité mondiale selon laquelle les États à majorité non musulmane « se révèlent incapables d’accepter l’existence et la possibilité d’existence de citoyens musulmans ». Un simple fait montre l’inanité de cette conclusion, à savoir l’immigration massive, régulière et enthousiaste, depuis 60 ans, de musulmans vers les pays occidentaux, où ils sont devenus citoyens.

Greble aurait mieux fait de rester à l’écart des grandes théories pour s’en tenir à son sujet dans lequel elle excelle en tant que chercheuse, particulièrement dans sa capacité à révéler des histoires méconnues mais dignes d’intérêt. La deuxième édition de son livre adoptera peut-être le titre que je suggère en tant que critique et laissera tomber les éléments d’inspiration Edouard-Saïdienne.

Daniel Pipes

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