Publié par Mauricette le 12 août 2022
«Ils ont raison de percer les jacuzzis !» : dans les Vosges, la bataille de l’eau s’envenime

Source : Leparisien

Autour du lac de Gérardmer, écrin touristique des Vosges (88), au moins cinq jacuzzis ont été percés en pleine nuit. Un acte de vandalisme qui traduit des tensions grandissantes entre touristes et locaux en pleine période de pénurie d’eau

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« On a donc un individu qui, en pleine nuit et par effraction, nous a saboté le jacuzzi. Toujours avec le même message pseudo-écolo qui explique que la planète va mal et qu’on doit se réveiller », regrette Olivier Robert. Le 4 août, un homme masqué pénètre dans le jardin de sa résidence secondaire, un chalet en bois récent, perché sur les hauteurs de Gérardmer, au cœur du massif des Vosges (88). Cet écrin de verdure et de biodiversité niché au sud de la Lorraine vit depuis quelques semaines une période de sécheresse exceptionnelle.

Le 3 août, face à des sources et une nappe phréatique quasi-vides, la mairie a même été contrainte de puiser l’eau directement dans le lac pour approvisionner les robinets de la ville. Pendant les 48 heures de tests menés par l’Agence régionale de santé, cette eau a été déclarée impropre à la consommation. Le lac, lui, a déjà vu sa hauteur baisser d’une vingtaine de centimètres, alors qu’il pourrait être pompé pendant encore plusieurs semaines, si la sécheresse venait à perdurer.

« L’eau c’est fait pour boire ! »

C’est dans ce contexte de pénurie intense que l’attaque de jacuzzis a été perpétrée. Caché derrière un foulard turquoise, l’auteur des faits a saboté plusieurs bains à remous d’un quartier de plus en plus prisé. « Toujours le même trou, le même principe, le même diamètre, la même perceuse, le même foret. Il y a encore les copeaux vous voyez », explique Olivier Robert, qui constate les mêmes dégâts chez au moins deux de ses voisins directs.

L’individu masqué apparaît sur plusieurs séquences capturées par la vidéosurveillance des habitants visités. Si son identité reste encore inconnue, ses motivations, elles, sont très limpides. « On a le même mot qui a été reproduit à chaque fois que les jacuzzis ont été sabotés », rappelle Olivier Robert. Sur un petit bout de papier déposé sur chaque bain percé, un mot manuscrit écrit en majuscule enjoint ces propriétaires à changer leurs habitudes : « L’eau c’est fait pour boire ! Vous massacrez les Vosges… Plus sérieusement, la planète va mal, réveillez-vous !»

« C’est désolant d’en arriver à ces extrémités pour faire passer des messages », regrette le propriétaire, qui déplore une perte de près de 15 000 €. « Chacun a ses idées, c’est clair qu’aujourd’hui, avec la sécheresse, je peux comprendre qu’il y ait des sensibilités etc. Mais ce qui m’embête un peu c’est qu’on stigmatise des propriétaires et des équipements qui sur le fond ne sont pas responsables de ce qui arrive actuellement ».

« On est en plein, avec la problématique de l’eau, dans le conflit d’usage »

Olivier Robert dénonce « un paradoxe », puisqu’il affirme que son jacuzzi et celui de ses voisins étaient vides, en accord avec l’arrêté municipal en vigueur depuis la fin juin, qui interdit le remplissage et la mise à niveau des spas et piscines.

Le maire de la ville Stessy Speissmann (DVG), « condamne tout ce qui peut être acte de violence, de dégradation » et déplore « ces actes inadmissibles ». « C’est le fait de personnes qui, à mon avis, ne supportent pas ce mixage à Gérardmer entre touristes et locaux ». En période de haute saison, la population passe de 8000 à 20 000 ou 30 000 habitants, selon l’édile.

Un pic touristique parfois perçu très négativement lorsque les ressources s’amenuisent dangereusement. « On est en plein, avec la problématique de l’eau, dans le conflit d’usage. Certaines personnes localement estiment que si cette ressource-là vient à manquer, il faut la prioriser pour les habitants », estime le maire.

« Les touristes c’est ‘‘chicouf’’, chic ils arrivent, ouf ils s’en vont »

Questionnés, plusieurs habitants de la commune confirment cette perception. « Je pense que c’est un ras le bol des habitants du coin, par rapport au bruit surtout déjà, et par rapport à la sécheresse aussi après », glisse Pauline. Louisa*, elle, est employée du secteur touristique. Elle a elle-même rempli plusieurs spas de résidences en location, malgré l’arrêté municipal. « On se prive quand même d’eau, nous, habitants de Gérardmer. Et on remplit tous les week-ends [leurs jacuzzis]. Donc c’est ridicule ». Elle espère que la mairie mènera des inspections plus étroites pour sanctionner les fraudeurs : « Il faut jouer le jeu parce qu’autrement on ne s’en sortira pas quoi ».

Brigitte, une retraitée qui habite aussi le secteur, tente de calmer le jeu : « Et s’ils n’étaient pas là, on ferait quoi ? On a très peu d’usines donc les touristes sont les bienvenus. Ils nous laissent des sous. Les touristes c’est « chicouf », chic ils arrivent, ouf ils s’en vont ».

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