Publié par Yves Mamou le 6 juin 2022

L’idée d’un « partage » juste de la terre entre Juifs et Arabes est, depuis plusieurs décennies, considérée comme la pierre angulaire de la paix au Proche Orient.

C’est parce que les uns en auraient « trop » et les autres « pas assez » que la guerre a lieu. Ainsi, à peine arrivée au pouvoir, l’administration Biden a remis au centre du jeu diplomatique l’idée d’un « partage » de la terre  comme étant la « seule valable pour une « paix juste et durable » au Proche Orient ».



L’idée que la paix entre Juifs et Arabes sortira d’un « partage » (de la terre) équitable n’est pas neuve. Elle a presque un siècle. Depuis cent ans, diplomates et chefs d’Etat s’échinent à tracer en tous sens des lignes de « partage ». Sans jamais produire autre chose que la guerre et la rancœur entre Juifs et Arabes.

Les premières esquisses de « partage » ont eu lieu en 1929 sous le Mandat britannique. Horatio St. John Philby, haut fonctionnaire britannique imagine une entité arabe ou les Juifs, minoritaires auraient leurs droits préservés. L’année suivante, en 1930, le gouvernement britannique met en place la Commission Shaw pour tenter de comprendre les causes du conflit entre Juifs et Arabes. En 1933, le rapport French préconise de restreindre l’immigration juive pour que les Juifs demeurent une minorité acceptable en Palestine.  En 1936, Nuri Said, ministre des Affaires étrangères irakien, propose une fédération de Palestine, qui inclurait quelques cantons dédiés aux Juifs.  En 1937, la commission Peel propose un nouveau partage qui fait des lieux saints une entité à part. La même année, une autre commission dite Hyamson-Newcombe tente de faire accepter l’idée de partage aux Arabes. En 1938, en 1939, en 1943, en 1945, en 1946, divers autres plans de partage sont élaborés.

Un partage effectif a lieu le 29 novembre 1947. L’Assemblée Générale de l’ONU vote la résolution n°181 qui partage la Palestine en deux Etat, un pour les Arabes, l’autre pour les Juifs. Les Arabes refusent le partage. La guerre éclate quasi immédiatement et la coalition arabe est défaite en 1948.

Le refus de partage des Arabes produit deux autres guerres en 1967 et 1973. Comprenant qu’ils ne vaincront pas militairement, les Arabes signent la paix avec Israël mais transfèrent le refus de partage aux Palestiniens. Ce sont eux qu’il faut convaincre de vivre en paix à côté des Juifs.

En 1978, les Accords de Camp David établissent la paix entre l’Egypte et Israël, mais échouent à régler définitivement le « problème palestinien ». En 1982 (initiative Reagan), en 2000 (Plan Clinton), en 2003 (Plan Beilin – Rabbo), en 2005 (Les Israéliens se retirent de Gaza), en 2007 (déclaration d’Annapolis), en 2008 (Plan Olmert), en 2014 (Plan Kerry-Obama)… d’autres « partages » sont mis sur pied et butent sur le même problème : le refus des Arabes.

La conclusion est simple : l’idée de partage de la terre ne fait pas partie de la culture islamique. Le monde musulman juge insupportable d’avoir à traiter d’égal à égal avec les Juifs tandis que les Juifs, et là aussi c’est une constante, ont refusé de se retrouver en position de minorité dans une société arabes qui ne prévoit pas d’égalité pour les religions et cultures minoritaires.

La seule explication de ce refus obstiné du partage par les Musulmans n’est pas économique ou géographique, elle est religieuse. Pour les musulmans, les Juifs ont certes été le peuple élu par Dieu, et le Coran mentionne explicitement le don de la terre de Canaan aux Hébreux. Mais ce don a eu lieu une fois, puis a été repris. La destruction de l’Etat hébreu par les Romains en 50 a représenté une punition divine. Allah a transféré alors l’élection sur les Chrétiens. Mais ceux-ci ont déçu Allah qui a choisi de faire des Arabes le nouveau peuple élu.

Reconnaître Israël, parler de « partage », instaurer une égalité entre Juifs et Arabes est une idée qui ne peut mener qu’à la guerre, car il ne saurait y avoir deux peuples élus. Allah ne saurait avoir fait don de la terre de Canaan deux fois aux Hébreux. Pour les musulmans, la réapparition d’Israël en 1947 n’est pas l’œuvre de Dieu, mais celle du diable. Du Sheitan.

Cela ne signifie pas que la paix est impossible. Cela signifie seulement qu’elle ne passe pas par le partage.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Yves Mamou pour Dreuz.info.

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