Publié par Gaia - Dreuz le 17 août 2022
Risque de pénurie de gaz russe en Allemagne : c’est grave doktor ?

Source : Marianne

Manque d’alternatives au gaz russe, difficulté d’approvisionnement en charbon, impossible relance du nucléaire… l’état des lieux de la situation énergétique allemande n’a rien de rassurant.

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« Nous aurons du gaz », répète Olaf Scholz. Le chancelier allemand se veut rassurant : malgré la fermeture des robinets russes du fait de la crise ukrainienne, son pays passera selon lui l’hiver sans connaître de pénurie d’énergie. L’Agence fédérale des réseaux (Bundesnetzagentur) est moins optimiste : son président, Klaus Müller, indiquait ce dimanche 14 août au Financial Times que l’Allemagne devait réduire sa consommation de 20 % pour passer l’hiver sans défaut d’approvisionnement, mais aussi réduire dans les mêmes proportions le volume de gaz transféré vers le reste de l’Europe et mettre en service comme prévu les deux terminaux de gaz naturel liquéfié (GNL) en janvier.

Nos voisins se trouvent dans une situation de tension énergétique extrême, dont le dernier épisode est l’annonce par le gouvernement lundi d’une taxe sur le gaz de 2,419 centimes par kilowattheure destinée à sauver de la faillite les importateurs de gaz nationaux. Ces derniers, contraints de se fournir auprès de sources alternatives, sont pris à la gorge par la flambée des prix de ces dernières. Dans ce pays où un radiateur fonctionne au gaz, où l’inflation pourrait bientôt atteindre les 10 %, le coût de la mesure pour les particuliers est énorme : 500 euros par an pour une famille de quatre personnes dans une maison, sans même compter la TVA sur cette taxe, qui pourrait encore alourdir la facture. Et l’état des lieux énergétique de la première puissance industrielle européenne n’a rien de rassurant.

Pas d’alternative à la dépendance organisée

Encore plus depuis qu’elle a pris la décision de sortir du nucléaire après la catastrophe de Fukushima, l’Allemagne a fondé sa sécurité énergétique sur un gaz russe bon marché, censé être rapidement relayé par des énergies renouvelables. Ce gaz est théoriquement importé grâce à des contrats et des infrastructures de long terme, notamment les gazoducs Nord Stream 1 et 2. Le premier ne fonctionne aujourd’hui qu’à 20 % de ses capacités, tandis que la mise en route du second a été suspendue en février, en représailles à la reconnaissance par Moscou de territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine. Un mois plus tôt, la Russie représentait encore 55 % des importations allemandes de gaz.

Alors que le gaz comptait en 2021 pour un tiers de sa consommation d’énergie primaire, l’Allemagne n’a pas beaucoup de portes auxquelles frapper pour diversifier son approvisionnement. Les États-Unis ne disposent pas de capacité d’exportation suffisante pour se substituer à la Russie, l’Égypte est déjà engagée auprès de la Chine et de la Turquie et le gazoduc Maghreb-Europe est fermé en raison de la querelle entre le Maroc et l’Algérie. Début août, le Qatar, dont le carnet de commandes est déjà rempli jusqu’en 2026, a annulé l’accord que le ministre de l’Économie allemand, l’écologiste Robert Habeck, avait négocié en mars.

Un levier sur la Russie potentiellement inefficace

Si le coût social de l’augmentation des prix de l’énergie est certain pour les Européens en général et les Allemands en particulier, l’efficacité économique de l’embargo sur le gaz russe est, elle, beaucoup plus discutable. Les débouchés ne manquent pas pour ce dernier, à commencer par les premier et troisième consommateurs mondiaux d’énergie, la Chine et l’Inde. Ceux-ci profitent de la fermeture du marché européen à la Russie pour fixer des tarifs d’achat avantageux. Depuis le début de la crise, Pékin et New Delhi se gavent littéralement d’énergie russe. Les importations chinoises d’énergie russe ont ainsi augmenté de 30 % au premier semestre 2022 comparé à la même période en 2021, tandis que le pétrole russe représente désormais presque 20 % des importations indiennes.

Cette réorientation des exportations russes pourrait s’accentuer dans les années à venir : après avoir inauguré un premier gazoduc en 2019, la Chine et la Russie envisagent désormais la construction d’un second pipeline à travers la Mongolie. Conclusion : dans ce contexte international, un statu quo pourrait se révéler plus désavantageux pour l’Allemagne, largement dépendante de ses capacités industrielles, que pour la Russie, pour qui la situation ne semble pas intenable.

Vers une difficulté d’approvisionnement en charbon ?

Et voici que la canicule s’en mêle… En juin, le gouvernement fédéral a annoncé la réactivation des centrales à charbon « de réserve » pour pallier l’absence du gaz russe, au détriment de ses engagements écologiques – la coalition composée des Verts, du SPD et des libéraux s’est engagée à faire disparaître le charbon du mix énergétique allemand d’ici 2030. Patatras : la sécheresse pourrait compromettre à son tour la sécurité d’approvisionnement de cette ressource de secours.

En effet, le niveau du Rhin au point de mesure de Kaub en Allemagne, une référence utilisée pour juger sa navigabilité, est tombé ce vendredi sous le niveau de 40 centimètres, considéré comme nécessaire pour une grande partie du transport fluvial. La perspective d’un arrêt partiel du trafic sur ce fleuve parmi les plus fréquentés du monde constitue un nouveau casse-tête. Environ 4 % du fret est transporté par voie maritime en Allemagne, dont de précieuses cargaisons de charbon, utilisées pour pallier le manque de gaz. Les grandes centrales électriques se situent principalement dans le pourtour rhénan, fleuve clé pour leur approvisionnement. La sécheresse de 2018, qui avait vu la profondeur de référence du Rhin à Kaub descendre jusqu’à 25 centimètres en octobre, avait amputé le PIB allemand de 0,2 % cette année-là, selon Deutsche Bank Research. Notons au passage que, sortie du nucléaire oblige, la production d’électricité à partir de charbon représentait encore 28,9 % de la production d’électricité allemande au premier trimestre 2021.

L’impossible relance du nucléaire

L’Allemagne pourrait-elle s’inspirer de son voisin français en relançant sa filière nucléaire pour sortir de sa dépendance envers la Russie ? Mercredi 3 août, Olaf Scholz ouvrait la voie à la prolongation de la durée de vie des trois dernières centrales nucléaires allemandes, en Bavière, Bade-Wurtemberg et Basse-Saxe. Ces dernières devaient théoriquement être débranchées du réseau le 31 décembre, conformément au plan établi par Angela Merkel en 2011 après Fukushima.

Cette prolongation, encore conditionnée à la réussite d’un test de résistance des installations, ne doit toutefois pas être interprétée comme un revirement dans la politique allemande, mais comme une solution passagère. Le coût de relance de la filière, qui représentait autour de 30 % du mix énergétique dans la production d’électricité allemande dans les années 2000 contre 6 % aujourd’hui, serait en effet exorbitant alors que les installations sont déjà mises à l’arrêt et en cours de démantèlement. Par ailleurs, si les écologistes allemands membres de la coalition gouvernementale ont donné leur accord pour cette mesure exceptionnelle, ces derniers restent fermement opposés à l’atome.

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