Publié par Guy Millière le 22 juin 2022

Le voyage d’Emmanuel Macron, Olaf Scholz et Mario Draghi à Kiev a été important parce qu’il a marqué un changement des positions de chacun d’eux face à la guerre d’agression de la Russie contre l’Ukraine.

Pendant des semaines, Macron avait des positions qui relevaient de l’apaisement. Il avait tenu des propos douteux, disant par exemple qu’il ne fallait “pas humilier la Russie”, Olaf Scholz parlait d’armer l’Ukraine mais faisait preuve d’inertie, Mario Draghi s’évertuait à promouvoir l’idée d’un cessez-le-feu rapide. Les discours prononcés à Kiev ont été très différents. Ils ont affirmé la nécessité de soutenir l’Ukraine jusqu’à la victoire, ainsi que la nécessité de ramener la paix et la stabilité en Europe en permettant à l’Ukraine d’être libre et souveraine sur l’intégralité de son territoire. Ce changement de positions signifie que la France, l’Allemagne et l’Italie rejoignent désormais les positions de l’Europe centrale (sauf la Hongrie), des pays baltes, de la Finlande, de la Suède et du Royaume-Uni, dont les dirigeants ont compris d’emblée ce qui est en jeu et l’ont affirmé. Et il semble indiquer que les dirigeants de la France, de l’Allemagne et de l’Italie ont désormais compris eux aussi ce qui est en jeu. Il n’est pas certain que les membres de l’administration Biden aient compris, mais l’administration Biden a suivi l’opinion publique américaine, qui est toujours du côté de la liberté et de la démocratie, parce que liberté et démocratie sont au cœur des valeurs américaines.

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Ce qui a été compris d’emblée par les dirigeants de l’Europe centrale (sauf la Hongrie), des pays baltes, de la Finlande, de la Suède et du Royaume-Uni a été précisément cela (que je n’ai cessé d’expliquer dès les premiers jours) : une dictature prédatrice agresse une démocratie, commet des crimes abominables et atroces, ravage, détruit, et ce n’est pas admissible. Cela bafoue toutes les valeurs de la civilisation occidentale et de la civilisation tout court, et quiconque est attaché aux valeurs de la civilisation occidentale et de la civilisation tout court doit agir pour mettre la dictature prédatrice hors d’état de nuire, et placer le dictateur face à ses crimes, sans fléchir.

Ce qui a été compris d’emblée par les dirigeants de l’Europe centrale (sauf la Hongrie), des pays baltes, de la Finlande, de la Suède et du Royaume-Uni est qu’admettre l’inadmissible, lui concéder quoi que ce soit, serait renoncer aux valeurs de la civilisation occidentale et de la civilisation tout court, dire que la civilisation occidentale est une civilisation qui renonce à être, admettre que la force la plus barbare peut l’emporter et envoyer un message à Poutine lui disant qu’il peut continuer, envoyer aussi un message aux dictatures alliées de Poutine dans un nouvel axe du mal, Chine, Iran, qu’elles peuvent exercer les actes barbares qu’elles entendent exercer, et considérer que les actes barbares qu’elles ont déjà perpétrés ne leur seront pas reprochés, car l’Occident se soumet.

La compréhension étant désormais partagée, il reste maintenant à poursuivre et accentuer l’action déjà menée. Cela doit impliquer de livrer bien davantage d’armes encore à l’Ukraine et de fournir bien davantage encore à l’armée ukrainienne la formation requise pour l’utilisation de ces armes. Il reste aussi à maintenir et à accentuer les sanctions qui frappent la Russie, et qui commencent à produire leur effet. Il reste enfin à expliquer beaucoup plus aux populations occidentales ce qui doit être expliqué, à mettre pleinement fin aux discours relativistes et à écarter beaucoup plus les discours imprégnés de propagande russe aux fins qu’ils deviennent intenables.

Pour le premier point, les armes promises doivent être toutes envoyées, ce n’est pas le cas aujourd’hui, et ce n’est en particulier pas le cas aujourd’hui de la part des Etats-Unis, qui sont de très loin le principal fournisseur d’armes à l’Ukraine, et on voit que l’administration Biden, qui n’a jamais fait preuve de détermination pour défendre la civilisation occidentale fléchit un peu. C’est la tâche des conservateurs américains d’exiger que l’administration Biden fasse ce qu’elle a promis de faire. Ils s’y emploient, pour la plupart d’entre eux.

Pour le deuxième point, l’accentuation des sanctions est en cours, et c’est important : contrairement à ce que disent les désinformateurs, les sanctions ont un effet, oui, et cet effet est en train de croitre et de s’accentuer.

Pour le troisième point, un travail doit être mené à bien, et il le sera de plus en plus. La propagande ne résiste pas indéfiniment aux faits dès lors que ceux-ci sont mis au jour. L’odieuse tentative à laquelle a recouru la propagande russe pour attribuer les atrocités commises par des soldats russes dans la banlieue de Kiev et dans celle de Kharkiv à des soldats ukrainiens est aujourd’hui largement dissipée, et des dossiers accablants sont en train d’être constitués aux fins d’alimenter un procès qui devra avoir lieu accusant l’armée russe et Poutine de crime contre l’humanité et de tentative de génocide. De multiples organisations et services contribuent à la constitution de ces dossiers, dont les services de la gendarmerie française. Les discours infects décrivant le bataillon Azov comme un bataillon nazi subsistent dans l’atmosphère pestilentielle créée par la propagande russe: ils commencent néanmoins à se dissiper, et ceux qui continueront à les tenir seront identifiables comme le dernier carré des sordides partisans du totalitarisme (il y en a, hélas, dans tous les pays du monde, communistes, gauchistes, fascistes: il y a aux Etats-Unis un American Nazi Party, qui compte cinq cent membres et dont les dirigeants aiment s’habiller en uniforme SS, avec brassard à croix gammée, et un parti communiste américain, qui compte, lui, 9800 membres ; en France il y a un parti communiste, mais pas officiellement de parti nazi, ce qui doit frustre certains). 

Il faut redire ce que je n’ai cessé de dire depuis des semaines. Poutine a échoué en s’enlisant dans une débâcle devant Kiev. Il est maintenant dans une fuite en avant, car il sait qu’il a perdu.

Il fait tenir des discours fanatiques et répugnants à la télévision russe. Il s’enferre dans ses positions et se compare au tsar Pierre le Grand, ce qui ne fait que renforcer la détermination des pays d’Europe centrale (sauf la Hongrie), des pays baltes, de la Finlande et de la Suède à le combattre et à le vaincre. Il s’imagine capable d’organiser une coalition anti-occidentale alors qu’il est en train de conduire ses alliés maléfiques vers les plus difficultés. Il a perdu plus du tiers des troupes engagées et envoie au front des hommes recrutés dans les zones pauvres et asiatiques de la Russie, et nombre d’entre eux sont utilisés par lui comme de la chair à canon. Les pertes humaines dans l’armée russe sont énormes, les désertions et les mutineries se poursuivent. La limite d’âge pour le recrutement était fixée à trente ans fin février. Elle a été portée à quarante ans en mai. Elle est maintenant portée à soixante ans.  Les pertes de matériel militaire sont également énormes, et la Russie a perdu la quasi-totalité de son armement moderne, et doit recourir à un armement vieux de quarante ou cinquante ans datant de l’époque soviétique, et largement obsolète. Et quand bien même la Russie a dans le Donbass dix fois plus de pièces d’artillerie que les troupes ukrainiennes, les troupes ukrainiennes ont un matériel moderne et très performant : un canon César français vaut selon les experts militaires dix pièces d’artillerie russe, et un HIMARS américain vingt ou trente pièces d’artillerie russe. En raison des sanctions, la Russie manque de pièces de rechange et de composants électroniques, et ne peut fabriquer l’armement moderne susceptible de remplacer l’armement détruit. L’économie russe s’effondre lentement. La plus grave récession que la Russie ait connu depuis l’effondrement de l’empire soviétique est en cours et ne fait que commencer. Les avions russes ne peuvent plus voler, sauf les avions militaires et ceux des dignitaires du régime. Les entreprises russes sont au bord de l’arrêt technique.

 Les pays européens subissent les conséquences de leur dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, dépendance qu’ils auraient dû éviter et à laquelle ils sont en train de mettre fin: si l’administration Biden permettait aux Etats-Unis de redevenir le premier producteur mondial d’énergie, la situation serait infiniment meilleure, mais il ne faut, hélas, rien attendre de l’administration Biden sur ce plan (si l’administration Biden n’avait pas créé une pénurie d’énergie  et fait monter les prix, Poutine n’aurait de toute façon pas eu les moyens de déclencher une guerre, mais les dirigeants européens ne le diront pas et traitent Biden comme une vache sacrée). Huit cent millions d’êtres humains dans une vingtaine de pays du monde risquent la famine en raison de la politique de Poutine, qui bloque les exportations de blé ukrainien, et vole le blé ukrainien qu’il peut voler, ce qui va impliquer des actions d’urgence du monde occidental.

Plusieurs issues sont possibles à la situation actuelle. La Russie a, ces dernières semaines, mobilisé toutes ses forces pour prendre une ville de cent mille habitants dans le Donbass, Severodonetsk. Ce n’est pas un signe de force du tout : mobiliser toutes ses forces pour prendre une ville de cent mille habitants ! Elle est totalement incapable d’occuper davantage que les vingt pour cent de l’Ukraine qu’elle occupe, et elle ne peut tenir ces vingt pour cent qu’en mobilisant de manière constante toute son armée, ce qui est une situation intenable. Poutine compte sur la lassitude des Européens et des Américains pour obtenir quelque chose. On imaginait dans les cercles occidentaux qu’il voudrait un armistice après avoir pris Severodonetsk : son discours montre qu’il entend sans doute s’obstiner. Le monde occidental montre qu’il n’entend pas céder.  Si Poutine s’obstine, la guerre durera encore. La Russie en subira des conséquences de plus en plus graves. Poutine devra chercher une issue, et le monde occidental lui offrira peut-être une issue qui lui permettra de sauver la face. Ce ne sera, le cas échéant, ni légitime ni juste. La seule issue légitime et juste devrait être une capitulation de Poutine, mais la chute de Poutine, qui résulterait d’une capitulation ne conduirait sans doute pas à son remplacement par quelqu’un de plus fréquentable.

Si Poutine était éliminé par la nomenklatura russe, il ne serait, de fait, pas remplacé par un démocrate impeccable. Il a éliminé physiquement, emprisonné ou chassé hors du pays tous les leaders russes susceptibles d’incarner un avenir plus libre pour la Russie.

Je le redis en tout cas, il n’y aura pas de guerre mondiale militaire. Il n’y aura pas de recours à l’arme atomique, sauf si Poutine choisit de mourir avec la Russie. Ce qui me semble très improbable.  L’Ukraine et le peuple russe subissent les conséquences de la mégalomanie fanatique d’un dictateur criminel sans scrupules qui s’est forgé un entourage qui lui ressemble.

L’Europe sort de ses rêves utopiques de paix perpétuelle et redécouvre qu’il n’est pas possible d’apaiser un dictateur criminel, et que l’histoire n’est pas achevée. Elle redécouvre l’utilité de l’OTAN et comprend à nouveau que les Etats-Unis sont la puissance indispensable pour la survie de la liberté et de la démocratie sur cette terre. L’administration Biden est obligée de jouer un rôle qu’elle ne voulait pas jouer. Il reste à souhaiter qu’elle soit au plus vite remplacée par une administration américaine digne de ce nom. Il faudra pour cela attendre novembre 2024, mais les élections de novembre 2022 devraient porter au pouvoir au Congrès des républicains à même de limiter les dégâts. Il faudra quand la guerre prendra fin reconstruire l’Ukraine, et l’Ukraine est un pays un monde occidental qui aspire à l’affirmer : c’est ce que signifiera son admission à la candidature à l’Union Européenne, et l’Ukraine aura bien sur toute sa place dans l’OTAN, organisation de défense du monde libre dont elle serait déjà membre si la France de Sarkozy et l’Allemagne de Merkel n’avaient pas mis leur veto en 2008.

Une fois de plus, on voit que lorsque les Etats-Unis sont faibles et, en raison de la présence de mauvais dirigeants à leur tête, pas à même de pleinement défendre la civilisation occidentale et la civilisation tout court, la barbarie criminelle et prédatrice fait irruption, détruit et tue. Les forces du mal ne paraissent s’éloigner que quand une force est à même de les faire reculer. Depuis des décennies, les Etats Unis sont essentiellement cette force.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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