Publié par Eduardo Mackenzie le 28 juillet 2022
Ce que révèlent les nominations de Gustavo Petro

Parlons sans euphémismes. Le cabinet ministériel que Gustavo Petro n’a pas fini encore de nommer, mais où figurent déjà des personnages comme Ivan Velasquez Gomez, l’ancien magistrat colombien expulsé du Guatemala, Álvaro Leyva Duran, agent d’influence du PCC et inventeur des dialogues de Caguán avec les FARC, et Giovani Yule, chef des violentes « mingas » indigènes  qui ont incendié le pays en 2021, sont une déclaration de guerre contre la société, l’État, les forces armées et la police.

Ces nominations ne sont pas des « erreurs », comme certains le disent, ni une distribution de faveurs clientélistes, comme d’autres le suggèrent. Ils sont le produit d’une vaste réflexion, d’une affirmation d’intransigeance et d’un volontarisme marxiste dur contre la nation colombienne. C’est une architecture qui  fait prévaloir les représentations locales contre des principes universels, qui renforce le folklore contre la raison universelle, qui déloge la culture pour ma culture.

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Avec ces nominations, Petro indique qu’il ne sera pas le président de tous les Colombiens, qu’il ne symbolisera pas l’unité nationale, qu’il ne sera pas non plus le garant des droits et des libertés des Colombiens, mais qu’au contraire il sera la tête d’un bloc idéologico-politique qui agira contre les intérêts de ceux qui ne croient pas à la refondation de la Colombie sur des bases chavistes, qui récusent la voie du chaos et du retard économique et moral que les petristes appellent « changement de structures ».

Avant même  l’investiture de Petro comme président de la République, ce « changement » a commencé à avoir des effets dramatiques. Dans le département du Cauca, une guerre inter-paysanne éclate : des groupes de combat asymétriques d’indigènes attaquent des Afro-Colombiens. Les premiers cherchent à s’emparer des terres, des récoltes et des maisons des seconds, en leur lançant des propos  racistes (1).

Pour son entreprise de démolition, le régime qui s’annonce tentera de désorganiser, en premier lieu, les Forces Militaires, la Police Nationale et la force publique. L’arrivée au ministère de la Défense de Ivan Velasquez, ennemi acharné des Forces armées et persécuteur du parti Centre démocratique, a fait que la presse espagnole de gauche, comme El País, révèle ceci: que Velasquez est «  l’homme chargé par le président Gustavo Petro de démanteler l’une des armées les plus puissantes d’Amérique latine ». Le prétexte fallacieux avec lequel Petro entend justifier cette nomination, qui affaiblira la souveraineté, la sécurité et la défense de la Colombie et mettra ce pays  à la merci du militarisme russo-vénézuélien, est de « mettre de l’ordre en matière de corruption et de droits de l’homme » pour ce ministère. Quel cynisme !

Avec parcimonie Petro fait connaitre par Twitter les noms de ses futurs collaborateurs. Il sait que beaucoup de  ces ministres génèrent stupeur et angoisse dans la population. A cela s’ajoute l’inquiétude de voir qu’il n’y a pas un seul parti, y compris le Centre démocratique, qui ose dire clairement qu’il s’opposera aux plans sinistres. À l’heure actuelle, il y a des allégations ambiguës de dix lignes sur WhatsApp ou Twitter, ou des déclarations de 10 minutes sur YouTube. Personne ne veut exprimer ce que tout le monde sait : que la résistance contre le régime marxiste sera la seule forme d’action politique laissée au peuple et que cette résistance se fera, non pas avec des pleurs dans le cyberespace, mais dans la rue, avec de grandes manifestations, avec des protestations  massives, avec des initiatives contre la désinformation, avec des procès et des poursuites judiciaires, et avec de l’agitation et des dénonciations à l’intérieur et à l’extérieur du pays sur les abus et les illégalités du nouveau gouvernement. 

La supercherie consistant à faire une « opposition constructive » équivaut à reprendre la ligne de passivité qui a permis à Juan Manuel Santos, pendant ses deux gouvernements, de passer le rouleau compresseur favorable à la capitulation de l’État devant les FARC et de passer outre le rejet citoyen des accords de La Havane dans le Référendum national de 2016. Larmoyer et écrire des phrases sur les réseaux sociaux ne feront pas dérailler la machinerie destructrice. Pourtant, cette même ligne de laisser-faire, de simuler une opposition, est en train d’imprégner les partis. La résistance contre les manœuvres de Petro, et de ses partenaires étrangers, doit être, au contraire, patriotique, déterminée, pertinente, libre et avec tous les citoyens de Colombie de toutes couches et catégories sociales. Même avec les libéraux et les conservateurs qui ont perdu leurs repères le 13 juillet (2).

A ce jour je n’ai pas vu le moindre texte qui formule des thèses réalistes sur la nature de cette résistance. Il n’y a aucune proposition d’action politique immédiate. Les partis et groupes qui ont annoncé qu’ils s’opposeraient au nouveau gouvernement restent paralysés. Ils auraient  dû convoquer, de manière unitaire, une grande manifestation pour le mois de septembre, par exemple –car une mobilisation citoyenne se prépare à l’avance–, pour unir le pays derrière des mots d’ordre précis sur les thèmes de résistance les plus urgentes. Certaines idées de revendications pourraient être :

  1. Aucun changement dans la doctrine militaire, aucun changement dans la structure juridique et opérationnelle des forces militaires et policières ; vigilance quant aux « changements dans le haut commandement militaire ». Pas de transfert de la Police Nationale au Ministère de l’Intérieur (où elle tomberait  entre les mains de politiciens sans scrupules) ; pas de réduction du budget de la défense nationale.
  2. Licenciement du ministre annoncé Ivan Velasquez Gomez.
  3. Aucune modification de la doctrine de la lutte permanente contre le trafic de drogue et autres organisations de narco-subversion communiste. Non à la rupture des accords d’extradition avec les États-Unis. Non à un nouveau schéma de paix sans justice avec des groupes criminels comme l’ELN, le Clan del Golfo et les deux factions des FARC.
  4. Lutter contre toute tentative d’application des plans de « réforme agraire radical » des FARC (invasions de terres, abolition de la propriété agricole privée, création de territoires « libérés », expropriations, taxes confiscatoires sur l’agro-industrie, etc.)
  5. Pas de réforme structurelle d’Ecopetrol, ni de Cerrejon, ni du Banco de la República, ni des structures privées de santé et du système de retraite.
  6. Non aux augmentations confiscatoires d’impôts de 50 milliards de pesos, dossier nommé à tort « réforme fiscale ».
  7. Aucune limitation de la liberté d’association, d’expression, de la presse et des droits des journalistes.
  8. Non à la réorientation de la diplomatie et de la politique étrangère de la Colombie, éloignement des États-Unis, de l’Union européenne et de l’OTAN. Non à l’entrée en Colombie de conseillers cubains. Rupture des relations diplomatiques avec Cuba.
  9. Enquête approfondie  du système électoral défectueux, sur les échecs survenus aux premier et deuxième tours de l’élection présidentielle, examen des demandes de milliers de Colombiens concernant la fraude électorale de 2022.
  10. Non à la fusion des quatre départements de la Côte Pacifique en un seul  département « de la Côte Pacifique », annoncée par Francia Márquez. Non  à la création de fiefs électoraux exclusifs et fédéralistes.
  11. Non à la mutilation des symboles patriotiques –Drapeau, Hymne et Emblème National–, comme l’exigent certains.

Un régime petriste cherchera à  transformer la force publique en garde prétorienne, afin de réprimer les révoltes populaires que les mesures marxistes provoqueront inévitablement. C’est pourquoi nous devons entourer et protéger l’intégrité des forces militaires et policières. Ce sont des priorités absolues. Il n’y a rien d’illégal à s’opposer en organisant des manifestations et des rassemblements, à travers des campagnes d’agitation et d’éducation politique, ou l’adoption de tactiques de désobéissance civile active contre toute tentative de détruire la coexistence sociale et la civilisation. Au contraire, cet ensemble d’actions sera parfaitement légal, légitime et constitutionnel. Toute tentative de répression officielle de cette opposition montrera au monde la nature autoritaire du régime à venir.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

  • (1).- « Vous n’êtes pas d’ici, vous avez été importés de l’Afrique par les espagnols pour y être des esclaves ! » vocifèrent certains  indigènes à l’encontre des afro colombiens.
  • (2).- Ce jour-là les parlementaires du Parti Libéral et du Parti Conservateur ont accepté d’entrer dans  la coalition de Gustavo Petro.

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