Publié par Eduardo Mackenzie le 1 septembre 2022
Colombie : L’imposture de la « paix totale »

Aujourd’hui en Colombie nous perdons du temps à chercher ce que contient la « paix totale » de Gustavo Petro. Il est vrai que les dirigeants de la coalition Colombia Humana disent que cette phrase résume ce que sera la nouvelle administration.

Mais personne n’y comprend rien. Supplier Petro d’expliquer la portée de cette expression, c’est être naïf. Il n’expliquera rien. Le jeu consiste à cacher le vrai sens de cette affaire.

On se trompe si on n’examine que l’apparence extérieure de cette formule. La « paix totale » de Petro n’est pas une synthèse philosophique. Rien à voir avec l’humanisme de la « paix perpétuelle » de Kant ni avec la paix de Hobbes. C’est en fait une métaphore, une pirouette idéologique dans laquelle tout s’emboîte.

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Nous ne sommes pas face à une déclaration loyale. Nous sommes face à un autre exemple de manipulation du langage, si utile dans la guerre culturelle.

Grammaticalement, c’est une antiphrase, où le mot central signifie le contraire de son sens habituel. Conclusion : la vérité de cette expression doit être recherchée non dans son apparente littéralité mais dans le contexte politique dont elle est issue.

Sans avoir été un slogan de campagne électorale, la « paix totale » est synonyme de désarmement total et d’antimilitarisme, de destruction industrielle et d’action anticapitaliste massive, sous prétexte de transition climatique. La Colombie de Petro n’est rien de plus qu’un maillon d’un réseau international, où le pays doit faire ce que d’autres lui dictent, en particulier les puissances totalitaires. La « paix totale » est l’acceptation docile de cette débandade.

L’arrivée de Gustavo Petro au Palais de Nariño est le résultat de cette guerre hybride mondiale. La partie la plus importante des décisions actuelles de Petro obéit à cet agenda. La Colombie n’avait jamais eu un gouvernement d’une telle abjection.

Quand on voit Poutine faire chanter l’Europe avec ses exportations de gaz pour freiner les ardeurs de solidarité de l’Allemagne et de la France envers l’Ukraine, on découvre le danger de ce que fait Petro sur la question du gaz, du pétrole et du charbon en Colombie. Le discours «écologiste » du progressisme colombien et surtout les annonces de Gustavo Petro pendant la campagne présidentielle de couler l’industrie pétrolière colombienne pour forcer la Colombie à importer du pétrole du Venezuela, étaient d’excellentes nouvelles pour Poutine.

Outre l’affaiblissement de la Colombie, par un transfert massif de ressources financières vers le Venezuela, et le renforcement de la puissance militaire vénézuélienne, le risque existe de voir la Colombie piégée et asservie par des triangles de pouvoir où s’activent non seulement le Venezuela mais aussi Cuba, le Nicaragua, le Mexique, la Bolivie et l’Argentine .

Poutine pourrait vouloir que la Colombie commette la même erreur que la France, un pays qui, sous la pression des groupes antinucléaires verts, a endommagé son excellent dispositif d’énergie atomique qui faisait  de la France un exportateur d’électricité : 14 centrales ont été fermées et un tiers du dispositif actuel est arrêté. Aujourd’hui, la France doit importer de l’énergie de cinq pays européens et acheter massivement du gaz russe. La France et l’Allemagne dépendent désormais, pour l’activité industrielle et la consommation intérieure, du gaz russe.

Que pense Moscou de la volonté de Petro d’interdire la fracturation hydraulique (fracking), de détruire Ecopetrol, Cerrejón et le secteur de l’énergie, pour que la Colombie ne soit pas un concurrent direct de la Russie et n’aide pas l’Europe en matière énergétique ? La Colombie pourrait plus que jamais développer son complexe énergétique. Petro veut empêcher cela. Moscou ne verrait pas d’un mauvais œil que la Colombie se transforme, à court terme, en une sorte d’Ukraine, un pays libre que certains veulent rayer de la carte.

La « paix totale » n’est que cela : la docilité face au totalitarisme et la guerre contre la Colombie.

Gustavo Petro devait être élu, quel qu’en soit le prix

On a oublié, par exemple, que le 8 décembre 2020, deux espions russes ont été expulsés de Colombie, l’un du GRU et l’autre du SVR, qui espionnaient avec des drones divers points de l’infrastructure pétrolière et énergétique d’Ecopetrol. Nous ne savons pas combien d’autres de ces bonzes sont encore dans le pays, sous forme d’officiels et de clandestins. L’ambassade de Russie en Colombie a un nombre de fonctionnaires similaires à ce que Moscou a au Royaume-Uni. Le journal El Tiempo, s’appuyant sur des rapports du renseignement, rapportait en décembre 2020 que depuis 2017, « au moins 23 ‘diplomates’ russes aux profils atypiques et aux liens avec les agences de renseignement russes étaient arrivés en Colombie » (1). 

En tout cas, Aleksandr Nikolayevich Belousov et Aleksandr Paristov n’étaient pas des débutants : ils avaient été expulsés pour des actes d’espionnage de Norvège, de Bulgarie, d’Autriche, de Slovaquie et de République tchèque.

Ces deux agents ont également été impliqués dans des affaires politiques de la Colombie et ont fait le tour des quartiers populaires pour acheter des informations et des volontés. On a oublié que le contre-espionnage colombien, aidé par les services américains et britanniques, a découvert l’autre aspect des tâches des deux Russes : s’immiscer dans les élections de 2022.

Personne n’a été surpris que le parti FARC, à l’époque de ces expulsions, ait tenté de défendre les aventures de ces deux individus, ridiculisant les propos du gouvernement d’Ivan Duque.

Nous avons oublié que la radio RCN a publié en mars 2022 des plaintes concernant de prétendus transferts d’argent de la Russie vers des comptes bancaires en Colombie qui auraient pour objectif de financer « des actions de groupes intéressés à déstabiliser l’ordre public et à s’immiscer le jour des élections ». Et qu’El Tiempo a dénoncé que des opérateurs russes avaient participé au « financement des troubles à Bogotá et à une opération de blanchiment d’argent » qui coïncidait avec la campagne présidentielle à cette époque. On a oublié qu’en mai 2021, lors des violentes manifestations anti-gouvernementales, la Colombie a reproché à la Russie d’être liée à des cyberattaques contre des plateformes web officielles, ce que l’ambassade de Russie a rejeté, accusant la Colombie de « russophobie ».

Les vagues de violence urbaine massive, déguisées en « contestation sociale », en 2020 et 2021, ont fait des centaines de morts et de blessés et ont terrifié le pays.

On a oublié que, pour commencer cette série d’anomalies, le parti Centre Démocratique, lors de l’élection interne de son candidat présidentiel, et après des manœuvres peu claires, a séparé la candidate présidentiel la plus combative et potentiellement vainqueur et a choisi le candidat le plus faible. On a oublié que la technique de la chaise vide (Petro sans véritable concurrent) s’est répétée lorsque l’électorat anti-Petro s’est retrouvé sans candidat (le rival de Petro n’a pas levé le petit doigt pour remporter le second tour).

De ces semaines terribles, nous ne retenons peut-être que l’histoire du software magique, d’origine vénézuélienne et vendu par des socialistes espagnols au bureau colombien chargé des élections, afin qu’il produise les résultats des votations.

On se souvient que ce service public avait privatisé, depuis la présidence de Juan Manuel Santos, une grande partie de ses fonctions, que les élections ont souffert du contrôle de cette clique privée et que ce bureau continue d’être dirigé par un militant de gauche. On a oublié que l’officier de l’état civil Alexander Vega a dû admettre que lors de l’élection législative il avait « perdu la trace de 1 026 000 voix », qu’il y a eu 23 000 formulaires mal remplis et que dans 5 109 bureaux de vote les jurés ont commis des fautes et des actes de malveillance.

Nous avons oublié qu’il y avait, en outre, la question de la naturalisation  massive des immigrés vénézuéliens, qu’il y a eu une augmentation notable de la délivrance de pièces d’identité colombiennes dans plusieurs départements, notamment à Norte de Santander, Atlantico et Guajira, et que la majorité de ce papiers était délivrée frauduleusement à toutes sortes de personnes, comme cela s’était déjà produit dans d’autres pays du continent.

On a oublié que les chiffres du recensement électoral, donnés par El Tiempo, étaient alarmants : entre 2014 et 2020, 568 825 Vénézuéliens ont demandé à être reconnus comme Colombiens et qu’au final, 379 334 d’entre eux ont pu voter en Colombie (2).

La Colombie est-elle un vaste terrain vague ?

On a oublié que le président Ivan Duque, le 25 juin 2021, au début de la campagne électorale et en pleine « grève civique » sanglante (du 28 avril au 27 juin) a été la cible d’un attentat. Que l’hélicoptère dans lequel il voyageait, accompagné des ministres de la Défense, Diego Molano, de l’Intérieur, Daniel Palacios, et du gouverneur de Norte de Santander, Silvano Serrano, a reçu six impacts de balle de francs-tireurs dans une zone frontalière du Venezuela. Et que quelques heures plus tard, les autorités ont trouvé deux fusils sur les lieux de l’attentat, dont un AK-47 russe, d’une portée de 443 mètres en mode semi-automatique et appartenant, selon la presse, aux Forces armées vénézuéliennes.

On a oublié qu’un deuxième plan pour tuer le président Duque a été découvert. Le magazine Semana a écrit que d’autres francs-tireurs « avaient reçu l’ordre de tirer sur les turbines de l’avion présidentiel » lors de la manœuvre d’atterrissage sur la piste de l’aéroport militaire de Catam. La presse rapporta peu après que les personnes capturées avaient confirmé que des « dissidents des FARC », dont les dirigeants se cachent au Venezuela, étaient arrivés à Bogotá « pour commettre cet assassinat ».

Sans la guerre hybride mondiale, des opérations combinées d’un tel degré de sophistication n’auraient pas atteint leurs objectifs.

La « paix totale » se reflète également dans les plans de la vice-présidente Francia Márquez et du président Gustavo Petro qui conçoivent le pays comme un vaste « territoire » qui peut être modifié selon les caprices du régime. Leur concept de « territoire » vient de l’accord final des FARC avec l’ex président Santos. Francia Márquez vise à modifier la géographie politique de la Colombie avec la création d’un département « autonome » (avec 63 municipalités d’Antioquia, Chocó, Cauca, Valle del Cauca et Nariño) qui couvrirait toute la côte Pacifique pour donner à son parti le contrôle de l’axe stratégique Cali-Buenaventura, par lequel entrent la moitié des importations colombiennes, et de toute sortie vers le continent asiatique.

Petro a annoncé, pour sa part, le 20 août, la création d’un autre méga-département, dans la région du Magdalena Medio. Ceux qui s’y opposent y voient la création de deux « républiques indépendantes » dans des zones clés du pays dominées par le trafic de drogue et la criminalité. L’idée de Petro est que dans ces nouveaux départements, les forces militaires, la police et la marine nationale, ainsi que le parquet et le bureau du procureur général, répondent à une approche décentralisée, ce qui équivaut à dynamiter la notion constitutionnelle de République unitaire et le système d’une force publique nationale, prévue à l’article 216 de la Carta.

Les forces armées sont le bras séculier chargé de la défense du pays. Au lieu de cela, la « paix totale » vise à paralyser ces forces. Il leur est ordonné à présent de donner la priorité au « dialogue » avec les malfaiteurs dans les situations critiques pour l’ordre public, telles que les invasions de terres, les barrages routiers, etc. Cette ligne vise aussi à interdire l’éradication des cultures de coca et marijuana et le bombardement des bastions narco-terroristes. Oscar Montes, fin analyste, écrit dans El Heraldo quelque chose qui est déjà une sorte de tollé national : « Le sentiment qui subsiste est que l’État ne négocie pas avec les criminels, mais qu’il capitule» (3).

Ainsi, utilisant un langage ésotérique et mentant sur les objectifs, la «paix totale » apparaît comme un plan secret et continental que le pays doit suivre même si cela finit par faire de la Colombie la province d’une puissance transnationale.

Il est évident que ce plan ne sera pas imposé sans avoir vaincu la volonté de millions de Colombiens qui veulent vivre dans un pays libre et souverain. Petro aspire à suivre ce programme fatidique en sachant qu’il dispose d’un temps limité.

Un éventuel retour des Républicains aux commandes du pouvoir législatif et exécutif aux États-Unis, en septembre 2022, et en novembre 2024, et une défaite de la Russie en Ukraine, sont des faits qui pourraient mettre un terme à la fausse révolution en Colombie.

Avant que ce moment ne soit atteint, la résistance aux réformes de Petro va s’intensifier. Dans ces conditions, quelle ligne adopter devant le programme de « paix totale » ? Une « opposition constructive » ? Mais, qu’est-ce qui peut être décent et supportable dans l’agenda de Gustavo Petro ? Le pays doit-il se plier à certains changements et faire, en même temps, des contorsions et des gestes inefficaces devant les autres ? Le pays doit-il se défaire de ses illusions et organiser une lutte sans merci contre la politique du nouveau régime ? Les 10 millions d’électeurs qui ont voté contre ce personnage ont la parole.

© Eduardo Mackenzie (@eduardomackenz1) pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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