Publié par Guy Millière le 24 juillet 2022
Une crise majeure s’enclenche en Europe

Je regrette d’avoir à donner de mauvaises nouvelles en cette période estivale pendant laquelle nombre de gens en France partent en vacances et préfèrent penser à autre chose, mais je dois dire ce que je vais dire ici et qui, au-delà de la France concerne tout le continent européen.

 L’Europe s’enlise graduellement dans une crise majeure dont elle ressortira très affaiblie – si tant est qu’elle puisse en ressortir, ce qui n’est pas certain.

Cette crise est le résultat du déclin de l’Europe, qui s’accentue.



Toute l’Europe va entrer en récession (en fait la récession a déjà commencé, même si les dirigeants politiques s’efforcent de la maquiller), et la récession pourrait aisément devenir dépression.

L’euro perd de sa valeur, car la zone euro est devenue une zone aux perspectives économiques très incertaines et ceux qui ont des capitaux à placer les placent ailleurs, ce qui accroit l’inflation enclenchée essentiellement par l’émission effrénée de monnaie pendant la période de la pandémie (quand la masse monétaire s’accroit plus vite que le produit intérieur brut, il y a toujours de l’inflation qui s’enclenche).

La pénurie de gaz s’installe et va sans doute conduire à un hiver douloureux. L’ère du rationnement pourrait venir. Elle concernera les entreprises aussi bien que les particuliers.

L’électricité pourrait manquer, ce qui va impliquer des restrictions et une gestion de la pénurie. Des coupures tournantes du courant pourront avoir lieu.

Le pétrole va rester cher, le fioul et les carburants, en conséquence, aussi.

La guerre est aux portes de l’Europe et les Européens peuvent difficilement faire davantage pour contrer Poutine que sanctionner la Russie.

Ils aident militairement l’U­kraine mais, leurs budgets de défense étant tombés très bas, ce qu’ils peuvent fournir à l’Ukraine est infime.

Certains Européens en Europe occidentale renouent avec l’esprit qui avait conduit Édouard Daladier et Neville Chamberlain à Munich en 1938 et, renonçant à toutes les valeurs que la civilisation européenne est censée incarner, disent lamentablement que le dictateur criminel russe devrait être “l’allié naturel” de l’Europe.

Tout ce qui se passe était, hélas, prévisible, et ce depuis longtemps.

Les pays d’Europe occidentale ont, il y a des décennies, choisi, à des degrés divers et sous des formes diverses, de bâtir des États-providence très coûteux plutôt que penser à leur compétitivité économique, qui s’est peu à peu estompée.

Ceux qui ont conçu l’euro ont laissé de côté les indicateurs montrant que la compétitivité de l’Europe occidentale disparaissait graduellement.

Plus grave encore, ils ont surtout voulu ignorer que mettre en place une monnaie unique pour des pays aux gains de productivité et aux systèmes fiscaux et redistributifs différents signifiait mettre en place cette monnaie dans ce qui n’était pas du tout ce que les économistes appellent une “zone monétaire optimale”.

S’aveuglant sur les dangers découlant du fait de se placer en dépendance énergétique vis-à-vis de pays susceptibles de se conduire en ennemis, les dirigeants d’Europe occidentale (l’Allemagne tout particulièrement, mais elle n’est pas la seule) se sont placés sans réfléchir davantage en dépendance énergétique vis-à-vis de la Russie, et ils en subissent les conséquences.

Placés sous le parapluie de la défense américaine grâce à l’OTAN (que les adeptes de l’esprit munichois détestent, bien sûr), les dirigeantes d’Europe occidentales ont laissé leurs armées s’affaiblir militairement pendant des années.

Quand l’Union soviétique est tombée, ils ont imaginé que sa chute était venue de la bienveillance de Mikhail Gorbatchev, et pas de la stratégie de Ronald Reagan – ce qui les a conduits à considérer qu’une ère de paix perpétuelle était en train de s’ouvrir.

Les difficultés venant, lorsqu’on connaît le passé de l’Europe occidentale, il est logique que revienne à la surface l’esprit de soumission.

La désastreuse gestion de la pandémie, qui a conduit tout à la fois à une forte récession, à un recours extrêmement massif à l’Etat-providence et à un recours lui-même extrêmement massif à la planche à billets, donc à un fort accroissement de la masse monétaire en phase de récession économique par la Banque Centrale Européenne a fait le reste.

Tout ce qui se passe était évitable.

Pour éviter ce qui se passe, il aurait fallu faire d’autres choix économiques.

Des économistes lucides et compétents existent en Europe (je les connais, j’ai longtemps travaillé avec eux, je suis l’un d’entre eux) : ils ne sont malheureusement pas écoutés.

Il aurait fallu écouter davantage aussi les géopolitologues qui ont expliqué la persistance du totalitarisme après la chute de l’Union soviétique, la doctrine Reagan, la réalité du poutinisme.

Des géopolitologues lucides et compétents existent en Europe (je les connais, j’ai longtemps travaillé avec eux, je suis l’un d’entre eux). Ils n’ont pas été écoutés non plus.

On peut espérer que la situation tragique et douloureuse qui se dessine sera l’occasion d’un sursaut.

Les dirigeants des pays d’Europe centrale ont subi le totalitarisme et comprennent infiniment mieux ce qui se passe que les dirigeantes d’Europe occidentales.

Les dirigeants des pays d’Europe occidentale semblent commencer à comprendre mais, pour l’heure, très insuffisamment.

Manque cruellement en Europe occidentale un dirigeant à même de tenir un discours churchillien et d’oser dire qu’il y aura de la sueur et des larmes, du sang peut-être, mais que seule l’opiniâtreté, et la capacité de garder les yeux ouverts et de faire ce qui doit l’être, permettra d’éviter le pire et de ne pas voir l’Europe sombrer, sortir de l’histoire, et se laisser asservir par les ennemis du monde occidental.

Manque cruellement en Europe occidentale un dirigeant à même de dire que si les Etats-Unis avaient un Président digne de ce nom, le déclin de l’Europe aurait été au moins freiné. Les Etats-Unis avaient un Président digne de ce nom. Ils ont maintenant un Président sénile et corrompu qui a fait monter le prix du pétrole et du gaz, donné à Poutine les moyens financiers de déclencher la guerre en cours, et rien n’est fait pour dissuader Poutine de déclencher la guerre. Les dirigeants des pays d’Europe centrale comprennent ce que je viens d’écrire et regrettent amèrement Donald Trump. Les dirigeantes d’Europe occidentales, eux, préfèrent Biden, ce qui montre que oui, ils commencent à comprendre très insuffisamment et qu’il n’y a vraiment parmi eux strictement aucun dirigeant churchillien. Boris Johnson a tenu un discours s’approchant d’un discours churchillien, il a été balayé. Sur un continent qui meurt, on préfère souvent mourir les yeux fermés.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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