Publié par Dreuz Info le 3 août 2022
Boris Johnson manque déjà aux conservateurs britanniques. Prépare-t-il son retour ?

Alors que le retentissant « Hasta la vista, baby ! » résonne encore dans la Chambre des Communes, le Premier ministre semble être déjà regretté par les militants conservateurs et une partie de la presse britannique.

“Que va faire la presse londonienne sans Boris Johnson ?”, feint de s’interroger le New York Magazine trois semaines après la démission du Premier ministre britannique de son poste de chef des Tories en raison d’une cabale de députés félons. D’autant plus qu’il y a peu, c’était encore l’un des leurs. Avant de devenir chef des conservateurs et Premier ministre, “BoJo” était salarié du Daily Telegraph et touchait £275,000 (soit près de 329 000 euros) par an, en contrepartie d’une chronique par semaine soit aux alentours de 6 000 euros la chronique.



Talentueuses chroniques dont le style assurait les ventes du journal que le journaliste américain Shawn McCreesh réduit au travail d’« un chroniqueur et rédacteur très bien payé qui aimait écrire des livres qui se voulait le placer dans une perspective historique. Johnson, comme la plupart des membres de la classe dirigeante clubby du Royaume-Uni, avait fréquenté les bonnes écoles, [Eton et Oxford], et apparemment était entré dans la carrière de journaliste grâce aux bonnes relations [qu’il y avait entretenues]. Il a affiné son personnage de bouffon grâce à des apparitions amicales sur Have I Got News for You, une émission de quiz de la BBC co-animée par Ian Hislop, le rédacteur en chef du magazine satirique et glauque Private Eye.(Il n’y a rien de tel aux États-Unis, [ni en France]. Fondé au début 60, imprimé tous les quinze jours sur du papier bon marché, il affiche l’esprit d’un écolier britannique. « En descendant de l’avion à Heathrow, » a écrit un jour Christopher Hitchens, « j’achèterais d’abord Private Eye, en partie pour m’assurer qu’il y aura toujours une Angleterre. ») »

“Bring Back Boris”

“Alors que les Tories s’apprêtent à choisir un nouveau leader [qui deviendra Premier ministre], les grandes fortunes et les médias britanniques ont commencé à se mobiliser pour sauver le Premier ministre tombé en disgrâce”, écrit le journaliste Peter Oborne dans Middle East Eye.

Intitulé “Boris Johnson prépare-t-il son retour ?”, l’article rapporte les “réunions privées chaleureuses” de l’ex-Président des Conservateurs avec le magnat des médias Rupert Murdoch ou le milliardaire Peter Cruddas.

“Il existe de sérieux indices montrant que Johnson réfléchit à un retour – et quelques raisons de croire qu’il pourrait réussir”, notamment la “mobilisation” d’une partie de la presse ; ou la campagne “Bring Back Boris” (“Faire revenir Boris”) initiée par des élus conservateurs qui se souviennent des succès électoraux engrangés avec Johnson à leur tête.  J’ai gagné 14 millions de votes » sous-entendant : moi, pas le Parti Conservateur, a-t-il lancé le mercredi 6 juillet aux comploteurs venus la dague sous la tunique. Une pétition a déjà enregistré des milliers de signatures et “Johnson lui-même joue avec l’idée d’une résurrection à la Lazare”, écrit Peter Oborne.

Liz Truss et Rishi Sunakconduisent “des campagnes ternes et ne parviennent pas à enthousiasmer les quelque 160 000 membres des Tories, poursuit le journaliste. Un nombre croissant de militants en veulent aux députés conservateurs de s’être débarrassés de Johnson”. D’un côté, Liz Truss, une Maggie [Thatcher], anti-Brexit bien que seulement ralliée au Brexit après le référendum de 2016. De l’autre, Rishi Sunak, en revanche favorable au Brexit dès le départ, mais raillé comme technocrate en Prada marié à une milliardaire, et comme socialiste. Affrontement d’autant plus délicat que tous deux risquaient, en tentant de s’attaquer réciproquement, de “condamner le bilan du gouvernement dont ils ont fait partie” souligne le quotidien de gauche The Guardian.

So boring showdown (confrontation terriblement ennuyeuse)à tel point que cette semaine, lors d’un débat sur TalkTV, alors que Liz Truss était en train d’exposer la nécessité pour le Royaume-Uni de faire front contre la Russie de Vladimir Poutine, un bruit sourd a retenti. Sur l’écran les téléspectateurs n’ont pu voir que l’expression d’effroi sur le visage de la ministre des Affaires étrangères, qui s’est écriée : “Oh my God !”

Hors-champ, la présentatrice Kate McCann, ancienne correspondante de Sky News, qui modérait le débat, venait de s’évanouir. La chaîne a clôturé complètement le programme. (Rassurez-vous tout va bien pour Kate McCann.)

Le Premier ministre s’est moqué des deux nations rivales du continent

Le vigoureux discours au Commonwealth Business Forum qui a eu lieu à Birmingham le 28 juillet 2022, donne à l’approche des élections locales 2023 qui s’annoncent “désastreuses” pour les Tories, un avant-goût de ce que sera l’esprit offensif de Boris Johnson lors de la conférence du Parti conservateur prévue aussi à Birmingham en octobre prochain.

Boris Johnson a déclaré : « N’oubliez jamais que depuis Londres 2012, ce pays – je pense que j’ai raison là-dessus, je n’ai pas vérifié les statistiques mais c’est trop beau pour vérifier – ce pays a été le ou a été près du meilleur tableau mondial des médailles, n’est-ce pas ? Je pense que oui. Une réalisation extraordinaire pour un pays qui ne représente que 0,87 % de la population mondiale.

Puis le Premier ministre s’est moqué des deux nations rivales du continent pour ne pas avoir réussi à égaler le succès de l’équipe britannique aux Jeux olympiques et paralympiques depuis 2012.

« Je pense que nous avons constamment battu la France. Et à chaque fois, nous avons constamment battu l’Allemagne. » Goguenard, avec cette façon bien à lui de faire mine de bredouiller, il a suggéré que la France et l’Allemagne devrait être autorisé à participer aux Jeux du Commonwealth avec le reste de l’Union européenne. Si ça ne vous a pas fait rire, c’est que vous ne comprendrez jamais rien à l’humour british.

L’Angleterre a dépensé 778 millions de livres sterling pour ces jeux, mais celui qui est encore Premier ministre affirme qu’il pense que l’héritage vaudra l’investissement.

« Devrions-nous le faire avec la pression sur le coût de la vie ? Y aura-t-il un héritage des 778 millions de livres sterling d’argent des contribuables qui ont été investis dans ces jeux ? » a-t-il questionné. « Je veux que vous sachiez que je suis ici pour vous dire que je crois fermement que la réponse à cette question est oui. Mille fois, oui. Je dis cela parce que je me souviens, il y a presque exactement 10 ans, exactement du même moment avant le début des Jeux olympiques de Londres en 2012. »

Il a alors déclaré que l’héritage olympique dans la capitale porte toujours ses fruits « des milliers d’emplois, de croissance, de régénération » à ce jour.

Rappelons que réélu en 2012, son mandat de maire de Londres fut marqué par les Jeux Olympiques, mais aussi par une baisse de la criminalité et de la pauvreté, l’interdiction de la consommation d’alcool dans les transports publics, la mise en circulation d’une nouvelle génération de bus et des vélos Santander (dits « Boris Bikes »), ainsi que le développement de la City, le secteur financier, et la promotion de la construction d’un nouvel aéroport pour la capitale dans l’estuaire de la Tamise.
J’ajouterai que l’esprit de business permet, permettra et a permis au Royaume-Uni, ce que ne permettra jamais le nouvel et triste esprit français, bureaucratique, égalitaire et obsédé par la gratuité mensongère, tendance renforcée par les réglementations du régime de Bruxelles. Sans parler de l’esprit trop maturé plus encore que trop vert de l’édile parisienne, dont tous pensent qu’elle a atteint ce qu’on appelle le syndrome de Peters, mais ça, c’est une autre histoire.

Reproduction autorisée avec la mention suivante : © Thierry Martin pour Dreuz

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