Publié par Abbé Alain Arbez le 24 juillet 2022
Réapprendre a prier

Comment pourrions-nous rendre réceptifs à Dieu et à sa Présence, si ce n’est par la prière ? Souvent on imagine que la prière se limite à une demande, mais la première attitude de prière, c’est la louange et la reconnaissance des bienfaits de Dieu dans nos vies…

La prière dont nous parle l’évangile, évoque justement cette mystérieuse relation entre chacun de nous et Dieu, mais aussi entre toute la communauté et Dieu. Car c’est là, dans la prière, que se concrétise, depuis Abraham, cette communication entre le Dieu de la Bible et son peuple. La prière est au cœur de l’alliance, comme un fil invisible entre ciel et terre, c’est une force puissante qui vient réorienter les trajectoires de nos vies humaines vers le bien.



A l’époque de Jésus, les grands maîtres spirituels forment leurs disciples à une certaine manière de prier, qui s’inspire de la tradition des anciens, en lien avec le vécu actuel de leur communauté. C’est exactement ce qui se passe avec Jésus, lorsque les disciples lui demandent de partager son expérience de prière.

On nous rappelait dimanche dernier que le vrai croyant ne peut pas vivre sans la prière, c’est-à-dire sans se ressourcer à la Parole de Dieu qui transcende l’espace et le temps des hommes. Celui ou celle qui ne prie jamais perd sa boussole spirituelle et va se laisser envahir par les mirages du temps présent. Sans la régénération de la prière, le monde a moins de chances d’évoluer vers le bien de tous.

Or ce qui est au cœur de la tradition judéo-chrétienne, ce n’est pas une démarche humaine qui cherche à s’approprier Dieu à son profit, comme dans les cultes païens. C’est l’inverse, puisque c’est Dieu qui est venu se révéler à nous, dans une relation d’alliance, pour communiquer son amour et nous engager à préparer son Royaume…

Grâce à ce mystère de la présence de Dieu à nous, un homme, une femme du XXIème siècle, peut se retrouver proche de la prière d’Abraham, de celle de Moïse, ou encore d’un prophète comme Isaïe, et par conséquent se sentir  intimement uni à cette prière que Jésus a apprise à ses disciples, nos prédécesseurs dans la foi…L’expérience d’Abraham est une expérience fondatrice pour nous croyants. Car il accepte d’aller de l’avant, en s’appuyant seulement sur la Parole de Dieu. C’est donc comme une chaîne de vie communicative qui traverse les siècles.

En effet, Abraham dans sa jeunesse a fait un choix courageux : il a abandonné le monde des idoles, il a donc vigoureusement tourné le dos à sa famille qui fabriquait des statues et qui s’enrichissait grâce à la superstition. Abraham avait pris conscience du vrai Dieu, avec une totale confiance dans sa profonde bonté. Visiblement dans ce passage de la Genèse, il n’est pas question d’un Dieu vengeur, mais bien d’un Dieu de compassion qui pardonne et qui redonne des chances nouvelles à ceux qui l’avaient laissé de côté.

Pourquoi l’intercession d’Abraham est-elle si généreuse ? C’est parce qu’elle est inspirée par un Dieu de générosité et d’amour. C’est précisément ce Dieu d’Israël, totalement différent des divinités mythologiques, que les anciens appelaient « ami des hommes ».

C’est aussi ce même Dieu, miséricordieux et libérateur, que Jésus prie continuellement, afin qu’il oriente ses paroles et ses actions au milieu de son peuple pour ouvrir la voie au Royaume des cieux. Quand Jésus appelle ce Dieu d’amour « Père », cela intrigue les disciples, même s’il est déjà clair pour ses contemporains que Dieu est le père de son peuple. Mais ils ont aussi remarqué combien Jésus est apaisé, transfiguré, inspiré, lorsqu’il est en prière, à l’écart, de jour comme de nuit, parfois très longuement, parfois quelques instants.

Ce Dieu que Jésus implore est Esprit, il insuffle sa propre vie dans l’existence de ceux et celles qui se tournent vers lui. Alors, ceux qui font confiance à ce Dieu père sont engendrés par lui à une vie plus intense : leur cœur se transforme, ils deviennent réceptifs au pardon généreux, au respect des autres, au désir de justice et à l’engagement pour la paix…c’est ainsi qu’ils deviennent concrètement fils et filles de Dieu, nés de Dieu.

« Fils de Dieu » est une réalité engageante qui change le monde. Par la communion profonde qui l’unit au Père, Jésus nous a transmis l’Esprit de cette filialité: apprendre avec lui à être fils, c’est devenir frères, c’est faire rayonner à travers nous quelques reflets de la paternité de Dieu, qui par son amour nous fait vivre et revivre.

C’est pourquoi en lisant les évangiles, on ressent cette évidence que pour Jésus la prière n’est pas une activité pieuse déconnectée de la vie de chaque jour… Il ne fait pas de la prière, il est prière, en ce sens où il s’efface pour laisser place au rayonnement de Dieu diffusé à travers sa personne. Et Jésus, en instruisant ses disciples, en les invitant à prier, les motive à ne jamais se laisser aller à la passivité, à la résignation, mais plutôt à être aussi entreprenants dans les affaires spirituelles que dans les entreprises terrestres !

« Cherchez! Demandez! Frappez à la porte! »

Cette familiarité dans la demande n’est possible que parce qu’il y a d’abord la confiance, une confiance totale, exprimée par la louange de ce Dieu qui reste toujours proche de nous. C’est pourquoi Jésus invite ses disciples à laisser l’Esprit prier en nous.

Ainsi nous découvrons que c’est Dieu lui-même qui prie l’homme de changer son cœur de pierre en cœur de chair. Au moment où nous prions Dieu, c’est Dieu qui nous prie de nous laisser engendrer par la puissance de sa Parole. Dans la prière, nous sommes donc sollicités à demander ce que seul le Père est capable de nous accorder et qui dépasse nos attentes à courte vue et nos seuls efforts.

Jésus nous a assuré que le Père nous donnera une surabondance de biens, des dons régénérants dont nous avons besoin pour nous ressourcer, et pour trouver la force de traverser les étapes parfois éprouvantes de nos existences.

Ainsi, en priant, à tout moment, brièvement ou plus longuement, nous pouvons accéder à la joie et à la sérénité, dans un apaisement intérieur bénéfique, quel que soit le poids de nos difficultés et de nos problèmes. Et par le fait même de faire cette démarche qui élève nos âmes, nous proclamons la sainteté de Dieu et la dignité de l’homme.

Amen

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Abbé Alain René Arbez, prêtre catholique, commission judéo-catholique de la conférence des évêques suisses et de la fédération suisse des communautés israélites, pour Dreuz.info.

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