Publié par Guy Millière le 19 septembre 2022
La débâcle de l’armée russe est enclenchée, la fin du régime Poutine approche

La Russie avait déjà largement perdu la guerre fin février, lorsqu’après quelques jours d’offensive, son armée s’était enlisée alentour de Kiev, et dès ce moment il était flagrant que Vladimir Poutine avait commis trois erreurs d’analyse majeures et irrémédiables.

Il pensait que la population ukrainienne accueillerait favorablement les soldats russes (cela n’a pas été le cas), il semblait certain que l’armée ukrainienne se rendrait (ce n’a pas du tout été le cas), il s’attendait à ce que Volodymy Zelensky quitte le pays (Volodymyr Zelensky s’est conduit en grand homme d’Etat). Poutine imaginait, en outre, disposer d’une armée efficace : il a dû découvrir qu’il avait une armée déficiente et nulle. Il a commencé dès ce moment à montrer son dépit et sa haine en enterinant les crimes commis par ses soldats lorsqu’ils ont dû se replier, et a montré qu’il était un criminel de guerre.

Poutine a déclaré alors que son objectif était désormais seulement la prise du Donbass et de l’oblast de Kherson, et il a envisagé d’aller jusqu’à Odessa et à la Transnistrie. Quand le navire amiral Moskva a été coulé par l’armée ukrainienne, il est devenu flagrant qu’Odessa et la Transnistrie étaient hors d’atteinte.

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Ont suivi six mois de bombardements intensifs, de crimes de guerre multiples, et de destructions. Et l’armée russe, en six mois, a pris treize pour cent du territoire ukrainien (qui se sont ajoutes aux sept pour cent constitués par la Crimée et les pseudo républiques de Luhansk et Donesk). Cela a coûté à la Russie cinquante mille morts et bien davantage de blessés, la perte de quasiment tout son armement moderne et d’une dizaine de généraux. Très piètre victoire, digne de Pyrrhus d’Epire. Il est vite apparu évident que la Russie ne pourrait pas aller plus loin.

A commencé le recours aux HIMARS américains par l’armée ukrainienne, et celle-ci a pu détruire une large partie des réserves de munition, des lignes d’approvisionnement logistique, et des postes de commandement russes. Il a été question d’une contre-offensive ukrainienne.

Celle-ci est venue dès le début du mois de septembre. L’armée ukrainienne a pratiqué admirablement l’art de la guerre : elle a coupé totalement les lignes d’approvisionnement des troupes russes basées à Kherson, au nord de la Crimée, et annoncé qu’elle allait avancer vers Kherson. L’armée russe a envoyé des renforts vers Kherson (tout au moins le peu de renforts dont elle dispose encore) : l’armée ukrainienne a avancé vers Kherson, comme prévu, mais avec prudence, et mis Kherson en état de siège, considérant que les soldats russes dans Kherson finiront pas manquer de munitions et devront se rendre, ce qui sera l’issue probable. (Les ponts permettant de traverser le Dniepr depuis Kherson ont été détruits par l’armée ukrainienne, et les soldats russes présents dans Kherson sont pris au piège).

En parallèle, l’armée ukrainienne a lancé une offensive éclair depuis Kharkiv vers les territoires ukrainiens occupés au nord-est du pays et a provoqué une véritable débandade au sein de l’armée russe. L’armée ukrainienne a repris en quatre jours davantage de territoire que l’armée russe en avait pris en quatre mois. Les lignes d’approvisionnement russes venant des territoires russes situés au nord-est de l’Ukraine ont été coupées. L’armée russe a abandonné des centaines de véhicules militaires et de chars, ainsi que les munitions dont elle disposait dans ces zones, ainsi que de multiples documents. Des milliers de soldats russes ont détalé comme des lapins vers la frontière russe, et nombre d’entre eux se sont déshabillés pour ne plus porter l’uniforme russe et on volé des vêtements aux Ukrainiens.

Il est vraisemblable que l’oblast de Luhansk, pris partiellement par l’armée russe en 2014, puis totalement au moins de juin sera libéré dans les semaines à venir. Il faudra sans doute plus de temps pour libérer les parties de l’oblast de Donesk occupées par l’armée russe, et il reste à voir si cela pourra se faire avant l’hiver : c’est, hélas, péu probable. Comme on pouvait s’y attendre, hélas encore, d’autres crimes atroces ont été découverts dans les territoires libérés : exécutions sommaires, souvent précédés de tortures.

Il reste peu d’options au dictateur criminel russe. Pour l’heure, il se conduit comme se conduisent les chefs d’armée en déroute qui choisissent la fuite en avant. Il utilise les bombes dont il dispose encore pour détruire et il fait bombarder les moyens d’approvisionner les villes ukrainiennes de l’Est en électricité et en eau, et il fait détruire des habitations civiles. L’armée nazie se conduisait de cette façon en 1944-45. Il n’a aucun moyen de reprendre l’offensive : Il ne dispose pas d’hommes de troupes de rechange et ne veut pas décréter la mobilisation générale car il sait que la population russe serait extrêmement réticente et que des troubles pourraient éclater en Russie. Il recrute dans les prisons et promet aux prisonniers condamnés à la prison à vie la liberté après la guerre s’ils s’engagent pour six mois. Il ne peut reconstituer des moyens militaires matériels modernes car les sanctions occidentales l’ont privé de composants indispensables. Il lui reste des bombes, et c’est à peu près tout, et il commence à en manquer. Deux pays, et deux seulement, acceptent de lui vendre des armes et des munitions : la Corée du Nord, et l’Iran des mollahs. C’est vraiment très peu. Il sait que les cas de mutinerie, de refus d’obéissance et de désertion dans l’armée russe présente dans le Donbass se multiplient. Cela ressemble à une fin de partie.

Poutine fait face à une contestation intérieure importante, avec d’un coté les fanatiques porteurs de discours à la Goebbels qui trouvent qu’il n’est pas assez criminel et qu’il devrait utiliser toutes les bombes qui lui restent pour anéantir Kiyv, Kharkiv, Dnipro, et pourquoi pas recourir à l’arme atomique, et d’un autre coté ceux qui discernent qu’il a mené une guerre catastrophique pour la Russie et qui veulent sa destitution et sa mise en jugement pour haute trahison. Les propagandistes à la télévision officielle russe parlent de la nécessité de raser l’Ukraine et d’exterminer les Ukrainiens, mais certains parmi eux commencent à dire que la Russie ne peut pas gagner et que l’Ukraine va l’emporter : ils sont très minoritaires, mais les propos qu’ils tiennent auraient été impossibles à tenir il y a quinze jours à peine.

Il est impossible de savoir ce qui va se passer dans les prochains jours, mais des données sont claires : l’armée russe est en train de s’effondrer, l’armée ukrainienne avance. Elle a l’avantage et remporte des victoires, Poutine est en très mauvaise posture.

Il ne va pas admettre qu’il a perdu : il ne le peut pas sans risquer de se trouver destitué et très mal finir, je le dis depuis plusieurs mois. Il reste donc très dangereux et ressemble à un chien enragé, coincé au fond d’une impasse. Il peut encore mordre.

On peut douter qu’il décide de lacher toutes ses bombes sur les grandes villes ukrainiennes. Celles-ci, Kiyv en particulier, comportent de nombreux monuments qui font partie de la mémoire culturelle russe. Poutine est déja un criminel de guerre et, de fait, un criminel contre l’humanité. Il ne veut sans doute pas aggraver son cas de manière aussi massive. Pour la même raison, je doute qu’il envisage le recours à l’arme nucléaire, mais ce n’est pas totalement impossible : il le fera s’il décide qu’il va disparaitre dans un grand feu d’incendie nihiliste. Ce n’est pas l’issue la plus probable, mais il faudrait que le monde occidental lui rappelle fermement la doctrine de la destruction mutuelle assurée. Trump le ferait. Je doute que l’administration Biden le fasse, et c’est le problème. Xi Jinping qui veut racheter la Russie à demi-tarif peut le dissuader et lui offrir une porte de sortie, peut-être.

Les propos qu’il a tenus à Poutine à Samarcande lors du sommet de l’organisation de coopération de Shanghai ont montré que le dictateur chinois soutient Poutine de manière limitée, n’entend pas du tout s’impliquer militairement en Ukraine, et voit en Poutine un fauteur de trouble. Xi aurait accepté que Poutine s’empare de l’Ukraine en trois ou quatre jours, mais discerne que Poutine est maintenant en situation d’échec. Xi voit l’étendue des dégats, et souhaite qu’il n’y ait pas davantage de destruction. Il veut la Russie, mais il ne veut pas d’une Russie réduite à un champ de ruine. Les crimes commis par Poutine sont trop voyants à ses yeux.

J’écarte la possibilité que Poutine envisage de détruire la centrale nucléaire de Zaporijia : la détruire ravagerait l’Ukraine et une partie de l’Europe, mais ravagerait aussi une part importante de la Russie. Poutine a pris la centrale en otage, comme des terroristes peuvent procéder à des prises d’otage. Il l’a utilisée comme un moyen de chantage et comme un bouclier, c’est tout. Il peut, cela dit, la saboter.

Il peut détruire avec les bombes qui lui restent les moyens de faire fonctionner les circuits électriques ukrainiens, et les moyens d’approvisionnement en eau des grandes villes. C’est un tueur sadique et froid.

Le monde occidental doit se préparer à gérer la défaite de Poutine en se donnant les moyens de le dissuader de commettre le pire. Il doit faire que la défaite vienne vite, car chaque jour qui passe laisse la possibilité à Poutine de tuer et détruire davantage. La défaite doit être totale. Poutine doit être mis hors d’état de nuire, et rien ne doit lui être concédé. L’ampleur et l’ignominie des crimes commis n’autorisent aucune concession.

La reconstruction de l’Ukraine et son intégration au monde occidental devront venir ensuite, et viendront.

Si la Russie était débarassée d’un dictateur qui l’a mise en coupe réglée comme un parrain mafieux, qui a fait l’impasse sur son développement économique pour consacrer des milliards à ses espoirs de reconstitution mégalomaniaque d’un empire, et qui a sacrifie la vie de milliers de jeunes Russes, et si elle pouvait elle-même rejoindre le monde occidental, comme cela semblait possible avant que la dictature poutinienne s’installe, ce serait très bien. Je doute que ce soit possible.

Mais je suis résolument du coté des opposants démocratiques russes qui entendent agir, eux, pour que ce soit possible. Des hommes tels que Garry Kasparov, Vladimir Kara-Murza, Alexei Navalny ont toute mon estime. Je me souviens aussi avec émotion de tous ces Russes qui espéraient une Russie libre et que Poutine a fait assassiner: Iegor Gaidar, Anna Politovskaia, Boris Nemtsov, tant d’autres. Ces hommes et ces femmes méritent un infini respect. Poutine mérite, lui, un infini mépris, et une fin sordide.

© Guy Millière pour Dreuz.info. Toute reproduction interdite sans l’autorisation écrite de l’auteur.

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