Publié par Guy Millière le 23 septembre 2022
Fin de partie : Poutine panique et précipite son pays vers le désastre

Je le répète à toutes fins utiles. Poutine a perdu la guerre d’agression qu’il a lancée contre l’Ukraine.

Il l’a, en fait, perdue dès les premiers jours de la guerre, lorsque son armée s’est enlisée dans la périphérie de Kiev et lorsqu’il a découvert quatre réalités qu’il ignorait: a) un patriotisme ukrainien existe, et les Ukrainiens, y compris dans les régions essentiellement russophones, n’entendent pas, à de rares exceptions près, se soumettre à des envahisseurs armés envoyés par le Kremlin, b) une armée ukrainienne bien formée et imprégnée de ce patriotisme existe elle aussi, et parce qu’elle a été formée par des militaires occidentaux (américains surtout), elle dispose de capacités tactiques et stratégiques supérieures à celles d’une armée toujours imprégnée de la rigidité soviétique, c)le Président Zelensky est un homme d’Etat lucide et courageux qui ne fuit pas le danger, d) l’armée russe est une armée profondément déficiente, totalement incapable d’affronter une armée occidentale moderne.

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La déroute russe dans la périphérie de Kiev a conduit à un retrait précipité des troupes russes, qui se sont repliées vers le Donbass et le Sud du pays, et une guerre d’attrition et de destruction a été menée qui a accentué la défaite de l’armée russe. Des destructions ont été infligées à l’Ukraine et aux Ukrainiens, car la Russie a des quantités énormes de bombes, mais en six mois, l’armée russe n’est parvenue à s’emparer que de treize pour cent du territoire ukrainien (le chiffre de vingt pour cent s’obtient en ajoutant à treize pour cent les sept pour cent du territoire ukrainien dont la Russie s’était emparée en 2014, Crimée et pseudo “républiques” de Luhansk et Donesk), et elle l’a fait en anéantissant sa propre capacité d’être encore opérationnelle: elle a subi 80.000 morts et blessés graves, soit un tiers de ses soldats (une armée qui perd un tiers de ses soldats ne peut plus fonctionner), elle a perdu la quasi-totalité du matériel militaire moderne dont elle disposait (l’armée russe a dû ressortir des hangars du matériel soviétique obsolète pour continuer son action, et ce matériel, vulnérable parce qu’obsolète, a lui-même été largement détruit).

Une “pause opérationnelle” a été décidée par l’armée russe début juillet : ce n’était pas une pause, mais un arrêt, dû à l’épuisement.

La contre-offensive ukrainienne a commencé immédiatement. Elle a d’abord été une utilisation des HIMARS américains pour annihiler dépôts de munitions, postes de commandement et moyens logistiques russes. Elle a été en parallèle la préparation de la libération de la ville de Kherson dans le Sud du pays, et la préparation a consisté à détruire les ponts permettant aux 20.000 soldats russes présents dans Kherson d’être approvisionnés : de façon à ce que ces soldats soient placés en état de siège. Ils sont présentement en état de siège, et Kherson sera sans doute libérée dans les semaines à venir. La contre-offensive ukrainienne a aussi été la préparation de l’action ukrainienne vers le Donbass.

Les Ukrainiens ont déclaré centrer leur action sur Kherson pour attirer des troupes russes dans cette direction, puis ils ont mené, à partir du 7 septembre, une opération éclair de reprise de territoires dans le nord-Est du pays qui leur a permis de libérer six mille kilomètres carrés de territoire ukrainien, dont plusieurs villes et villages, et dont Izioum, ville essentielle puisque située au centre des lignes d’approvisionnement logistique russes pour le Donbass, et la chute d’Izioum est une catastrophe absolue pour les troupes russes.

La débâcle infligée aux Russes au Nord et à l’Est de Kharkiv a permis aux Ukrainiens de s’emparer de dizaines de chars en parfait état de marche, de véhicules blindés et de nombreux documents. L’armée ukrainienne stabilise ses positions dans le Nord-Est, et se prépare à libérer l’oblast de Luhansk dans son ensemble, ce qu’elle envisage de faire avant l’hiver. Il restera l’oblast de Donesk la zone de Marioupol et la Crimée : la libération de ces zones est prévue pour 2023.

Confronté à cette situation cataclysmique pour lui et à l’impossibilité croissante de dissimuler une défaite qui pourrait lui couter très cher, Poutine a fait bombarder des centrales électriques, des entrepôts alimentaires et un barrage au nord de Kryvyi Rih, dans l’espoir vraisemblablement d’inonder la ville. Les crimes de guerre déjà commis par son armée sont innombrables, abjects et monstrueux, et il n’en est plus à quelques crimes de guerre près.

Il vient d’ajouter un discours qui montre à quel point il est acculé et tout au bord du précipice. Il continue à montrer qu’il évolue mentalement dans une réalité parallèle sans aucun rapport avec la réalité et qu’il entend continuer à mentir à la population russe : alors qu’il est l’agresseur, il se présente comme l’agressé, et dit subir une agression par des nazis et par le monde occidental qui, dit-il, voudrait détruire la Russie, ce qui l’aurait obligé à “défendre la patrie russe”, et il dit que des nazis et le monde occidental agresseur serait déjà sur le sol russe. Il ajoute que le monde occidental a “menacé la Russie de frappes nucléaires”.

La réalité réelle est, bien sûr, que les nazis dont il parle n’existent que dans son esprit malade de dictateur dérange et dans la propagande du FSB, que le monde occidental défend une démocratie agressée et ne veut aucunement détruire la Russie, qu’aucun Ukrainien et a fortiori aucun Occidental n’est sur le sol russe, et qu’une seule et unique personne a menacé du recours à l’arme nucléaire : lui, Vladimir Poutine.

Les Russes qui parviennent à s’informer, et ils sont nombreux, savent ce qu’est la réalité réelle. D’autres, dans des régions plus reculées, peuvent croire ce que dit Poutine et c’est à eux qu’il s’adresse aux fins de tenter de leur faire accepter l’idée de guerre. Et Poutine est dans une situation où il ne peut plus dire qu’il s’agit juste d’une “opération militaire spéciale”. Il veut faire accepter la guerre en la présentant comme une guerre pour la “survie de la Russie”.

Il s’agit en cela de faire accepter la “mobilisation partielle” à laquelle il s’était refusé de procéder jusqu’à présent. Parler de 300.000 hommes montre qu’il sait que son armée est exsangue. C’est en fait une armée de rechange qu’il voudrait constituer.

Cette armée n’a aucune chance d’être opérationnelle avant six mois (si tant est qu’elle puisse l’être : les Russes n’ont aucune motivation les conduisant à se battre, à la différence des Ukrainiens, qui savent qu’ils se battent pour défendre leur pays), ce qui conduirait à fin mars 2023. Cette armée ne pourrait pas disposer, même dans six mois, d’un matériel militaire susceptible de rivaliser avec le matériel militaire de pointe dont dispose l’armée ukrainienne : la Russie n’a pas les moyens de fabriquer le matériel requis en aussi peu de temps, et elle ne dispose de toute façon pas des composants électroniques requis. Cette armée sera juste de la chair à canon et n’inversera aucunement la situation.

Poutine ajoute ses propres menaces nucléaires qui seraient des ”ripostes” à des menaces nucléaires occidentales inexistantes. Poutine ajoute des pseudo-référendums dans quatre oblasts ukrainiens, Louhansk, Donesk, Marioupol, Kherson, aux fins de les définir comme des territoires russes et de dire que les attaquer serait attaquer le territoire russe.   Alors ?

Poutine ne cherche pas à trouver une porte de sortie honorable, parce qu’il sait qu’il n’y a plus pour lui de porte de sortie honorable : il sait qu’il est considéré en Occident comme un criminel de guerre et comme un criminel contre l’humanité, et qu’il est question de le juger. Il sait qu’il est à jamais persona non grata dans le monde occidental.

Il sait que s’il reconnait sa défaite, cela pourrait signifier en Russie sa fin politique, voire sa fin tout court.

Il entend dès lors se battre jusqu’au bout, quitte à sacrifier la vie de dizaine de milliers de Russes supplémentaires.  Il est clairement prêt à détruire bien davantage encore l’Ukraine.  Il entend faire peur au monde occidental, et il dit que ce n’est “pas du bluff” parce qu’il bluffe : il sait que s’il utilisait une arme atomique, ce serait la fin de la Russie, et même s’il y a chez lui une dimension psychopathologique, il n’est pas du tout certain qu’il veut la fin de la Russie.

Il n’utilisera pas l’arme atomique (mais pour en être sûr, le monde occidental doit tenir un discours d’une extrême fermeté). Il espère que, la peur s’ajoutant aux difficultés énergétiques qui s’annoncent pour l’hiver, les populations européennes feront céder des gouvernements européens et les inciteront à abandonner l’Ukraine : il n’est pas du tout certain qu’il y parvienne, quand bien même des discours d’apaisement munichois circulent et montrent que certains seraient prêts à entériner les crimes de Poutine en échange d’un peu de gaz russe. Il oublie que quand bien même des dirigeants européens céderaient, l’administration Biden fait désormais de la victoire de l’Ukraine un impératif absolu (j’expliquerai pourquoi dans un article ultérieur) et a les moyens à elle seule de fournir à l’Ukraine tout le matériel militaire requis.

Poutine n’échappera pas à la défaite.     

Le peuple russe peut-il se soulever contre Poutine ? Je ne pense pas. L’appareil répressif de Poutine est trop présent et les populations des régions orientales sont sous-informées. Des manifestations ont néanmoins lieu à Moscou, aux cris de “non à la guerre”, bien que les manifestants risquent de longues années de prison ferme. Plus de quatre cent mille Russes ont quitté le pays : en avion, en voiture, à pied.

Une révolution de palais est-elle possible qui renverserait Poutine ? C’est plus envisageable. Il existe incontestablement des militaires qui voient que Poutine a détruit et humilié l’armée russe, et il existe des oligarques qui discernent que Poutine coupe la Russie du monde occidental pour une génération, au moins, ce qui sera catastrophique pour leurs affaires s’il reste au pouvoir. Des militaires sont limogés, d’autres disparaissent sans laisser de traces. Les oligarques sont touchés par une épidémie de “suicides” : certains tombent par la fenêtre, d’autres se fracassent le crâne à la hache, sans qu’on retrouve la hache, d’autres s’empoisonnent (ce ne sont pas des suicides bien entendu). 

Point important, Poutine n’a que deux alliés encore : la dictature nord-coréenne et le régime des mollahs (on pourrait ajouter le régime Assad) : des gens très fréquentables. La Chine veut le retour au calme et a rabroué Poutine en disant que le monde avait besoin de stabilité. Elle veut dominer le monde, mais cela ne passe pas pour elle par un chaos guerrier, et Xi Jinping sait que Poutine a perdu. Elle cherche à calmer les ardeurs de Poutine et peut ne pas vouloir s’encombrer d’un perdant trop excité (elle ne le laissera pas utiliser l’arme atomique, si tant est qu’il y songe). Narendra Modi et Recep Tayyip Erdogan sont sur les positions de la Chine. Le gouvernement chinois a publié le jour du discours de Poutine un communiqué disant que la Chine voulait le retour à la paix et le respect de l’intégrité territoriale de tous les pays….

Quoi qu’il se passe dans les jours qui viennent, comme l’a dit récemment le ministre de la défense britannique, Poutine est “fini”. S’il parvient à rester au pouvoir, il sera un dictateur vaincu, diminué, très diminué. S’il était remplacé par un belliciste, ce serait un belliciste sans aucun moyen de faire la guerre. Une autre issue, plus démocratique ? J’aimerais le penser. Je n’y parviens pas….

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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